30/12/2008

Le Grillage





Le Grillage est mon premier livre édité mais non le premier écrit.








Résumé



Dans une sorte de Moyen âge post-moderne se côtoient deux mondes ; celui d’En haut, avec ses somptueuses villas et ses domaines prospères appartenant aux Nantis, et celui d’En bas, le Taudis, peuplé de hordes moyenâgeuses, les Faméliques, survivant de manière archaïque et tribale. Tous deux sont séparés par un no man’s land piégé et un grillage électrifié surmonté de miradors avec des soldats en armes.

Le Famélique, épuisé par une vie passée à essayer de subsister au milieu des siens, traverse une dernière fois le no man’s land de tous les dangers pour observer les Nantis à travers le grillage, cet univers mythique et irréel aux allures de paradis qu’il n’a pas les moyens de comprendre.

En regardant de l’autre côté, malgré une conscience quasi préhistorique, son instinct, doublé d’une intelligence naturelle, tente de formuler des questions et des bribes de réponse à tous les « pourquoi » de l’existence et de son étrange destin. Il ne parviendra finalement qu’à une seule certitude : les Nantis ne sont pas des dieux, comme certains avaient tenté de le lui faire croire, car ils sont aussi mortels que lui…






C'est une fable philosophique, une métaphore universelle et intemporelle qui parle de cruauté et d'injustice, de hasard et de destin, des maux récurrents de l'histoire du monde. Elle y dépeint le côté obscur de l'humanité, celui des frontières visibles ou invisibles qui séparent les hommes depuis toujours, celui que l'on a bien souvent sous les yeux et qui augure d'un avenir douloureux et incertain.



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Les couvertures ont été dessinées par mon ami Stephan

















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Extraits












« Les domestiques avaient terminé le long ballet destiné à couvrir la table de somptueux plats de viandes et de volailles, de salades exotiques, de fruits, de vins et de liqueurs. Après avoir contemplé ce banquet digne de Bacchus, le Nanti éructa un son bizarre et agita frénétiquement des doigts boudinés sur lesquels étaient enfilées des bagues serties de rubis, de diamants, d'agates et de saphirs. Immédiatement, ses valets lui apportèrent des couverts en argent sur un plateau d'or. Il les saisit prestement et les plongea dans un gigot saignant, arrachant la viande plus qu'il ne la coupait, s'empressant de la porter à sa bouche, les papilles frétillantes, mâchant à peine, trop impatient de dévorer le morceau en piaffant maintenant à la manière d'une bête satisfaite. Il attaqua ensuite tous les plats simultanément, ingurgitant bouchée sur bouchée en les entrecoupant de larges rasades des meilleures cuvées. »








« A l'extérieur du grillage commençait un no man's land aride et rocailleux, le Désert, où ne poussait qu'une végétation éparse qui tranchait avec l'oasis verdoyante des propriétés. Cette étendue descendait doucement vers le Taudis situé à quelques lieues de là dans lequel s'entassait une population qui manquait de tout, mourant chaque jour de malnutrition, d’absence d'hygiène, d'épidémies et de toutes sortes de violences engendrées par ces situations de survie. Là-bas, n'existait qu'un grouillement d'hommes réduits à l'état de bêtes, ne régnaient que le malheur, la ruine et la désolation au bout du désespoir le plus inhumain. »








« Hormis les hordes, qui rarement s'aventuraient pour essayer de franchir la clôture et s'y électrocutaient, quelques faméliques solitaires se risquaient aussi à traverser le no man's land de rocaille en rampant au milieu de la maigre végétation. Il leur arrivait parfois de sauter sur des mines disséminées çà et là et, quand leurs corps n'étaient pas éparpillés, ils mouraient lentement, mutilés, en poussant des cris affreux, promis de toutes façons à nourrir les charognards qui guettaient leur dernier souffle en tournoyant au-dessus de leurs têtes. Ces malheureux se lançaient dans cette épopée meurtrière aux seules fins de récupérer quelques ordures, des déchets de nourriture qui auraient pu être jetés au-delà du grillage. Cela ne se produisait que rarement, les Nantis veillant à ne pas trop attirer d'affamés aux abords du domaine. Seuls les enfants, lorsque le caprice les prenait, balançaient un peu de viande par-dessus les barbelés à ceux qu'ils repéraient afin de les inciter à venir au plus près pour voir s'ils étaient capables d'échapper à la vigilance des sentinelles et aux tirs de leurs carabines de précision. Les gamins adoraient ce jeu et aucun autre, même le plus sophistiqué, n'avait à leurs yeux autant d'intérêt que celui-ci. Mais gare à eux s'ils se faisaient attraper par leurs parents. »





« Quelques fois, il avait écouté les anciens parler du ’’Monde d'Avant’’, en tous cas ceux que l'on n'achevait pas et gardait en vie parce qu'ils avaient des connaissances utiles au clan. Ces vieux prétendaient qu'autrefois, il y avait eu des ’’lois’’ différentes de celle de la force. Certains disaient même -- et on se moquait d'eux -- que dans ces époques reculées, les Nantis étaient leurs égaux ou presque et que tous avaient le droit de faire les mêmes choses et ce que bon leur semblait. En ce temps-là, il paraissait que chacun possédait des biens et avait ce qui s'appelait de ’’l'instruction’’. C'était quoi, l'Instruction ? Quelques uns affirmaient aussi que les signes gravés sur les murs en ruines ou de vieux morceaux de papier avaient eu une signification. On disait que ça s'appelait des ’’lettres’’ et des ’’mots’’ et que, lorsqu'on parlait, c'était ces ’’lettres’’ et ces ’’mots’’ que l'on prononçait. Mais on assurait qu'aujourd'hui seuls les Nantis savaient les déchiffrer, les reproduire et les assembler pour leur donner un sens. Dans le Taudis, l'unique langage qui existait était fait principalement d'onomatopées accompagnées de gestes. On ne faisait des phrases d'une syntaxe même rudimentaire qu’en de rares occasions. On appelait ces temps oubliés l'Age d'Or. On racontait qu'un jour tout avait changé parce qu'il y avait eu soudain trop de monde et plus assez de biens pour tous. Alors, ceux qui dirigeaient avaient écarté les démunis et s'étaient retranchés avec ce qui leur appartenait dans des propriétés, pour ne pas avoir à partager, à subir ceux qui n'avaient rien. Il y avait tellement de légendes sur le monde d'autrefois... mais chacun savait que c'étaient des inventions de vieux débris en sursis qui, eux-mêmes, tenaient cela de leurs anciens aussi débiles. Personne n'y croyait et on voyait bien que, dans l'Ordre des Choses, il était impossible qu'eux, la lie, aient pu un jour ressembler à cette race supérieure de Nantis. La preuve : ces êtres protégés ne vivaient pas dans le Taudis. »








« Depuis peu, il venait régulièrement au bord de cette propriété avec d'infinies précautions en se dissimulant derrière la végétation. Avec la fatigue, il mettait maintenant plusieurs jours pour traverser le Désert en rampant, se nourrissant de racines qu'il déterrait à l'aide d'un morceau de tôle tranchant enveloppé dans un chiffon et qui lui servait de couteau de fortune. Lorsqu'il parvenait au pied de la clôture, il se tenait derrière un buisson d'où on ne pouvait l'apercevoir du haut des miradors suffisamment éloignés. Là, il s'approchait du grillage et regardait au travers. Même si celui-ci n’était électrifié qu’en cas d’alerte, il n’avait jamais osé s’y appuyer, comme si c’était un tabou insurmontable. Observer ce qui se passait de l'autre côté, chez ceux que l'on appelait les Nantis, était devenu son obsession. »








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Illustration du Grillage par Yvan Roche








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Le Grillage sur le Net :



















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