11/01/2009

Apocalypse Now

L'Arène et le Théâtre
Scène 1







Plan large : une vue sur la jungle en feu et une pale d’hélico qui tourne autour de nous. La musique des Doors : The End… This is the end my friends… (C’est la fin mes amis…) le décor est planté.
Une fondue sur les pales du climatiseur dans une chambre miteuse. Un type se lève (Martin Sheen), va lentement jusqu’à la fenêtre dont il entrouvre le store. Il regarde dehors.

« Captain Willard : (voix off) : Saigon… shit, I’m still only in Saigon… » (Saigon, merde... je suis toujours à Saigon...)

Ainsi commence l’un des films cultes sur la guerre du Vietnam !

Nobles amis, vous vous demandez sûrement pourquoi je commence mon premier post par Apocalypse Now. Pour un détail qui va d’emblée nous relier à la communauté des passionnés de Défense.
Dans le DSI n° 38 de juin 2008 le Grand Carl von C. nous gratifiait d’un titre faisant allusion au film de Coppola : « Aaaahh… J’adore l’odeur du Hezbollah, de grand matin ! », en référence au colonel Kurtz d’Apocalypse. Sauf que mes bons amis, un tel connaisseur que votre serviteur à propos de ce film, ne fit qu’un tour dans son costume de Fou : ce n’est pas Kurtz (Marlon Brando) qui dit cela mais le lieutenant-colonel Kilgore (Robert Duvall) après la fameuse scène de l’attaque du village par les hélicoptères de la Cavalerie aérienne sur la Chevauchée des Walkyries de Wagner.
Et la vraie scène est celle-ci :






Kilgore : Smell that ? You smell that ? (Tu sens ça ?)
Lance : What ? (Quoi ?)
Kilgore : Napalm, son. Nothing in the world smells like that. I love the smell of napalm in the morning.... (...) ...The smell, you know that gasoline smell, the whole hill smelled like... victory. Someday this war’s gonna end..”
(Napalm, fils. Rien nulle part ne sent comme ça. J’adore l’odeur du napalm au petit matin… Cette odeur, tu vois cette odeur d’essence, la colline entière sentait comme… une impression de victoire. Un jour cette guerre finira…)






Les hélicos ! les hélicos, les « Iroquois » de la Cav décollant tous rotors tournant dans la lumière fascinante du petit matin pour raser un village au son de la Chevauchée des Walkyrie et trouver une « bonne vague à surfer » pour notre plus grande « Satisfaction ».






Car n’oubliez pas la devise de la Cavalerie aérienne :

« Death from above »
(La Mort vient d’en haut !)










Apocalypse Now est certainement le film le plus connu sur la guerre du Vietnam, notamment à cause de la scène mythique des hélicos sur l’opéra de Wagner. Ce fut un succès planétaire. Il obtint la Palme d’or à Cannes en 1979.

Le tournage, effectué aux Philippines dans des conditions redoutables, fut en lui-même une véritable épopée menacée plusieurs fois de ne jamais aboutir. Francis Coppola y risqua sa fortune, sa santé morale et physique et parfois celle de ses acteurs et de son équipe de tournage. Il existe aujourd’hui un documentaire relatant cette aventure titanesque : Hearts of Darkness… en référence à Joseph Conrad, bien sûr….






Le film, où à la beauté des images se mêle la musique des Doors, des Rolling Stones et de Wagner, est une sorte d’opéra fantastique, esthétique (trop peut-être) et psychédélique se voulant être, d’après Coppola : CE QUE FUT VRAIMENT LA GUERRE DU VIETNAM.
C’est certainement contestable et un tantinet prétentieux, car qui peut se vanter de traduire parfaitement la violence de la guerre, même parmi ceux qui l’ont vécue dans leur chair, tant l’expérience de la brutalité et de la mort reste profondément intime et intransmissible à « ceux qui ne savent pas », fussent-ils prédisposés à la percevoir mieux que d’autres ?

Il existe de nombreux films sur le Vietnam, parfois moins « grandioses » qu’Apocalypse du point de vue du spectacle, mais plus près de la violence des combats, de l’injustice, de la perversion et de la cruauté, de la souffrance et de la peur des hommes ; ne serait-ce que Platoon, d’Oliver Stone, un chef-d’œuvre qui n’a pas pris une ride, Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter) de Michaël Cimino avec les fameuses scènes de « roulette russe » entre les grands Robert de Niro et Christopher Walken, Hamburger Hill de John Irvin ou encore Outrages (Casualties of War) de Brian de Palma, We were Soldiers (Randall Wallace)…











La liste est interminable et par curiosité vous pourrez la trouver ici, DES CENTAINES de films !, ce qui en dit long sur la capacité des américains à parler de cette guerre (et des autres, bien sûr), que ce soit sous forme d’introspection, de condamnation ou de patriotisme. A saluer aussi l’excellente série télévisée L’Enfer du Devoir (Tour of Duty), dont la musique du générique est d’ailleurs Paint it black des Rolling Stones.
(En anglais on pourrait traduire par L’Appel du devoir. Les français ont choisi L’Enfer du Devoir… très beau titre, mais qui en dit long sur la différence de patriotisme entre les deux pays…





N’empêche qu’il faut admirer la performance d’Apocalypse ; film incontournable, construit d’après la Nouvelle de Joseph Conrad Au Cœur des Ténèbres qui, elle, se passe en Afrique à la fin du 19ème siècle.




Le trajet inverse de la Civilisation et de l’Homme remontant inexorablement à ses origines primitives – d’abord concrètement avec le fil conducteur de la rivière, l’eau essentielle à la vie, cordon ombilical nous ramenant à la source obscure de nos commencements ; puis psychologiquement, à travers les interrogations, les réflexions permanentes du narrateur et acteur principal sur la personnalité de Kurtz, ce personnage mystérieux apparemment étranger à tout ce qui est humain, ce Diable que l’on voudrait ignorer et considérer comme « en-dehors de nous-mêmes » et n’ayant jamais existé, mais qui s’impose toujours plus fort, plus proche à mesure que l’on avance, que « l’on remonte vers la Vérité » « Sa Vérité » « Notre Vérité », ce miroir monstrueux de l’Animal en quête d’élévation, de l’Homme submergé par sa nature première et barbare sans espoir d’y échapper, un cauchemar à répétition qui ne cessera jamais de le hanter, de le happer, mais qui paradoxalement, parce qu’il en prend conscience, demeure sa seule possibilité de construire un vrai Rêve d’humanité.
…Kurtz, cet homme de talent cultivé devenu ivre de cruauté à cause… de la cruauté des hommes…

...Le monstrueux n'étant peut-être que le Fond secret du réel apparaissant soudain au grand jour...






Une immense réflexion toujours d’actualité sur la nature humaine, sa fascination pour la violence et la répétition incessante de ses origines sanglantes.
L’homme peut-il se passer de sa violence ?, malgré les progrès de la pensée et ceux de la science ?
Un sujet que nous aborderons souvent, notamment à travers René Girard qui s’exprime longuement sur l’avenir apocalyptique d’une l’Humanité qui semble inexorablement revenir à ses fondements archaïques – justement. La quête de Girard – remonter vers la Vérité archaïque, la source des mécanismes de la violence humaine – s’articule du point de vue anthropologique sur le même principe qu’Apocalypse Now ou Au Cœur des Ténèbres….

Ce qui explique également le choix de ce premier post comme prélude aux réflexions que nous aborderont sur les mécanismes ancestraux de notre « bestialité ».

Aujourd’hui il existe une version longue d’Apocalypse avec de nouvelles scènes, notamment celle de la plantation française avec Aurore Clément.

A revoir ce film pour le trip infernal !!!







Voir aussi le livre de Sven Lindquist au vitriol sur la colonisation occidentale et les commentaires sur son œuvre en tapant le nom du livre dans google.





Le Mot de l'éditeur : "Exterminez toutes ces brutes"

Ce livre est le récit d'un double voyage : celui d'un homme qui traverse le Sahara et qui, parallèlement, remonte le temps à travers l'histoire du concept d'extermination. Dans de petits hôtels du désert battus par les sables, son étude se concentre sur une phrase du roman de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres : " Exterminez toutes ces brutes ! " Pourquoi Kurtz, le héros du livre, conclut-il par ces mots son rapport sur la mission civilisatrice de l'homme blanc en Afrique ? Que signifiaient-ils pour Conrad et ses contemporains ? Mêlant librement l'essai, l'autobiographie, la littérature et le carnet de voyage, cheminant à travers l'histoire des sciences et des idées, Sven Lindqvist retrace les fondements idéologiques qui justifièrent l'anéantissement de peuples entiers au nom du Progrès et de la Civilisation. Un témoignage saisissant sur les origines du génocide.






Pour terminer je laisserai parler le Colonel Kurtz incarné par un Marlon Brando inspiré et inquiétant.





Kurtz :
I've seen horrors... horrors that you've seen. But you have no right to call me a murderer. You have a right to kill me. You have a right to do that... but you have no right to judge me. It's impossible for words to describe what is necessary to those who do not know what horror means. Horror. Horror has a face... and you must make a friend of horror. Horror and moral terror are your friends.

[voiceover] The horror... the horror...”

(J’ai vu des horreurs... les horreurs que vous avez vues. Mais vous n’avez pas le droit de m’appeler un meurtrier. Vous avez le droit de me tuer. Vous avez le droit de faire ça… mais vous ne l’avez pas de me juger. Les mots ne peuvent décrire l’horreur à ceux qui ne la connaissent pas. L’Horreur. L’Horreur a un visage… et vous devez vous faire une amie de l’Horreur. L’Horreur et la terreur morale sont vos amis.
(voix off) L’Horreur… l’Horreur…)






Je reviendrai souvent sur les films de guerre qui ont jalonné mon enfance, mon adolescence et mon âge adulte, car il y a beaucoup à en apprendre du point de vu humain et sociologique sur l’évolution de la pensée occidentale vis à vis de la guerre au cours du 20ème siècle.

Le Vietnam est une guerre fascinante, certainement un tournant dans la réflexion des sociétés démocratiques à propos leur propre brutalité, à défaut, trop souvent, qu’elle n’en soit pas aussi une sur celle des autres...


Maintenant que nous l’avons abordé succinctement à travers le cinéma, nous parlerons du Vietnam plus en profondeur à travers un ouvrage remarquable dont les mots en disent beaucoup plus que les images. Un livre incontournable sur cette guerre et sur la guerre en général : Putain de Mort.
Et le lien naturel qui relie Apocalypse et Putain de Mort se nomme Michaël Herr.




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