27/12/2008

Le Chant du Ménestrel





Le Danseur de Cristal




« Moi ! Je suis Ménestrel, un amuseur, un Fou, Un diseur de sonnets, un voleur, un filou,
Un conteur de beaux vers, un aboyeur de foire, Un chanteur de misère, un liseur de grimoire !
Je suis drôle et vilain, je connais des chemins Qui perdraient le nez fin de pisteurs bien malins !
Je suis de ces passants qui découvrent le monde Pour mieux en rechercher les innombrables ondes !
J'amuse les enfants aux dépens des plus grands Qui rient en pâlissant de leurs faits accablants !
Ils ne s'avouent jamais tous les désirs qu'ils n'osent Mais savourent mes vers en d'honorables poses !
Je suis menteur parfois d'énoncer vérités Qui pour être trop vraies paraissent éhontées !
Tant le vrai ne vaut pas mieux que bien des mensonges : Les rêves renient la réalité des songes !




Je philosophe ici et je bafoue par-là Les doctes cerveaux qui s'en sont allés bien bas !
J'abaisse les pédants, j'élève les modestes, Je cloue les arrogants, les vipères, les pestes !
On m'adore, on me hait sans trop savoir pourquoi ! Je repousse, j'attire au point d'en être coi !
Les uns me portent aux nues admirant ma verve, Pour d’autres cette voix est ce qui les énerve !
On m'aime et on me craint. Il paraît : je fais peur ? Mais que redoutez-vous, sinon votre laideur ?
J'énonce la grandeur de sermons très célèbres : Je ne récolte que des oraisons funèbres !
Je jongle avec la vie, je joue avec la mort, Je dénoue les nœuds de tout ce qui est retors.
Je devine l’étrange et ses voix inaudibles, L'esprit divin du monde et l'incompréhensible :
Ce qui ne se dit pas, mais se sent, se ressent, Ce qui fait la beauté des pensées de safran !





J'observe le songe et j'en découds les étoffes, Puis je les chante au vent en égrenant mes strophes !
Je peins les sensations, les brumes de l'esprit Qui se révèlent devant vous, toujours surpris !
Je suis un confident et un apaiseur d'âmes, Un confesseur discret, un démêleur de drames !
Il n'y a pas pour moi d'âmes déshéritées : J'aime autant les putains qu'une humble Majesté !
Aucun ne naît ici dans les mêmes richesses : L'âme se révèle au regard de nos bassesses !
Je sers à tout, à rien ! Ai-je une prétention ? : Condamner les leçons, comprendre les frissons !
Peut-on jamais juger ? Qui jettera la pierre Aux combattants fourbus de leurs pénibles guerres


Je suis joueur de fifre, acrobate, danseur, Je chasse le vrai avec l'art d'un grand veneur !
On me prend trop souvent pour un voleur de bourses, Je vous mets devant vous : on veut que je rembourse !
On est jamais payé d'offrir des vérités : C'est un choix dangereux que cette honnêteté !
Que m'importe votre or ? Les écus ne me donnent Que le faible pouvoir d'une pulsion bouffonne !
Je sais bien que cela vous paraît délirant, Tout le monde ne peut devenir mécréant !
Je donne une image à laquelle on ne veut croire, Sans elle je serais pris dans une mâchoire :
Je dois dire beaucoup, n'en dois pas dire trop, Car je pourrais mourir d'un bête quiproquo !
L'apparence a bon dos ! La mienne vous amuse, Que ne riez-vous pas ce celle de vos muses ?
Les belles plantes sont souvent fleurs à venin, C'est ce qui fait la joie de tous les turlupins !




Je suis un serviteur, un débiteur, un pitre, Afin de faire mieux comprendre les épîtres !
On plaint ma vie mais on envie ma liberté Je dis ce qui m'importe et j'aime la bonté !
C'est dur de conserver en soi ses forces vives En ranimant ce feu que toujours je ravive.
C'est aussi astreignant de gagner son pardon Que celui d'un autre en lui jouant le bouffon !
C'est autant de labeur que celui d'un jésuite Que vouloir éviter les alléchantes fuites
Qui jalonnent la route et les sentiers battus Où l'on veut seulement ne pas être rompu !
J'aurais pu me commettre à bien de vos violences, J'ai su me préserver de cela, c'est ma chance !
Sage, je ne suis pas, mais j'ai mes garde-fous : J'ai su prendre leçon des sinistres grigous ! »





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