21/03/2009

Décomposition ou la Solitude absolue...

L'Arène et le Théâtre
Scène 8






« Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi »



Ah mes amis, les Ménestrels, comme les Artistes ont un terrible défaut, puisqu’ils sont aussi des artistes : ils aiment se montrer et parler d’eux, de ce qu’ils font, ils sont bourrés d’orgueil et de prétention et pourtant ils ne cessent de dénoncer l’arrogance des autres !
L’apparence de la modestie dissimule parfois des jeux bien inavouables !

Et votre Serviteur n’échappe pas à la règle : il veut aussi être aimé et admiré pour les qualités qu’il possède (ou croit posséder !) et adore les montrer à tous vents sous vos yeux qu’il espère émerveillés !

Mais au moins, à la différence de beaucoup d’autres, j’en suis conscient, je suis lucide sur ma propre nature, les travers de ma personnalité, mes fausses modesties, mes pseudo-qualités de « philosophe » et de « sage » que je ne suis pas, mon exhibitionnisme et mon impudeur, mes prétentions insupportables ; alors je les accepte et j’essaie d’en rire avec un peu de recul et d’humour en vous faisant partager mes contradictions et tout de même quelques moments d’authentique sincérité !
Tout Ménestrel que je suis, je n’en suis pas moins un homme !

C’est vrai mes nobles spectateurs, j’aime jouer devant vous pour mon plaisir et le vôtre.

Ainsi vont les créatures tourmentées, fantasques et facétieuses qui s’agitent dans l’Arène et sur la scène ce grand Théâtre de Fous !






Sur mon Site perso, dans Quelques mots sur moi, que j’avais commencé bien avant ce blog, mais qui, pour des raisons techniques n’est pas achevé, j’avais écrit deux biographies illustrées dans lesquelles, à la fin, je parle de la difficulté d’être ce que l’on appelle « un artiste ».
Ce qui n’est pas nouveau ; si au temps de Molière ou de Mozart ce n’était guère possible sans l’appui d’un aristocratique mécène, du Roi ou de l’Empereur lui-même, aujourd’hui ça ne l’est pas vraiment plus pour des raisons à la fois totalement différentes et très semblables.

En effet, à présent, la société s’est « tellement négativement démocratisée » à certains points de vues, que « tout le monde et n’importe qui » peut devenir artiste, même ceux qui n’en sont pas, n’ont rien fait pour cela, n’ont rien à dire et n’ont absolument aucun talent, et ceux-ci peuvent atteindre par le biais des médias un statut de quasi demi-dieux. De plus il faut « être à la mode » et « entrer dans certaines cases » et si vous ou votre travail échappent à cela, c’est mission presque impossible.
Et je ne disserterai pas sur la dimension « quasi politique » qu’il convient de respecter afin d’être « viable » dans la « noble famille » : je veux parler de la « Bien-pensance » et du « Politiquement correct »…

Jadis, les artistes devaient être géniaux et pourtant, la plupart d’entre eux n’étaient considérés que comme des laquais, surtout les comédiens.

La chose qui demeure immuable, c’est le féodalisme du système ; il a changé de visage et de forme, il fait semblant d’être « ouvert », mais si vous voulez entrer dans le milieu sans en faire partie au départ, votre statut ne sera pas très différent, toute proportion gardée, de celui d’un paysan du Moyen-âge. La toute puissance des « nouveaux Duc et Marquis » y règne en maître avec la médiocrité ambiante qui va avec, et votre destin est toujours soumis à une bonne relation, un coup de chance ou une humeur.

Tant que vous n’êtes pas reconnu publiquement un minimum pour une bonne ou mauvaise raison, vous pouvez faire les plus belles choses du monde, ça n’intéresse personne, à part vos amis !






Je reproduis ici ce que j’ai écrit sur mon Site à l’intention des jeunes artistes, en sachant qu’expliquer sa propre expérience ne peut remplacer celle que l’on se fait par soi-même.

Lorsque l’on est jeune, celle des « anciens » nous intéresse rarement, on fonce et parfois heureusement que l’on ne saisit pas à quel point la montagne est haute, sinon, il est probable que l’on n’envisagerait jamais de l’escalader.

Mais il peut être intéressant de s’informer de certains parcours afin de prendre conscience des difficultés et peut-être d’éviter quelques erreurs majeures, même si l’inconscience et l’arrogance naturelle de la jeunesse tiennent rarement compte de la raison…
…Et croyez-moi, là-dessus, je n’ai de leçons à donner à personne parce que j’ai fait comme tout le monde, c’est juste un témoignage.

Ah, si l’Expérience pouvait se transmettre de manière héréditaire, le monde atteindrait des sommets !

Mais on peut tout de même essayer d’être un « modèle positif » pour les jeunes (au sens girardien du terme) et leur donner quelques exemples de volonté, d’obstination et de sacrifice pour atteindre ses objectifs, « modèles » dont notre société, hélas, ne fait pas beaucoup la promotion…




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J’ai vu beaucoup d’artistes brisés par l’adversité et les désillusions ; d’autres sacrifier leur vie affective et matérielle pour leur idéal avec un courage et une obstination que d’aucun qualifierait d’obsession dangereuse. Certains ne peuvent jamais se résigner et l’histoire des arts témoigne de ces destins prisonniers d’eux-mêmes au-delà de toute raison avec des conséquences souvent pathétiques.

Pour un artiste, quelque soit sa discipline, la non-reconnaissance de ce qu’il est et de ce qu’il fait est douloureuse et entraîne de multiples conséquences négatives. Il se sent humilié et dévalorisé, il passe pour un « doux rêveur » courant après un « songe de lui-même » inaccessible, un looser, on doute de son réel talent, même s’il est évident qu’il en a, puisque personne ne veut de lui « dans le métier ».

L’échec d’une seule personne rejaillit inévitablement sur les autres.
Pour ceux qui ne sont pas habités des mêmes rêves, de tels sacrifices peuvent paraître dérisoires, et, au fur et à mesure des années, il leur est parfois difficile de supporter la souffrance et la dureté d’un tel parcours.
C’est un miroir douloureux pouvant provoquer des peurs incontrôlées et de violents rejets lorsqu’il s’agit de quelqu’un de leur entourage.

Pour ne parler que des plus célèbres, l’Histoire de l’Art est riche de Van Gogh, de Kafka, d’Eric Satie ou de Mozart devenus fous ou ayant terminé abandonnés de tous et dans la misère alors qu’à présent leurs œuvres sont consacrées dans le monde entier et pour les peintres valent des fortunes considérables.






Il n’y a aucune égalité dans la vie ; personne ne bénéficie des mêmes chances et qualités de départ. C’est un hasard féroce et injuste contre lequel il ne sert à rien de se révolter frontalement et stérilement ; chacun doit essayer de contourner les obstacles avec ses propres armes en essayant de ne pas trop se tromper sur ses réelles capacités.

Vouloir devenir un authentique artiste se mérite et se paie cher dans sa vie personnelle, au-delà de tout ce dont les médias nous abreuvent à travers le miroir déformant d’exemples de réussites formatées, rapides et flamboyantes qui ne reflètent qu’une infime partie de ce qui existe vraiment. Chacun doit arriver à trouver ce qui lui convient le mieux et s’y tenir, quels que soient les obstacles, en sachant qu’il faudra peut-être de nombreuses années avant de parvenir à ses fins.







Il n’est pas facile de se faire reconnaître dans sa singularité ; le travail et la volonté peuvent devenir des handicaps majeurs si on n’a pas la chance d’être au bon endroit au bon moment et avec les bonnes personnes.

Suivant un curieux paradoxe, plus on en fait, plus on se donne les moyens de parvenir à ce que l’on veut et plus on dérange ; on fait peur, on est décalé, exclu et mal compris. Il y a des cases et des normes à respecter, des limites à ne point franchir, des moules dans lesquels il faut se fondre au risque de se retrouver isolé. Il faut parfois des années pour arriver à comprendre les fonctionnements d’un milieu extrêmement complexe où rien n’est jamais simple ni acquis. Dans tous les cas il faut plier l’échine à tout moment et ravaler son orgueil.

Pour « réussir », il faut passer par un moule que certains sont incapables de s’approprier, que d’autres refusent obstinément d’intégrer comme les « Derniers Mohicans » d’un peuple en voie de disparition.






Lorsque l’on réussit assez jeune on ne se pose pas certaines questions simplement parce que « ça fonctionne ». On pénètre dans un monde fastueux sans en connaître les dessous, la partie immergée de l’iceberg. Ceux qui ont cette chance ont bien souvent une vision complètement déformée de la réalité, au point de croire que ce qui leur arrive est « parfaitement normal ».

Ceux-là imaginent facilement qu’il ne pouvait en être autrement, et que c’est une conséquence logique de ce qu’ils sont. Mais ils se trompent.
A cause de cette réussite qui les aveugle, ils sont rarement capables de décrypter les mécanismes sournois et pervers de la vie, la face obscure de l’existence, celle qui apporte la lucidité et conséquemment parfois la désespérance : car l’un ne va pas sans l’autre et il faut alors d’autant plus de force et de courage pour repartir avec enthousiasme sur le « champ de bataille », à l’assaut de sa propre existence.

La prise de conscience est douloureuse lorsque la vie les oblige parfois cruellement à redescendre du piédestal sur lequel ils se croyaient durablement installés.

J’ai beaucoup appris de mes échecs, d’une inévitable naïveté, d’une méconnaissance d’un milieu qui m’était au départ totalement étranger et d’une perpétuelle réflexion sur le « pourquoi » des mécanismes de la nature humaine.

Etre un artiste ou un « combattant de l’existence » en général, demande ce que l’on appelle aujourd’hui de la Résilience, c'est-à-dire une capacité à supporter et endurer les épreuves, à les accepter, les « faire siennes », les « digérer », à puiser et entretenir au fond de soi la volonté de tenir, coûte que coûte, puis enfin à rebondir, à reprendre foi et espoir et repartir de l’avant en étant devenu plus fort pour affronter la prochaine épreuve comme si à chaque fois c’était la première.

Hélas, l'éducation des enfants étant aujourd'hui sur-protectrice et toujours prête à satisfaire leurs désirs insatiables, les parents ne se rendent pas compte qu'en croyant les protéger du monde sans leur apprendre une nécessaire endurance et frustration, ils les condamnent au contraire à une fragilité redoutable.

Je pense que les épreuves sont la meilleure chose qui puisse arriver à des apprentis artistes - ou dans n’importe quel autre domaine – pour apprendre « à faire face » et acquérir cette force nécessaire à la poursuite de sa voie. Une réussite plus tardive étant en général - garante d’un minimum de lucidité et de clairvoyance.





Il était donc logique que pour moi l’écriture devienne un refuge de l’âme pour tenter de comprendre l’inexplicable, exorciser mes hantises, survivre à la part obscure et irrationnelle de l’existence ; l’un des seuls moyens d’expression ou l’aboutissement de l’œuvre en tant que telle ne dépend pas de toute une infrastructure industrielle, logistique, humaine et financière, comme un film par exemple. Même si le livre n’est pas publié, au moins l’œuvre existe, entière et définitive.
Pour certains, le besoin d’écrire est un cri, une manière de se rebeller contre l’inéluctable en entretenant ses forces et sa foi à travers sa créativité. C’est aussi un moyen d’aider ceux qui cherchent à s’accomplir en devenant un modèle combatif à travers lequel on peut transmettre du courage, des certitudes et de l’espoir.

La lucidité, la clairvoyance, le temps qui passe et la fatigue des épreuves peuvent devenir insidieusement les pires ennemis de la création, de la combativité et de l’enthousiasme des commencements. Il faut s'accrocher et, hélas, au-delà des beaux discours et des belles envolées lyriques, seuls les plus endurants et les plus forts pourront tenir la distance, parce que la vie est ainsi faite et qu’il faut s’y battre avec rage pour parvenir à y faire sa place.
Mais là n’est-il pas aussi toute la beauté de l’entreprise ?
Quelle fierté, qu’elle joie que d’arriver à quelque chose lorsque l’on a tenu envers et contre tout et tous ! C’est une vraie guerre quotidienne dans laquelle on peut être heureux d’avoir remporté de petites et de grandes victoires, d’être un survivant, d’en être sorti vivant, tellement plus vivant…






La « réussite » et « l’échec » sont des concepts très relatifs – par rapport à qui ? à quoi ? – et une juste mesure entre la modestie et la valorisation de son ego est un équilibre difficile à trouver. Essayer de rester soi-même, relativisé le besoin « mimétique » de réussite et continuer le chemin de sa création malgré les déboires est en soi la plus grande des victoires.

Mais encore une fois, pour comprendre cela, peut-être faut-il un peu d’expérience et d’humilité. Celles-ci s’acquièrent dans l’Epreuve, toujours et dans sa capacité à la surmonter, à gérer l’Echec et à rebondir « malgré l’échec ».

Il n’y a que l’adversité qui nous révèle les fondements de notre nature en espérant ne pas trop se trahir, ne pas décevoir ceux qui nous aiment et ne pas se mystifier soi-même…

A travers le personnage d’Antonio, scénariste solitaire aux prises avec les fonctionnements d’un milieu artistique quasi-féodal aux antipodes de sa personnalité, Décomposition relate certains aspects de mon expérience dans le spectacle et aborde des questions, des contradictions et des paradoxes souvent inextricables où planent les ombres du Désert des Tartares et de Martin Eden, celles du soldat et de l’artiste.




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Antonio, ou les incessants questionnements de l’Existence






Malheureux sont Ceux qui connaissent la Fortune que leur apportent la Naissance ou la Providence et qui, aveugles, croient être légitimement « élus » et « bénis » des Dieux pour les qualités qu’ils sont si sûrs de posséder.
Heureux sont Ceux qui connaissent l’Infortune et la Malchance leur ouvrant les yeux sur la Vérité du Monde, car…

«…dès que nous naissons, nous pleurons d’être venus sur ce grand théâtre de fous » (Shakespeare, Le Roi Lear)






Ces quelques mots sont en exergue du livre. Vous reconnaitrez la seconde partie de la citation figurant en haut de ce blog : « Long et difficile est le chemin…. »

Il y a en effet des correspondances entre Décomposition et Ménestrel et Gladiateur ; ce que je fais appartient à un ensemble, une unité qui m’est propre et particulière, aux facettes multiples et interdépendantes : il y a toujours une partie du Ménestrel ou du Gladiateur quelque part, en moi ou dans mon travail. Même ma vie privée n’échappe pas vraiment à cette règle.

Car l’Esprit du Soldat n’est-il pas partout omniprésent ? Tout n’est-il pas quelque part stratégie, tactique et adversité ? La « métaphore militaire » se retrouve à tous les stades de notre existence, dans chaque chose que l’on fait, que l’on vit.
Même s’il est mal vu de le dire, la réalité n’en demeure pas moins ce qu’elle est.

En son temps, Choderlos de Laclos, écrivain et d’ailleurs officier militaire, l’a prouvé à travers la séduction et la conquête d’une femme dans Les liaisons dangereuses.
L’existence est combat permanent, que ce soit professionnellement, artistiquement, affectivement ou amoureusement et chaque jour est une arène ou l’on se doit d’être un bon Gladiateur pour survivre…. Dans le meilleur des cas nous pouvons être un Spartiate ou un Samouraï, une différence notoire et subtile, ainsi que je l’explique dans la Présentation de Ménestrel et Gladiateur.

Antonio Vladi fait partie de ces « soldats de fortune », courageux et intrépides, valeureux et volontaires, mais à qui le destin n’offre rien sur un plateau.
Antonio est un Gladiateur solitaire, un soldat de la vie, un artiste et un citoyen. Oui, il me ressemble par bien des côtés. On dit que les écrivains ne font jamais que se raconter eux-mêmes à travers leur création, fût-elle totalement transcendée dans la fiction ; c’est vrai.

Je suis Antonio, Antonio est une partie de moi, mais je ne suis pas non plus totalement Antonio. Il est la projection de certaines de mes peurs, de mes angoisses, de mes craintes poussées, exprimées jusqu’à leur point ultime.

Donc un artiste est fatalement aussi un Gladiateur et un Soldat…







Décomposition fut écrit il y a dix ans dans sa première version. A l’époque je travaillais avec un de mes amis réalisateur, Lorenzo, sur un projet de film pour un « petit producteur » sans envergure qui doutait de lui, ne savait pas ce qu’il voulait et changeait de point de vue au rythme des retours de lectures qu’il sollicitait. Et comme à chaque fois un lecteur donne un avis contraire au précédent en vertu de ce qu’il comprend ou non à travers le miroir tordu de sa propre psychologie et perception tronquée du monde, vous imaginer ce que ça donne quand le producteur a une personnalité influençable !

Il y eut pour ce scénario au moins huit versions différentes – sans compter les réécritures à l’intérieur de chacune -- de l’histoire de base, si différentes qu’elles en devinrent d’autres films à part entière.

Mon ami Lorenzo subissait de telles pressions, de telles humiliations – insidieuses ou plus conséquentes – que j’en étais malade. C’est aussi une forme de harcèlement moral que la toute puissance du producteur, surtout lorsqu’il est incohérent et frustré. Evidemment tout ceci pour pas un rond selon la formule qui dit : « …il y en a 500 derrière la porte, alors si ce n’est pas toi ça en sera un autre ! ».

Bref, j’entrerai dans les détails un autre jour, car Décomposition est bourré d’exemples d’humiliations de langage ou de comportements qui ne sont hélas en rien, elles, une fiction.

A l’époque, j’écrivis donc Décomposition comme un cri, pour purger, transcender, exorciser ce travail aliénant qui m’atteignait dans mon moral et dans ma chair et plus encore à cause de ce que subissait mon ami Lorenzo.

Décomposition fut donc aussi une « vengeance intellectuelle » délectable.





Il y a deux ans, j’ai décidé de reprendre Décomposition. J’ai passé un an et demi environ 6 heures pas jour à le corriger, l’améliorer et l’enrichir sans pour autant changer le récit de base qui était parfaitement viable.

Hormis l’histoire proprement dite d’Antonio, le livre expose de nombreuses références militaires et historiques ; Camerone, Trafalgar, Waterloo, Austerlitz ou la Bérézina à travers l’Expiation de Victor Hugo, les batailles de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale, la Révolution française, Napoléon et les Maréchaux de l’Empire ; des héros tels Alan Seeger, le poète de Rendez-vous avec la mort, Dimitri Amilakvari ou André Zirnheld… mais aussi Giordano Bruno ou les 300 Spartiates du Roi Léonidas…

Il y a aussi beaucoup d’allusions littéraires, théâtrales et philosophiques ; à Stephan Zweig, Shakespeare (Hamlet), Bossuet (Le Sermon sur la Mort), Pascal, H.G. Wells, Corneille, De Gaulle ou Churchill, Huxley, Aragon, Cendrars, Javier Cercas ; à certains passages bibliques… encore d’autres et bien sûr à Dino Buzzati puisque Décomposition est une « sorte de Désert des Tartares » qui lui rend hommage et à Jack London, puisque Martin Eden est un des personnages central du roman…

Car si Antonio est un artiste aimant la beauté de l’Art et la culture, c’est aussi un homme passionné d’histoire, concerné par l’avenir de son pays et de l’Humanité.






Nombreux sont ici les lecteurs fidèles qui ont maintenant bien compris l’ambivalence et la complémentarité de ma démarche : être un artiste n’empêche pas d’être un citoyen engagé qui défend des valeurs, qui honore son pays et ses appartenances, un « soldat » qui fait partie de la « Cité », l’enrichie de ses compétences, du « modèle » qu’il incarne et qui défend « cette Cité », au sens Grec du terme.






Dans la présentation de Décomposition, j’ai fais un résumé du livre qui est aussi celui présenté aux éditeurs :


« Antonio, jeune homme solitaire et décalé, coupé d’une famille hostile à sa vocation, est un scénariste talentueux et acharné ne vivant que pour une reconnaissance qui lui résiste depuis des années. Tourmenté par l’avenir des hommes, la complexité et les paradoxes de la nature humaine, Antonio se vit comme un soldat héroïque, le Spartiate d’un autre temps épris d’idéal et de sens, défendant des valeurs oubliées sur les remparts d’une forteresse en ruine.

Un jour, suite à l’envoi d’un de ses scénarios à la plus illustre des maisons de production, il est convié à un rendez-vous avec le grand patron en personne qui règne en démiurge sur le Septième Art.

Croyant miraculeusement la réussite à portée de main, il s’aperçoit qu’il est victime d’un cruel et pathétique coup du sort. Décidé à exploité malgré tout cette incroyable rencontre, abdiquant tout orgueil, il obtient de travailler sur un projet de film relatant les premières amours du producteur avec une jeune fille qui semble le hanter.

L’antre de tous les rêves va bientôt se transformer en celui de tous les cauchemars. Antonio découvre que la réalité n’est qu’un décor de théâtre et que la pièce qui se joue en coulisse n’est pas celle que l’on voit sur la scène : l’humanité, le talent et le mérite sont reléguées au fond des oubliettes d’un royaume de médiocrité dirigé par des pantins sans âmes, vaniteux et cupides.

C’est une Féodalité moderne, avec la toute puissance du monarque et de ses princes, la servilité de courtisans arrivistes et sans scrupules, où jeux de pouvoir sadiques, mensonges et servitude, sont le lot de tous les « serfs » ne faisant pas partie de cette « Cour » où les seuls critères de hiérarchie et d’appartenance sont l’indice de célébrité, la naissance et les relations.

Julietta sera-t-elle la muse qui le sauvera de cette descente aux enfers, de cette quête mystique le conduisant vers une destinée infernale ?

Cette « décomposition », il l’incarne physiquement et moralement, de manière onirique, mais c’est aussi, à travers son douloureux destin, celle de la société qui l’entoure et de l’humanité emportée dans une course effrénée vers l’Abîme où le Salut semble n’appartenir qu’à l’Au-delà. »






Vous voyez, nous sommes encore et toujours dans l’Arène des Gladiateurs et sur la scène du Théâtre, dans les affres de notre solitude et de la violence du monde, en quête d’hypothétiques espérances nous aidant à vivre ou à survivre, d’un peu de lumière sur cette humanité obscure en perdition…






Au-delà de l’histoire personnelle d’Antonio, quels sont les thèmes de Décomposition ?


D’abord, il faut savoir que si tous les personnages du roman portent des noms italiens, c’est uniquement en hommage à Dino Buzzati qui fut une des révélations majeures de mon existence et que je dois à l’un de mes enseignants : Jacques Burel, professeur de dessin et peintre, aujourd’hui décédé. Le roman est donc censé se passer en Italie, mais aucune ville particulière n’y ait mentionnée car ça n’a pas d’importance pour l’histoire qui est en quelque sorte intemporelle et pourrait se dérouler n’importe où ailleurs et probablement à n’importe quel moment du 20ème siècle ou du début du 21ème.

En partant de la vie et des épreuves quotidiennes d’un scénariste solitaire et marginal vivant dans une mansarde à l’écart de tout, le roman va petit à petit évoluer vers une fresque à l’échelle du monde à travers les réflexions existentielles d’Antonio, stimulées par son isolement et le spectre permanent de ses échecs.

Car le Destin d’Antonio est une métaphore de celui de l’Humanité.

C’est un livre sur toutes les solitudes : la solitude d’une quête artistique quasi-mythologique, du manque cruel de l’amitié, de l’amour d’une femme, de la reconnaissance artistique et sociale, la solitude face au temps qui passe, à la maladie, à la mort, à l’échec, aux rapports de forces, aux humiliations, à la méchanceté et à l’ingratitude, à la manipulation et au mensonge.
La solitude face à toutes les violences, les petites et les grandes, la solitude face à la désespérance d’un monde qui malgré son génie semble être incapable de changer et vouloir s’abandonner à un véritable tourbillon apocalyptique.
Antonio ne cesse de regarder et questionner l’existence, de se questionner lui-même à travers les « pourquoi » sans réponses de l’insignifiante Condition humaine, cherchant dans le rêve, dans sa création et dans un hypothétique Au-delà le seul salut à portée de sa main.





Ainsi, Martin Eden, l’écrivain solitaire du roman de Jack London devient son meilleur ami, son meilleur soutien. En relisant régulièrement le livre, il puise dans les épreuves de cet alter ego, étrangement similaires aux siennes un siècle plus tôt (voir l'extrait), le courage d’affronter son quotidien difficile et il s’imagine retrouver le jeune marin apprenti écrivain dans le San Francisco et l’Oakland de la fin du 19ème siècle ; là ils se lisent leurs œuvres en haut du Mont Tamalpais « pour conjurer le silence », ou se remontent le moral dans les tavernes du port.

Ses autres soutiens, il les puise dans l’Art, dans la littérature et la musique, dans l’Histoire militaire, dans les batailles d’un autre âge, dans un héroïsme qui n’existe plus et dont personne ne veut plus, dans la célébration du passé héroïque d’une civilisation qui a décidé de se renier, d’abandonner ses plus nobles conquêtes et ses valeurs au nom d’une repentance suicidaire, qui salit la mémoire des héros qui sont mort pour apporter la liberté à des enfants gâtés ingrats, égoïstes, lâches et cupides qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont en train de pavé leur Enfer et celui de leurs enfants.

Et perché sur le « monticule de la désespérance » Antonio observe cette faillite culturelle, intellectuelle et humaine « en redoutant la fin du monde » et de la civilisation.

Antonio est un patriote, il aime son pays, son drapeau, mais il aime aussi la France et son histoire glorieuse, et en un autre temps, il aurait rêvé de devenir Légionnaire, pour appartenir à la grande famille des soldats étrangers ayant défendu la Patrie de la Liberté.

« Dans cette quête artistique qui dépassait les frontières, Antonio se sentait pareil à ces soldats venus de « partout et nulle part », engagés volontaire dans cette Légion Etrangère, cette famille bien particulière, afin de se battre sous le même drapeau, au nom de la même cause et du même idéal commun. En ce sens, il s’identifiait à ces « légionnaires », bâtisseurs et aventuriers, guerriers anonymes devenus citoyens de la République de France comme il était devenu citoyen de la République des Poètes « …non par le sang reçu, mais par le sang versé ».

Antonio est profondément républicain et c’est une sorte de « patriote universel » défendant les valeurs qui font grandir l’Humanité.





Mais le quotidien d’Antonio, c’est la Carabini Production, l’énorme maison de production, l’omnipotente machine à fabriquer du rêve dans un milieu du cinéma d’une médiocrité sans nom.

C’est Sergio Carabini, le Maître des lieux aussi rustre que vulgaire, parfois pathétique et attendrissant, toujours imprévisible dans ses humeurs, avec une légèreté dont on ne sait jamais si elle est pure inconscience ou machiavélique manipulation.

C’est aussi Giovanni Ferruzio, le réalisateur à la mode, une caricature de « politiquement correct », de petit bourgeois parvenu pseudo révolutionnaire, en fait capitaliste invétéré dans l’âme, un « artiste » sans consistance ne sachant que parler de lui-même, donneur de leçon et tyran redoutable faisant alterner humiliations et fourberies.

C’est Gina Vanina, la belle secrétaire, l’intermédiaire incontournable, froide comme la banquise, aussi soumise à son patron qu’elle est impitoyable avec ceux qui sont en bas de l’échelle de ce merveilleux « meilleur des mondes cinématographique » qui attise toutes les envies et les fantasmes.

Mais heureusement, il y a Tibério, le jeune officier de Marine à l’antipode du monde superficiel et désespérant de la Carabini Production, ce brillant marin promu à un bel avenir, le digne héritier des héros de l’Histoire, le « dernier rempart de l’inconséquence » qui défend encore les valeurs de la République.

Et puis, il y Julietta, la muse, la fée apparue par miracle, encore naïve et pure dont Antonio tombe follement amoureux ; il essaiera de l’aider à réaliser ses rêves de jeune comédienne, à défaut de pouvoir réaliser les siens… mais pourra-t-elle rester cette créature virginale dans un monde peuplé de vautours sans scrupules ?

Mais bientôt, surgit cette « étrange maladie » qui prend possession du corps d’Antonio… une maladie que personne ne comprend, pas même le professeur Bonno, ce grand médecin cultivé et humaniste qui va tenter de découvrir l’origine de ce mal inconnu semblant venir de nulle part…





Décomposition aborde donc, à travers les réflexions constantes du personnage sur la vie en générale et la sienne en particulier, nombre de thèmes abordés qui recoupent ceux dont nous discutons régulièrement, sur la société, la guerre, la civilisation, le passé ou l’avenir du monde.
Alors de temps en temps, je mettrais les extraits qui correspondront aux sujets exposés.

Antonio réfléchissant constamment sur la violence du monde et les rivalités humaines dont il a une cruelle expérience, il n’est donc pas étonnant que dans le livre on retrouve la Théorie girardienne exposée dans l’esprit du roman.

Puisque vous la connaissez maintenant, il est naturel que pour le premier extrait du livre, je vous la livre en premier sous la forme dans laquelle elle est exposée dans Décomposition.

















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