31/12/2008

Décomposition

"Malheureux sont Ceux qui connaissent la Fortune que leur apportent la Naissance ou la Providence et qui, aveugles, croient être légitimement "élus" et "bénis" des Dieux pour les qualités qu'ils sont si sûrs de posséder.
Heureux sont Ceux qui connaissent l'Infortune et la Malchance leur ouvrant les yeux sur la Vérité du Monde, car...

"...Dès que nous naissons, nous pleurons d'être venus sur ce grand théâtre de fous" (Shakespeare, Le Roi Lear)"





Eh oui, je suis aussi un écrivain mes Princes, un malheureux gratte-plume anonyme ! Le plus grand de tous peut-être, ou le plus misérable ! Qui sait ?






J’ai terminé Décomposition, mon second roman. Je me suis dit qu’il était peut-être préférable que ce dernier soit édité avant que je ne sois catalogué comme affreux fasciste réactionnaire à travers ce blog, ceci pouvant me faire du tort !
Mais voilà, le problème est que Décomposition n’est pas lui non plus très politiquement correct et que peut-être il ne sera jamais publié !
J’y ai mis quelques pages qui me feront condamner au bûcher de l’Inquisition moderne, celle de la Pensée Unique ! Quel crime ! Quelle abjecte insolence : j’aime mon pays, mon drapeau, mon armée et ma République









En effet dans ses nombreuses réflexions, le personnage principal se vit lui-même comme un soldat à travers une constante métaphore militaire ; il parle de la Patrie, de la Nation, de la Civilisation, de la Pensée unique, de sacrifice et d’héroïsme, des héros de notre histoire...





Ça ne plaît pas à tout le monde et certains éditeurs pourraient ignorer ce livre à cause de son contenu un peu trop « patriotique », surtout que je suis un écrivain inconnu et peut-être voué à le rester, hélas-hélas !






Finalement, je me suis dit que tout cela n’avait aucune importance ; chaque posture porte inévitablement en elle ses avantages et ses inconvénients : dans chaque cas, ce qui est un handicap pour les uns plaira peut-être aux autres et vis-versa. Le hasard saura trancher. Et puisqu’un changement de mentalité est en cours, sait-on jamais ?






J’ai donc pris la décision d’assumer ce que je suis et ce que je pense, indépendamment de tout calcul. Je crois que dans ce monde médiatique tellement lisse et formaté depuis si longtemps dans le même sens, il est bon que des artistes se sentant concernés par le devenir de leur pays, les valeurs républicaines, les problèmes de sécurité et de défense, arrêtent cette auto censure, cette culpabilité ridicule risquant un jour de nous faire supporter des conséquences douloureuses.
Il y a un moment où il faut faire preuve d’un peu de courage intellectuel.






Nous allons vivre ensemble une petite expérience passionnante. Voyez-vous, Décomposition vient de partir pour les horizons incertains et brumeux de nombreuses maisons d’éditions.
Vous savez comme moi que dans ce monde d’apparence, il est difficile de se faire reconnaître à sa juste valeur. Je sais que la route sera longue et difficile, comme le Chemin qui des Ténèbres conduit vers la Lumière… Alors, dans la Catégorie Edition Décomposition, pour notre contentement, je tiendrai un agenda de tous les refus qui jalonneront désormais ma route de forçat de la plume en attente d’un improbable espoir : celui de plaire au lecteur d’un illustre comité de lecture.





Tel Antonio, le héros du livre ou Martin Eden en son temps, je les accrocherai pour vous sur « …un fil de fer aussi long que la triste guirlande d’un Noël refusant obstinément de venir… » et nous riront ensemble à chaque fois que nous lirons cette réponse standardisée sonnant le glas d’un espoir définitivement envolé : « …blablabla, blablabla… mais nous sommes désolés, le sujet ne fait pas partie des objectifs de la maison… »





Je vous parlerai donc de Décomposition régulièrement et je vous en offrirai des extraits afin d’aiguiser et combler votre curiosité. Et croyez-moi, sur un roman de 600 pages, ce n’est pas ce qui manque !

Mais qu’est donc Décomposition ? Quel titre peu avenant qui ne présage rien de très positif, me direz-vous ! Et vous aurez raison.

Voici le résumé du livre adressé aux éditeurs :






« Antonio, jeune homme solitaire et décalé, coupé d’une famille hostile à sa vocation, est un scénariste talentueux et acharné ne vivant que pour une reconnaissance qui lui résiste depuis des années. Tourmenté par l’avenir des hommes, la complexité et les paradoxes de la nature humaine, Antonio se vit comme un soldat héroïque, le Spartiate d’un autre temps épris d’idéal et de sens, défendant des valeurs oubliées sur les remparts d’une forteresse en ruine.

Un jour, suite à l’envoi d’un de ses scénarios à la plus illustre des maisons de production, il est convié à un rendez-vous avec le grand patron en personne qui règne en démiurge sur le Septième Art.

Croyant miraculeusement la réussite à portée de main, il s’aperçoit qu’il est victime d’un cruel et pathétique coup du sort. Décidé à exploité malgré tout cette incroyable rencontre, abdiquant tout orgueil, il obtient de travailler sur un projet de film relatant les premières amours du producteur avec une jeune fille qui semble le hanter.

L’antre de tous les rêves va bientôt se transformer en celui de tous les cauchemars. Antonio découvre que la réalité n’est qu’un décor de théâtre et que la pièce qui se joue en coulisse n’est pas celle que l’on voit sur la scène : l’humanité, le talent et le mérite sont reléguées au fond des oubliettes d’un royaume de médiocrité dirigé par des pantins sans âmes, vaniteux et cupides.
C’est une Féodalité moderne, avec la toute puissance du monarque et de ses princes, la servilité de courtisans arrivistes et sans scrupules, où jeux de pouvoir sadiques, mensonges et servitude, sont le lot de tous les « serfs » ne faisant pas partie de cette « Cour » où les seuls critères de hiérarchie et d’appartenance sont l’indice de célébrité, la naissance et les relations.

Julietta sera-t-elle la muse qui le sauvera de cette descente aux enfers, de cette quête mystique le conduisant vers une destinée infernale ?

Cette « décomposition », il l’incarne physiquement et moralement, de manière onirique, mais c’est aussi, à travers son douloureux destin, celle de la société qui l’entoure et de l’humanité emportée dans une course effrénée vers l’Abîme où le Salut semble n’appartenir qu’à l’Au-delà. »


Eh oui, Antonio est une partie de moi, mais seulement une partie.
Vous voyez, nous sommes encore et toujours dans l’Arène des Gladiateurs et sur la scène du Théâtre, dans les affres de notre solitude et de la violence du monde en quête d’hypothétiques espérances nous aidant à vivre ou à survivre, d’un peu de lumière sur cette humanité obscure en perdition…





Antonio se vit donc comme un soldat, un gladiateur solitaire et son histoire est une sorte de grande métaphore militaire de l’existence, une sorte de Désert des Tartares moderne – car tout est toujours courage, combat et bravoure --, ce qui nous ramène inévitablement à nos préoccupations en matière de Défense…





Pour notre satisfaction, un petit extrait où vous verrez que tout ce que ce qui arrivera à Décomposition avec les éditeurs est déjà écrit dans le livre lui-même !






« Pareillement, ils accumulaient les piles de manuscrits refusés qui s’entassaient par terre, leurs «…pauvres enfants abandonnés dont personne ne voulait », les lettres de refus stéréotypées et froides comme la mort des espérances envolées que le jeune marin d’Oakland enfilait par dizaines sur un fil de fer aussi long que la triste guirlande d’un Noël refusant obstinément de venir. A force de ne jamais recevoir un seul mot de la main d’un rédacteur, l’esquisse d’un encouragement personnalisé, la plus insignifiante critique qui l’eût renseigné sur les qualités ou les faiblesses de ses écrits, Martin Eden s’interrogeait sur l’existence même des rédacteurs, doutait qu’ils fussent des êtres vivants et non des automates appartenant à quelque entité infernale et mystérieuse, n’existant qu’afin de renvoyer systématiquement ce qu’ils recevaient.
Antonio, lui aussi, goûtait amèrement à l’indifférence des producteurs, la curieuse impression de s’adresser à un monde invisible peuplé de fantômes ne daignant jamais donner la moindre preuve de leur réalité.
Combien de fois, accablés par le désintérêt et la légèreté de leurs supposés interlocuteurs, les deux garçons s’étaient blottis dans un coin de leur tanière, relisant à haute voix leurs œuvres «pour tenter de conjurer le silence… » ?
Pour l’un comme pour l’autre, le principal handicap résidait en leur tragique isolement. Dans son entourage, Martin ne connaissait pas de rédacteur ni d’écrivain, et ceux qui pouvaient ne le conseillaient jamais quant à la manière de s’y prendre et de faire lire sa prose.
De même, Antonio ne fréquentait personne susceptible de l’orienter vers celui ou celle qui, dans une position avantageuse, aurait pu manifester de l’intérêt envers un auteur n’ayant pas à rougir de lui-même, car son travail était de loin supérieur à ce qui se faisait généralement.
Tous deux s’étaient demandé mille fois comment les autres découvraient « la formule magique qui leur ouvrait la porte du succès ». Mais aucune réponse n’apparaissait jamais. Encaissant coup après coup, les deux garçons se laissaient parfois gagner par le découragement ponctuel et la peur de s’épuiser, de perdre leurs forces vives, de se vider de leur substance, de voir s’échapper de leur corps et de leur âme le précieux fluide qui les animait et leur donnait la foi. Rarement, l’idée les effleurait de laisser tomber et de se conformer à ce qu’on exigeait d’eux : trouver un travail normal, sans prétention, devenir fonctionnaire ou autre chose, enfin ressembler à tout le monde. Mais ils ne voulaient pas « ressembler à tout le monde ». La hantise de perdre leur sang dans une vie de substitution médiocre s’avérait plus forte que les épreuves, la crainte de souffrir ou celle d’échouer et ils ne résignaient pas à une telle éventualité. Ils étaient des combattants de l’ombre ; ils avaient assez de courage, d’endurance et d’obstination afin de ne pas se laisser abattre. Quels que soient les sacrifices, la solitude et la mauvaise fortune, ils attrapaient inlassablement leur plume, noircissaient chaque feuille blanche comme si c’était la première, avec le même enthousiasme, les mêmes certitudes qu’à leur commencement, car le bonheur et la beauté des mots demeuraient à leurs yeux le plus important. Ecrire devenait une manière de survivre, exprimant ce qu’ils ressentaient du monde ; ils s’acharnaient parce qu’ils voulaient être de vrais auteurs, parce que leur âme ne savait faire autre chose ni autrement.
Alors les Chevaliers de l’Impossible reprenaient la route avec leurs armes à la poursuite du Saint Graal, ...«se débattant dans le noir, sans conseil, sans assistance et dans les affres du désespoir » ».






Voilà, mes Princes, vous me connaissez déjà mieux et vous trouverez beaucoup d’autres choses de mes années de travail sur mon site perso ; vous y apprendrez la difficile quête des artistes en mal de reconnaissance qui ressemble un peu à ça :



« J’ai déchiré l’espoir, la nuit noire et l’histoire,
J’ai marché dans la lie de fébriles mémoires,
J’ai arpenté le flanc des prairies étoilées,
Des marais embaumés, des songes éthérés !
J’ai battu des tribus aux préceptes étranges
Qui buvaient le sang chaud, calciné des archanges !
J’ai sondé l’abîme au profond du cauchemar
Dont l’horreur est prêtresse et le sang un nectar !
J’ai rampé dans la suie de moiteurs infernales
En des lieux ébranlés d’atroces bacchanales !




Cette quête pourquoi ? pour la faible lueur
D’un rêve distillé par un faste trompeur ?
Dans le profond des cieux comme au cœur des Ténèbres,
La Parfaite Lumière est donc aussi funèbre ? »
(Le Paradis de Fer)


Que la beauté du monde, de l’intelligence et de l’Art guide nos pas, le plaisir chaque fois renouvelé d’apprendre à partager, se connaître et s’apprécier.






Faisons donc cette route ensemble, cette guerre interminable du mieux que nous pourrons car :



« L’homme ne sait jamais le terme de la nuit
avant que n’apparaisse l’aurore et si ce jour arrive,
seulement saura-t-il qu’il devait en être ainsi… »
(Shakespeare, Jules César)


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