12/02/2009

La Vie de Château

L’Arène et le Théâtre
Scène 7




Mes Nobles Seigneurs, Bonjour.









Je ne vous l’ai pas encore dit, mais figurez-vous que j’habite un Château.
Un beau et merveilleux Château.







Il s’appelle le Château de la République

Il possède hautes murailles très épaisses, tours circulaires ou rectangulaires fendues de meurtrières…






…chemins de rondes crénelés à souhait, courtines et échauguettes, douves inondées et empoisonnées infestées de sales bêtes en tous genres, pont-levis, lices, barbacanes, bretèches, mâchicoulis et bien sûr magnifique Donjon où loge notre bien-aimé Seigneur et sa gracieuse famille.






Voilà à quoi ressemble notre magnifique Château !







Ceci avec belle Armée de Chevaliers et écuyers, archers et hommes d’armes de longue tradition guerrière…






…ne devrions-nos pas nous sentir à l’abri des vicissitudes du monde cruel ?







Remarquer, pour un Ménestrel, rien de plus normal de loger en belle demeure fortifiée quand on donne spectacles de théâtre et représentations variées pour occupants des lieux, nobles, marchands et artisans, courtisans et courtisanes, chevaliers et membres de notre Sainte Eglise…






…gentilshommes et galantes dames…







que l’on sillonne villes et village afin de dire poèmes et sonnets, chanter agréables couplets en jouant luth, harpes et cithares ou cromornes et cornamuses devant le bon peuple de notre grand Royaume ou qu’on apprend aux Damoiselles délicieuses et charmantes à danser la Saltarelle et la Carole !






Eh oui, mes bons Seigneurs vous le savez maintenant…



« Moi ! Je suis Ménestrel, un amuseur, un Fou,
Un diseur de sonnets, un voleur, un filou,
Un conteur de beaux vers, un aboyeur de foire,
Un chanteur de misère, un liseur de grimoire ! »





Dans la cour du Château, nous organisons aussi saisissants et plaisants divertissements très appréciés…






Mais parfois hélas, quand les Temps retournent à l’orage, il nous faut revêtir heaumes et lourdes armures, cottes de mailles et gantelets…






…aiguiser, affûter dagues et épées, soutenir longues lances et porter boucliers, brandir haches, masses et fléaux d’armes … nous transformer en vaillants Chevaliers…






Je laisse alors le Ménestrel du Théâtre et le Gladiateur de l’Arène pour le Paladin des justes causes et pars guerroyer afin de pourfendre et bouter hors de nos frontières très vilains ennemis.







Quelle exaltante mission !






D’autres fois, nous investissons nobles Cœurs et Ames en Quêtes diverses, passionnantes et variées…






Il faut dire que nous avons fière allure altière et foi inaltérable…!







Sinon, lorsque la saison se fait douce et calme, j’aime à me promener seul dans la campagne été comme hivers et chasser…






…aider aux champs nos paysans, aux moissons…







…et vendanges…





…traire vaches, tondre moutons et saigner porcelets…






…et nourrir basse-cour de poules et dindons et coqs pourvus de belles crêtes et plumes de toutes les couleurs qui parfois, étrangement, ressemblent à certains de nos illustres notables, mais là est une autre histoire…






…bien entendu festoyer de riche et succulente nourriture…







…s’amuser en faisant Carnaval…







…parfois courir quelques coquins jupons en bonne compagnie, je l’avoue en honteux pécheur…




…et bien sûr toujours écrire beaux vers et belle prose pour célébrer Amour à la Dame de son cœur (lorsque Bonheur immense nous octroie ce privilège) comme illustres confrères et consœurs…



L'amour veut un amant cavalier,
doué aux armes et pour un autre service !
Beau parleur et généreux,
qui sache faire et dire,
dehors, chez lui,
selon son pouvoir,
et qui soit de plaisante compagnie, courtois, agréable.
La dame qui avec un tel amant couche
est purifiée de tous ses péchés !
Arnaud de Maruehl (1180-1195)






Quand une dame s'avise d'aimer
c'est elle qui doit courtiser son chevalier,
si elle lui reconnait courage
et vertus chevaleresques.
Na Castelosa (1200-1220)


Tout ce qu'il désire,
l'amant doit le demander avec délicatesse
et la dame lui accordera.
Mais elle doit bien choisir son moment.
L'amant doit la prier et se mettre à disposition.
Qu'elle soit son amante ou sa dame de sagesse
la dame doit à l'ami, faire honneur
comme à un compagnon et non comme à un seigneur.
Maria de Ventadorn (1180-1205)







Bel ami, si avenant, si beau,
quand vous tiendrai-je en mon pouvoir,
couchée avec vous un soir,
pour vous donner baiser d'amour.
Sachez que mon grand désir
est de vous prendre au lieu de mon mari,
dans la mesure où vous ferez promesse
de tout faire selon ma volonté.
Comtesse de Die (1150-1180)



…aussi chansons de gestes célébrant nos épopées légendaires et héroïques, dont celle de Messire Roland est à nous tous le modèle…






…Roland frappe sur une pierre bise.
Il en arrache plus que je ne vous sais dire.
L'épée grince, mais ne se rompt ni ne se brise.
Vers le ciel elle a rebondi en hauteur.
Quand le comte voit qu'il ne la rompra pas,
Très doucement il la plaint en lui-même:
«Eh! Durendal, que tu es belle et très sainte!
Dans ton pommeau d'or il y a bien des reliques,
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Et des cheveux de Monseigneur saint Denis;
Il y a aussi du vêtement de Sainte Marie:
Il n'est pas juste que des païens te possèdent;
Par des chrétiens vous devez être servie.
Que ne vous ait jamais homme qui fasse couardise!
Par vous j'aurai conquis tant de vastes terres,
Que Charles tient, qui la barbe a fleurie.
Et l'empereur en est puissant et riche…





…égalament philosopher, écrire et disserter sur ce Très Bas-monde dont les bipèdes (auxquels je fais assurément partie) sont pour moi constant sujet de réflexion, d’enthousiasme et hélas bien souvent de tristesse…





Et quand je me sens seul et désespérer de l’ingrate nature inhumaine, je m’en vais prier et chercher réconfort auprès de notre Dieu en la sainte Cathédrale..






…espérant qu’il m’entende…






…mais peut-être n’a-t-il pas que cela à faire…






Bref, voici donc à peu près ma modeste vie d’artiste, de philosophe et de guerrier occasionnel…





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Mais parfois, hélas, certaines parties du Château se lézardent ou tombent en ruines à cause de la malveillance de quelque esprits frustrés et ombrageux…







J’en suis si éprouvé que le Diable vient me visiter la nuit.

…Alors, une prochaine fois, je vous conterai le Cauchemar du Ménestrel





















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