12/03/2009

René Girard Résumé et Premières Questions et Réflexions

Les Coulisses de l’Arène
et du Théâtre







A travers le long résumé de la Théorie girardienne qu’apprenons-nous en substance ?

Pour évoluer de l’animal à l’homme, en passant par tous les stades du pré-humain, il a fallu que la nature nous donne quelque chose de plus qu’aux autres animaux : une « capacité mimétique » (capacité à imiter) non limitée par la nature pour pouvoir accéder à un « apprentissage constant », donc à l’évolution de l’Humanité.
Cette qualité s’est probablement développée sur des millions d’années à travers différentes « espèces » et « sous-espèces » avec plus ou moins de réussite suivant les cas et le potentiel des « individus » en présence. Il s’est certainement opéré comme d’habitude une « sélection darwinienne » qui a éliminé les moins « doués » ou les « moins aptes » à s’en servir. On ne peut pas connaître les détails qui se perdent dans la Nuit des temps sans avoir laissé de traces.






Il a fallu aussi le « bon animal » de base avec les « bonnes caractéristiques physiques ». La forme humanoïde étant la meilleure : être capable de se redresser, marcher sur ses pieds et surtout se servir de ses mains pour fabriquer des outils et pouvoir « travailler », « modifier » son environnement, agir sur lui. On imagine en effet mal le faire avec des sabots… (mais peut-être aurait-on pu avoir quatre jambes, ou quatre bras et vingt doigts, des différences notoires, mais non éliminatoires en vertu de la possibilité de changer l’environnement)

Est-ce le pur fruit du hasard, du climat, de la géographie qui nous a fait nous relever ? Sinon serions-nous restés à l’état animal ? Nous serions-nous spécialisés sans possibilité d’évolution ? Aurait-on disparu parce que trop fragiles ? Le fait est que la spécialité de l’homme est de ne pas en avoir, ce qui le rend au départ vulnérable, mais lui permet de devenir adaptable à toutes les situations en développant son cerveau et son intelligence, d’abord de façon pratique, tout simplement aiguillé par la survie quotidienne.

Il y eut donc un excellent candidat à un moment donné et l’impénétrable intelligence de la Nature s’est mise à l’œuvre.
A travers cette Capacité mimétique, l'homme étant un Etre de désir, il va imiter ses semblables entrant en compétitions avec ses congénères : Son Désir va imiter le Désir des autres pour obtenir les objets que les autres possèdent et accéder à ce qu'ils sont sans jamais arriver à satisfaire ses frustrations qui immédiatement s'orienteront vers un autre désir.




Première question :


Cette Capacité mimétique a-t-elle permis le développement conjoint du « Désir » ? Ou est-ce au contraire une plus forte Capacité au Désir qui a permis plus de « mimétisme ». Ces deux qualités sont-elles indissociables depuis le départ ? Complémentaires l’une de l’autre comme deux « jumeaux » nés au même moment ?

Le fait est que l’imitation et le désir vont de pair puisque le mimétisme permet au Désir « d’imiter le désir » de l’autre. Mais il faut logiquement que le Désir existe afin qu’il puisse imiter.





Donc, sautons les millénaires et arrivons à l’Homo-sapiens, à la version la plus aboutie qui deviendra « l’Homme moderne », mais restons à l’époque préhistorique et archaïque.

Cet « homme moderne » se constitue en groupes, en tribus en fonction d’un « instinct grégaire », un instinct qui, probablement comme chez la plupart des animaux, le pousse à se rassembler en meute pour survivre au sein d’une nature épouvantablement violente, hostile ; les hommes ne font que « subir » sans comprendre ce qui les entoure. Ils constatent seulement et s’adaptent avec l’expérience.

Il est logique de penser qu’il existe une part totalement instinctive et prédéterminée, « génétique », « acquise », pour satisfaire, chez nous comme chez tous les animaux, les besoins primaires indispensables à la survie et qu’ensuite vient se greffer ou se rajouter, se développer « le plus » qui va faire la différence avec l’animal.





Mais voilà, maintenant que les « hommes » peuvent s’imiter les uns les autres en une compétition permanente leur permettant d’évoluer, de désirer les mêmes objets et entrer en « rivalité » à cause d’eux, ils imitent donc aussi leur violence et la violence, comme le reste, est inféodée au Mécanisme mimétique.

Les hommes ne sont plus uniquement soumis, à l’instar du genre animal, à des codes de dominations préétablis qui empêchent de passer au stade de la vengeance. (mais ils perpétuent tout de même ces codes de domination par la sélection des plus forts et des hiérarchies à l’intérieur du groupe pour des raisons de survie – et encore aujourd’hui de manière plus ou moins dégradée suivant les contextes).
Lorsque deux animaux se battent ensemble pour des femelles ou la domination du clan, même si l’un d’eux se fait tué par l’autre, aucun autre animal, fût-il son frère, ne va décider de le venger pour l’honneur ou autre chose et tous acceptent le nouveau chef comme quelque chose de normal.

Donc, si deux hommes se battent et que l’un tue l’autre, la vengeance va se déchaîner par l’intermédiaire des liens familiaux ou claniques : il y a fatalement un frère qui va vouloir venger son frère ou son ami, celui qui est proche, en tuant le meurtrier de celui-ci et donc encore un autre frère qui voudra venger cette deuxième personne assassinée et ainsi de suite. La violence se répand « mimétiquement » comme une trainée de poudre, une « maladie contagieuse » à travers toute la communauté et se transforme en violence de « Tous contre Tous » sans rien pour pouvoir l’arrêter.

Les « distances » entre les individus, produites par des règles en vigueur, donc les « différences » hiérarchiques et sociales qui distinguent chaque membre et lui accordent une place bien définie sont « dynamitées », si l’on peut dire, pour employer un anachronisme. Les individus « se rapprochent » et lorsqu’il n’y a plus cette barrière invisible et tacite de l’Ordre social, les rivalités contenues par cet Ordre s’exaspèrent et se transforment en violence pure.




La Nature étant « intelligente », elle fait bien les choses : elle donne à l’homme un formidable moyen de se développer : le Mécanisme mimétique couplé au Désir ; mais ce mécanisme devenant par son extrême puissance et son efficacité une « maladie mortelle », elle trouve une parade, un remède qui va pouvoir conserver les capacités de ce Mécanisme mimétique nécessaire à l’évolution tout en permettant de le contrôler, au moins ponctuellement afin que la communauté ne s’extermine pas et puisse perdurer.
Ce moyen, c’est de pouvoir détourner cette violence de « Tous contre tous », la faire converger sur « autre chose », sur une « seule chose », sur un seul individu : apparaît alors un nouveau mécanisme, le Mécanisme de « Bouc émissaire ».
Ce mécanisme va pousser la communauté à désigner une victime qui va incarner à elle seule les raisons de la violence de cette société.




A un moment donné, sans qu’on sache pourquoi ni comment, de manière fortuite et totalement arbitraire, « quelqu’un », « plusieurs » vont désigner un coupable, en vertu d’une « broutille », d’une « différence » ridicule, d’une « particularité » quelconque que porte un de leur membre, et cette « accusation », elle-même encore une fois dépendante de ce « terrible mécanisme mimétique », va se répandre dans la communauté à une vitesse vertigineuse.
Résultat, en s’imitant encore une fois les uns les autres, tout le monde va instinctivement « tomber d’accord » pour dire que « c’est celui-ci qui est coupable de la violence déclenchée » et tous vont se précipiter sur lui et le sacrifier. Toute la violence communautaire va, à travers ce principe, pouvoir expurger la totalité de sa fureur sur cette victime en fait totalement innocente de ce qu’on lui reproche. Une sorte de « catharsis », d’expulsion sanglante.

La Violence de « Tous contre tous » se transforme alors en violence de « Tous contre Un ».

Le Mécanisme de Bouc émissaire est donc une tendance naturelle préprogrammée à désigner autrui comme responsable. Et c’est ça qui sauve la communauté de l’emballement meurtrier de la violence collective.




Il suffit d’écouter les enfants quand on les accuse de quelque chose ou qu’on leur demande qui à commencé, c’est toujours l’autre. Et pas seulement les enfants !

Une fois que la victime accusée de tous les maux est sacrifiée, elle va être déifiée et sacralisée (parce que maintenant elle représente la paix retrouvée) dans une sorte délire hallucinatoire, de transe collective, de défouloir totalement incontrôlable de tous les membres.
La victime crée du Sacré, une Transcendance extérieure qui va permettre de rétablir l’Ordre social, les différences, les hiérarchies, les règles qui redonnent une identité aux individus, donc ces « distances » dissoutes par la violence généralisée. Un Ordre qui semble à présent « venir d’en haut », d’une « puissance supérieure à l’homme », une puissance à laquelle tous acceptent de se plier parce qu’elle est terrifiante.

Ce « divin » est purement humain. Ce n’est que la perception affolée des hommes au moment du Sacrifice qui lui accorde ce caractère divin.

Et la paix retrouvée ne provient que d’un pic de « violence orientée » qui permet de mettre un terme à la « violence désorientée ». C’est toujours la violence qui contre la violence et ramène une paix momentanée.




Malheureusement, le Mécanisme mimétique possède une telle puissance, que le Sacrifice en lui-même est trop ponctuel pour conserver la paix, il ne suffit pas.

On va à présent établir des Rites sacrificiels qui vont reproduire ce premier Sacrifice qui à permis à la société de survivre. Car fatalement au départ, c’est arrivé une Première fois et c’est comme ça que les hommes ont su que ça fonctionnait.
Donc ils vont « imiter » ce premier meurtre collectif et le refaire périodiquement à l’identique.
On peut imaginer qui si cette Première fois du Sacrifice était spontanée, les fois suivantes, celui-ci va être mis en scène de manière parfois subtile et différemment suivant les communautés. On va choisir des victimes à tuer en fonctions de règles bien précises et organiser toute une « mise en scène théâtrale » de l’exécution.

Toutes nos fêtes actuelles descendent donc des fêtes et repas sacrificiels qui précédaient le sacrifice des victimes « offertes aux Dieux », à la Première victime devenue un Dieu grâce à l’ambivalence, à la double fonction du Mécanisme de Bouc émissaire.




Deuxième question :


Avant cette première fois, ce premier dérèglement violent qui dissout les différences culturelles, quelles règles régissent la communauté puisqu’elles ne découlent pas encore du Sacrifice ?
Il faut probablement imaginer, comme on l’évoquait plus haut, que les premiers groupes de pré-humains sont toujours régis par des codes de dominations proches de ceux des animaux qui assurent donc cette « distance ». Ce n’est sûrement que lorsqu’on passe à un « stade d’évolution mimétique suffisamment conséquent » que le problème se pose. Quand ? Comment ? Impossible à dire.
Il faut sûrement supposer un premier ordre social basique et animal « acquis » assurant la cohérence et la survie du groupe.




Grâce aux mises en scène sacrificielles, il n’est donc pas étonnant que le « Théâtre » apparaisse un jour sous la forme de la « Tragédie », tragos voulant dire « Bouc ». Pourquoi en Grèce ? En quoi cette société fut-elle plus douée que les autres pour faire surgir le théâtre à la place des rites ? (bien que certains soient également conservés et que l'on procède encore longtemps à des Sacrifices -- on ne peut empêcher les rites même dégradés et aujourd'hui encore notre vie est faite de rites sans qu'on s'en aperçoive). Girard a peut-être donné la réponse quelque part mais personnellement je ne la connais pas. En tout cas, il y a forcément une raison.

Cette histoire du coupable va être transmise de génération en génération à travers les Mythes, « mytho » étant le mensonge, car le Mythe devient bien un mensonge : il raconte l’histoire du sacrifice du point de vue des persécuteurs qui le rapportent de « manière fantastique » à cause de leur formidable transe au moment des faits, un délire qui par définition leur à fait perdre toute « raison », si l’on peut dire avant la lettre, toute perception objective de la Réalité, si tant est également que l’on puisse parler « d’objectivité » en ces temps ou rien n’est accessible à l’entendement humain ou pré-humain.
Ces moments hallucinatoires produisent donc dès le départ des histoires irréelles ce qui expliquent que les Dieux antiques soient à moitié humain et monstrueux, corps d’homme et têtes d’oiseaux, de serpents, de crocodiles etc…
Car il faut bien se représenter un monde archaïque terrifiant ou tout n’est que terreur quotidienne et où les hommes « ne savent ni ne comprennent ce qu’ils font », entièrement dominés par la nature et des mécanismes qui leur échappent.

Et c’est parce que les hommes « ne savent pas ce qu’ils font » et qu’ils « sont persuadés » de la culpabilité de la victime sacrifiée puis déifiée que le Mécanisme marche à fond et qu’il permet de rétablir la paix dans la communauté.
Les hommes ne se voient donc jamais comme des bourreaux.




Troisième question :


La Peur est-elle aussi un paramètre fondamental pour créer du Sacré ? Est-le besoin de se rassurer de la terreur quotidienne de la nature (en plus de celle de la violence humaine), de leur peur existentielle, qui pousse les hommes à avoir besoin de Dieux qui les protègent et à qui il va falloir faire des sacrifices pour les apaiser ? Ce n’est pas pour rien que Dieu est appelé « Père » dans le christianisme. Les hommes ont-ils toujours besoin d’un Père protecteur ou vengeur ? En tout cas d’une entité capable de les obliger à maîtriser les dérives de leurs comportements ? Dérives elles-mêmes toujours produites par le Mécanisme mimétique?
La science n'ayant rien changé à cela, bien au contraire : plus il apprend et plus l'horizon de l'Univers est effrayant et de moins en moins simplifiable. La solitude de l'homme d'autant plus grande.

Bien sûr, sans le Mécanisme de Bouc émissaire la peur ne sert à rien et bien des groupes de pré-humains ont dû avoir pareillement peur sans être capable de faire fonctionner un Mécanisme de Bouc émissaire ; et si chez eux le mimétisme s’était développé suffisamment, sans Boucs émissaires ils se sont donc éliminés.


Cela amène logiquement une Quatrième question :

Le Mimétisme a-t-il pu se développer dans certaines communautés préhistoriques sans développer conjointement sont remède, le Mécanisme de Bouc émissaire ? Ou en ne le développant pas suffisamment afin qu’il soit efficace.
On peut encore aller plus loin : des sociétés ont-elles pu développer le Mécanisme mimétique et celui de Bouc émissaire sans être capables de développer ensuite des rites ? Mais si l’on produit du Sacrifice, donc du Sacré, ne produit-on pas automatiquement des rites ne serait-ce que par la simple réplication du Sacrifice ?

Il existe apparemment des Sociétés qui ont sacrifié de manières quasi hystériques, en masse, sans pour autant obtenir les effets escomptés. Donc qui auraient eu une sorte de faiblesse dans l’efficacité du rituel.
Cela ferait penser que l’on peut posséder une partie du processus sans pour autant posséder l’autre ou les autres de manière probante.
Là aussi comme ailleurs, certaines sociétés pour des raisons insondables ont dû posséder à un moment ou un autre « plus de talent que d’autres » dans certains domaines et à propos de certaines étapes.

…Et une Cinquième question :

En quoi tous les stades de l’évolution humaine et la disparition de certaines espèces, Homo erectus, Neandertal… pourrait être liés au manque ou à la faiblesse d’un des maillons de cette chaîne ?




Donc, dans ces époques reculées, les hommes sont totalement inconscients de ce qu’ils font et sont manipulés par le Mécanisme mimétique à tous les stades de leurs comportements.
Et on ne leur jettera pas la pierre puisqu’il a fallu attendre René Girard pour le mettre parfaitement en lumière, 2000 ans après la Révélation évangélique qui est pourtant la « Révélation des mécanismes de persécution » !

Tout fonctionne de manière inconsciente dès le départ et c’est assez logique puisque la faculté de réfléchir et de développer une forme de « Raison » ne pouvait exister avant que les paramètres nécessaires à son existence ne sortent petit à petit des Ténèbres de la Préhistoire et de l’animalité.




Maintenant que l’homme a trouvé la parade à sa violence, il va pouvoir la stabiliser en recourant au Sacrifice et ainsi développer un « Etat de culture ». Ce qui fait dire à René Girard que l’Origine de toute culture dépend du Mécanisme de Bouc émissaire et est une conséquence direct du Sacrifice, puisque sinon les communautés soumises au Mécanisme mimétique se seraient exterminées dès le départ. Ce qui est donc peut-être arrivé à certaines.

Donc tout ce que nous sommes aujourd’hui de plus noble et de plus grandiose, la science, l’art, la philosophie, l’humanisme etc… prend directement sa source dans un « Bain de sang » sans lequel rien ne pourrait exister !

Dans une société occidentale aujourd’hui si sensible à la violence, c’est tout de même un paradoxe d’une incroyable ironie !

Cette sensibilité explique peut-être en partie, inconsciemment, ce dénie perpétuel de la réalité violente des mécanismes du monde et pourquoi René Girard est si insupportable à certains puisqu’il leur remet devant les yeux en pleine figure « l’horrible miroir » dans lequel certains n’ont absolument pas envie de se voir afin de continuer à « regarder le monde tel qu’ils voudraient qu’il soit et non tel qu’il est », donc à préserver un Rêve plus facile à vivre en mettant un Masque dessus.
Un masque également fruit d’une trop grande Peur existentielle, conséquence d’une Connaissance toujours plus lucide et importante de l’Homme sur lui-même, comme je disais plus haut ?

Ce qui ressemble à un rejet de la Révélation de la Vérité sur la Violence et le Religieux …cachée depuis la fondation du monde.
Le « révisionnisme politiquement correct de l’histoire » allié à la « repentance » dans la perspective de réhabiliter les peuples dominés et exterminés par l’Occident, en minimisant leur violence ou en les montrant sous un jour idyllique, revient aussi à « refuser de voir » les origines sanglantes du monde et par effet pervers à faire idéologiquement cause commune avec certains bourreaux d’aujourd’hui, à les excuser au nom des « bons sentiments », à comprendre leur violence à eux en vertu de ce « refus de la violence » et d'un passé colonisateur dont il faut absolument se punir. Sans même s'apercevoir que les Autres n'attendent que cela pour devenir les colonisateurs qu'ils n'ont pas été ou le redevenir, simplement en vertu des rapports de forces, des rivalités mimétiques dont nous ne faisons que parler....
Une autre forme du « pacifisme » et de la "Bonne conscience" conduisant au contraire de ce qu’ils prétendent faire….
Si on dénonce la persécution, on le fait pour tout le monde ou on ne le fait pour personne... sinon on donne des verges pour se faire battre car les autres n'avoueront jamais leur propre violence puisque ça leur sert politiquement et psychologiquement. Un débat on ne peut plus actuel...

En ce qui concerne l'inconscience des mécanismes que nous exposons ici, nous réfléchirons bientôt sur ce que j’appelle la Théorie des masques, ces masques que l’homme s’évertue de soulever pour comprendre l’univers et son existence, mais dont il a peut-être aussi besoin pour sa propre survie, pour continuer à vivre sans regarder l'horreur paralysante en face. Notamment pour se cacher perpétuellement à lui-même ses mécanismes de persécution et l’horreur insupportable de cette violence qu’il faut absolument s’empresser d’oublier
Encore un Mécanisme « ambivalent ».
On se rappellera dans mon premier post sur Apocalypse Now les derniers mots du Colonel Kurtz au fond de sa jungle : "Horror, Horror". Ne supportant plus l'Horreur de la violence regardée dans les yeux, elle avait fini par le rendre fou et il l'avait reproduite de manière archaïque, retournant encore une fois paradoxalement aux origines sanglantes d'où il voulait s'échapper !



Donc la Capacité mimétique se développe et la Nature trouve le Mécanisme de Bouc émissaire pour éviter la destruction des communautés et permettre leur survie.
Mais il ne garantit pas de pouvoir passer à un Etat de culture qui aille au-delà d’une forme « culturelle primitive » se bornant à établir des règles simples de vie et d’Ordre social.
Durant des millénaires des sociétés ne sont pas sorties de ce schéma alors que l’Occident était déjà industrialisé.

D’autres, on réussit à construire des Civilisations impressionnantes, particulièrement fécondes et développées à une époque ou à une autre.
En plus d’une question de talent propre à chaque communauté il faut probablement y voir des conditions particulières où la chance et le hasard géographique tiennent une place importante, sinon primordiale.

La Théorie de Jared Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés, est à cet égard extrêmement intéressante.




Il constate que certaines communautés (d'abord dans le Croissant fertile) ont par exemple eu la chance de côtoyer des animaux domesticables qui vont pouvoir les aider à développer l’agriculture car elles ont aussi sous la main des graines comme le blé ou l’orge dont on va pouvoir engranger la production, ce qui permet de libérer une grande part de la communauté pour d’autres activités que celles de la survie quotidienne.
Ailleurs, comme à Bornéo, les indigènes n’avaient ni de tel animaux ni de telles céréales et la nourriture végétale dont ils disposaient ne pouvait se conserver ; leurs journées n’étaient consacrée qu’à la quête de nourriture, ce qui évidemment empêche de pouvoir développer d’autres tâches pouvant permettre de construire une société plus avancée.

Si on combine la Théorie de René Girard et celle de Jared Diamond, on obtient un résultat extrêmement complémentaire sur l’évolution de l’Humanité.

Mais jamais, aucune de ces civilisations, quelque soit leur avancement, n’ont pu accéder au stade que l’Occident à atteint du point de vue de la Pensée, de l’Art et de la Science. Toutes ont continué à pratiquer le Sacrifice même à un niveau de développement conséquent et à fabriquer des Dieux à profusion. Aucune n’a été capable de décrypter ses propres mécanismes de persécution.

Conséquament, en plus de tout les mécanismes additionnés que nous venons de voir, il en faut encore un autre, celui qui va libérer l’homme de ses archaïsmes et ce nouveau Mécanisme est celui de la Révélation judéo-chrétienne, de la Révélation des mécanismes de persécution jusque-là inconscients, Prise de conscience déterminante qui progressivement va donner les moyens à l’homme de réfléchir sur ses propres agissements, de se libérer de la Pensée magique et d’accéder à l’Esprit scientifique, ce que même la philosophie grecque n’a pas réussi à faire.

La Théorie de Diamond méconnait cet aspect de l’évolution humaine et, chez lui, l'accession à la Pensée scientifique se fait logiquement sans le passage obligé de la Révélation des fonctionnements archaïques de persécution et du recul de la Pensée magique.




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Nous continuerons bientôt, dans la série René Girard Questions et Réflexions avec un résumé de la Révélation évangélique et les questions phénoménales qu’elle soulève, du point de vue théologique, scientifique et rationnel.

S’il vous vient d’autres questions à l’esprit, ou si les spécialistes de Girard connaissent certaines réponses à mes questions, qu’ils n’hésitent pas à m’en faire part.

La prochaine fois je vous présenterai Décomposition.





A très vite mes nobles amis, le Ménestrel vous salue !

















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