21/06/2009

Décomposition – Extrait 4

Antonio ou le Soldat de la République




Antonio constatait depuis longtemps que la société se radicalisait. Elle était rongée par une haine de soi déclinée jusqu’à l’absurde ; elle s’effritait et se scindait lentement en une multitude de chapelles attendant la crise qui les jetterait les unes contre les autres, les submergerait dans le déchaînement des ressentiments, des rivalités et des bas instincts. Les institutions se délitaient ; l’autorité qui manquait en bas faisait aussi défaut en haut et la faiblesse des Etats laissait entrevoir bien des espoirs aux groupuscules agressifs dictant leur loi à la majorité. Combien de siècles et de guerres avait-il fallu pour l’unification des peuples ? Si peu suffisait et ils retourneraient à leur forme première : le tribalisme et le féodalisme. Réussirait-on à remonter de cette dégringolade sans en payer un prix exorbitant ?
Pourquoi n’avait-on plus le droit d’être un vrai républicain, d’aimer son pays, son drapeau, son histoire, sa culture et sa religion sans être traité de tous les noms, immédiatement suspecté de nationalisme, d’ethnocentrisme ou pire encore ? Critiquer à bon escient Ceux et Ce qui étaient « étranger à sa culture » relevait d’un « acte discriminatoire inacceptable ». Pourquoi ce qui demeurait admissible et souhaitable « chez les Autres » ne l’était-il plus pour soi ? Le relativisme culturel comme le relativisme moral incarnaient le nouveau Panthéon des « intellectuels éclairés ». Pour ne « complexer personne », là comme ailleurs, « Rien » ne valait mieux qu’« Autre chose » et Tout se diluait dans les méandres d’une indifférenciation et d’une confusion dangereuse qui mèneraient dans les profondeurs de l’abîme.

« Il est bon qu’une nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs. Mais sans oublier les raisons qu’elle peut avoir de s’estimer elle-même. Il est dangereux de lui demander de s’avouer seule coupable, et de la vouer à une pénitence perpétuelle. »(138)




La Civilisation entière acceptait son déclin avec une résignation pathétique. Comment après avoir éclairé les hommes tel un phare sur l’océan de leurs égarements, aspiré à de si grands idéaux et s’être portée si haut, souffrait-elle ainsi de se renier, de se dévaloriser, de s’auto flageller et de sombrer dans le défaitisme le plus suicidaire ? De l’orgueil d’une supériorité sans partage, elle sautait à une vanité qui la désignait « coupable de tout », s’obligeant à une « réparation » sans fin vis-à-vis des peuples et des cultures qui, hier inférieurs, lui étaient à présent infiniment supérieurs. La Simplification -- ennemie de la pensée et de la réalité objective -- décidait unilatéralement qui incarnait à présent les « bons » et les « méchants ».
C’est vrai qu’elle supportait mal le traumatisme de guerres épouvantables dont certaines horreurs n’avaient jamais été inventées par la Nature : les suppôts du Diable se nommaient Einsatzgruppen et les Camps de l’Enfer en ruines continuaient d’être hantés par les spectres éternellement meurtris, souillés et abandonnés des Sonderkommandos(139). Les forfaits jalonnaient le parcours de cette civilisation, mais un crime aussi odieux et unique, fût-il le plus terrible, devait-il masquer ceux des autres, passés, présents …et à venir ? La seule leçon à retenir de l’Histoire c’était effectivement qu’on en retenait aucune(140). Les fanatiques tenaient assurément leurs « promesses » dès qu’ils en possédaient les moyens. Les poltrons inconscients s’agenouillaient jadis devant le Diable en négociant « la paix dans le déshonneur » et obtenaient fatalement « la Guerre et le Déshonneur »(141), se préparant à collaborer avec leurs ennemis. Mais les visionnaires, les « Cassandre »(142) et les guetteurs expérimentés de la nature humaine personnifiaient invariablement des empêcheurs de s’aveugler en rond.




N’avait-on plus le droit de se défendre ? L’héroïsme représentait un tabou absolu mais chacun cherchait à le retrouver à travers celui des faux héros de l’Histoire, des films et des séries télévisées, des jeux de rôles ou des jeux vidéos.
Les anti-militaristes crédules déclamaient à qui voulait l’entendre que l’armée ne servait plus à rien : elle formait des égorgeurs et mourir au nom de son pays ou d’autre chose était dépassé. A force de conditionnements aveugles, d’idéalisme béat, de rejets émotionnels des réalités et des rivalités fondamentales, les « belles âmes » d’un pacifisme protecteur et généreux se persuadaient que le monde entier pensait à leur image. Leur naïveté confinait à la bêtise et à la couardise ; en refusant de s’armer et de se cuirasser, ils donnaient mécaniquement à leurs futurs bourreaux les moyens de leur trancher la gorge, semblant vouloir s’offrir en victimes expiatoires(143). Ils devenaient les complices aveugles d’idéologies liberticides, contribuaient par faiblesse à accroître certains conflits, refusaient à des populations entières leur protection et préparaient leurs enfants à une servitude volontaire. En prétendant lutter contre la violence ils programmaient son éternel retour. Mais ils ignoraient à propos que ce « petit confort » et ce droit de parole étaient eux-mêmes hérités de la brutalité, de guerres sanglantes mais justes menées par des hommes courageux. Tibério risquait sa vie en ayant l’honneur de protéger ces inconscients ! Les mêmes ramperaient demain devant les soldats qu’ils conspuaient aujourd’hui en demandant leur protection et une fois sauvés les accuseraient de nouveau d’être des criminels !

(…)




Ces siècles de tourments et de rêves pour parvenir à une humanité avaient-ils été vains ? Une civilisation qui perdait le courage de souffrir et de se battre conservait-elle une chance de survivre au milieu des hyènes et des serpents ? Les civilisations n’étaient-elle pas mortelles ? Parce qu’elle se remettait en question, devait-elle obligatoirement abdiquer ses plus belles réussites, son plus glorieux patrimoine et ses nouvelles responsabilités envers le monde ?
Etait-ce ainsi que l’on traitait une liberté si chèrement acquise au risque de la renvoyer à la féodalité et à la barbarie de temps immémoriaux ? La Liberté ne représentait pas un concept vague, mou et approximatif, un fourre-tout où l’on empilait n’importe quoi au gré de ses fantaisies et de ses lubies. Elle ressemblait à une femme exigeante, racée et délicate ; c’était une passion de l’aimer et de la combler vertueusement, de la choyer avec une dévotion et un enchantement de tous les instants ; lui être d’une fidélité absolue, la glorifier sans limite et la défendre de la malveillance des soudards s’imposait tel le plus noble et magnifique devoir ; aucune insuffisance ne se justifiait à son égard ; d’innombrables sacrifices, dépendait son épanouissement. Parce qu’elle ne se laissait pas apprivoiser facilement, devenait-il impératif de la répudier ? Au contraire, le suprême idéal ne demeurait-il pas de mourir en son nom, en hommage à sa Grandeur, à son Miracle ? Ainsi qu’autrefois ?
Sinon, serait-elle condamnée à ne rester qu’une simple parenthèse dans l’Histoire, vouée à se faire dépecer par n’importe quelle tyrannie à venir dont l’odeur nauséabonde se répandait encore sur la planète ?




QUI demain se battrait pour ELLE ?


Y aurait-il quelque part un Roi Léonidas et Trois Cent Spartiates(148) prêts à se sacrifier, à la protéger de l’avidité conquérante des uns, du calcul et de la soumission des conspirateurs ?
Existerait-il des « soldats dans l’âme » dont la Foi et le Courage inébranlables sauveraient ce que les autres abandonnaient ?
N’avaient-ils pas honte, les petits enfants des Penseurs de la Liberté et des Soldats qui s’étaient battus afin qu’ils naissent « libres et égaux » ?


« Ô soldats de l’an deux ! ô guerres ! épopées !
Contre les rois tirant ensemble leurs épées,
Contre toute l’Europe avec ses capitaines,
Toute entière debout comme une hydre vivante,
Ils chantaient, ils allaient, l’âme sans épouvante.
La liberté sublime emplissait leurs pensées,
Ils rayonnaient debout, ardents, dressant la tête.

La tristesse et la peur leur étaient inconnues,
Ils eussent, sans nul doute, escaladé les nues,
Si ces audacieux,
En retournant les yeux dans leur course olympique,
Avaient vu derrière eux la grande République
Montrant du doigt les cieux.

Ô France, tous les jours c’était quelque prodige ! »
(149)




Certes, cette République incarnait aussi une « nouvelle religion sacrificielle », une Nation-Dieu bâtie sur le sang d’un meurtre fondateur, de la décollation d’un Roi et sur la persécution de la Noblesse, boucs émissaires exterminables à merci, mais elle avait apporté plus de liberté et d’égalité.
Antonio se passionnait pour la France et sa culture. Il rêvait d’y vivre et d’y travailler. Il admirait son histoire, ses héros, sa vision prophétique et universelle d’un monde plus fraternel, tout en étant aussi conscient des dérives engendrées par cet idéalisme. Il connaissait les grands hommes de la Révolution et de l’Empire. Il aurait été un soldat de Valmy ou d’Austerlitz, un dragon ou un hussard de la Grande Armée, un général de vingt-cinq ans ! Il aurait suivi les Maréchaux et l’Empereur, le plus grand des stratèges de l’Histoire, jusqu’aux confins de la Russie ; il se serait battu contre les Autrichiens, les Prussiens, les Russes ou les Anglais, les royautés d’Europe, galopant fièrement dans un uniforme éclatant, l’Aigle impérial d’une main, le sabre de l’autre. Jamais à ses yeux Nation moderne n’avait été plus puissante, plus ambitieuse et plus valeureuse qu’à cette époque(150).
Il se sentait Français de cœur et d’âme, d’héritage intellectuel.


«Contre nous, de la tyrannie l’étendard sanglant est levé !
Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons !
Marchons et qu’un sang impur abreuve nos sillons ! »(
151)




Pour lui, la Liberté c’était la France.

« La France était pour les nations un magnifique spectacle. Un homme la remplissait alors et la faisait si grande qu’elle remplissait l’Europe. Il était au-dessus de l’Europe comme une vision extraordinaire »(152)

A 17 ans, espérant fuir la pesanteur familiale, il envisageait de s’engager dans la Légion étrangère(153) et de devenir un de ces soldats venus d’« ailleurs et de partout » dont certains étaient morts au nom de cette Nation idéale.




Légionnaire, aurait-il été un grand combattant, un Saint-Cyrien Prince géorgien héros de Bir Hakeim et El Alamein ?

« Nous étrangers, nous n’avons qu’une seule façon de prouver à la France notre gratitude pour l’accueil qu’elle nous a réservé :
Nous faire tuer pour elle »
(154)


Un jeune poète américain ?




« Flotte au vent, le drapeau ! Le reste est périssable ;
Pour que ses trois couleurs puissent se déployer,
Ils ont fait de leur sang un fleuve infranchissable,
De leur poitrine offerte un vivant bouclier »(
155)


Quelle nation avait-eu plus magnifiques et glorieux défenseurs ?


« J'ai un rendez-vous avec la Mort
Quand le printemps ramène les beaux jours bleus.
Il se peut qu'elle prenne ma main
Et me conduise dans son pays ténébreux
Et ferme mes yeux et éteigne mon souffle.
Il se peut qu'elle passe encore sans m'atteindre…

…Dieu sait qu'il vaudrait mieux être au profond
Des oreillers de soie et de duvet parfumé
Où l'Amour palpite dans le plus délicieux sommeil,
Pouls contre pouls et souffle contre souffle,
Où les réveils apaisés sont doux.

Mais j'ai un rendez-vous avec la Mort
A minuit, dans quelque ville en flammes,
Quand le printemps d'un pas léger revient vers le nord cette année
Et je suis fidèle à ma parole :
Je ne manquerai pas ce rendez-vous-là… »


Fidèle à sa parole, il n’avait pas raté son « Rendez-vous avec la Mort », à vingt-huit ans à Belloy-en-Santerre.(156)




Se serait-il prénommé Lazare ? ce petit émigré italien fuyant la misère de son pays, traversant seul la France à l’âge de 9 ans, ne sachant ni lire, ni écrire, ni parler un mot de français, puis s’engageant à 16 ans en trichant sur son âge pour défendre et remercier la France de l’avoir accueilli et nourri. Lazare, se battant vaillamment et secourant ses frères d’armes et parfois même ses ennemis au milieu de l’enfer dans les collines boisées de la « Mangeuse d’hommes ». Lazare, symbole de souffrance, de courage, de reconnaissance, de modestie et d’humilité, le derniers des « Poilus »… peut-être lui aussi ressuscité par le Christ ?(157)

Ou bien un Républicain espagnol inconnu ?




«Je revis Miralles, jeune, déguenillé, poussiéreux et anonyme, brandissant le drapeau tricolore d’un pays qui n’était pas le sien, d’un pays qui est tous les pays à la fois et aussi celui de la liberté et qui n’existait que parce que lui et quatre Maures et un Noir ne cessaient de le brandir tout en continuant à marcher de l’avant, toujours de l’avant…
…Je revis Miralles marchant avec le drapeau de la France libre à travers l’infini sable ardent de Lybie, marchant vers l’Oasis de Murzuch, alors qu’au même moment, sur cette place de France et sur toutes les places d’Europe, les gens vaquaient à leurs occupations sans savoir que leur destin et celui de la civilisation qu’ils avaient reniée dépendaient de ce que Miralles continuât de marcher de l’avant, toujours de l’avant et qu’au dernier moment…

…C’est toujours un peloton de soldats qui sauve la civilisation… »(158)


Antonio aurait été un des Trois Cents Spartiates du Roi Léonidas ! D’ailleurs, n’en faisait-il pas partie depuis toujours ?




« Pour vous, citoyens de la vaste Sparte,
Votre grande cité glorieuse ou bien sous les coups des Perséides
Tombe, ou bien elle demeure ; mais sur la race d’Héraclès,
Sur un roi défunt alors pleurera la terre de Lacédémone.
Son ennemi, la force des taureaux ne l’arrêtera pas ni celle des lions,
Quand il viendra : sa force est celle de Zeus. Non, je te le dis,
Il ne s’arrêtera pas avant d’avoir reçu sa proie, ou l’une ou l’autre »

« Ici, contre trois millions d’hommes ont lutté jadis
Quatre mille hommes venus du Péloponnèse »

« Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici
pour obéir à ses lois »
(159)

« Oublier les gens qui ont fait le sacrifice ultime pour leur pays serait un crime »
(160)




Les « Citoyens libres » ne se demandaient plus depuis longtemps « ce qu’ils pouvaient faire pour leur pays », mais ce que « leur pays pouvait faire pour eux »(161) -- perpétuels assistés profitant de la corne d’abondance. Combien d’entre eux se souciaient de leurs soldats qui mourraient encore dans le monde afin de préserver leur petite aisance ? Ils les raillaient et les conspuaient, aussi lâches et aveugles que leurs parents ; on dénonçait légitimement la moindre de leurs bavures, mais à cause de la sacro-sainte « opinion publique » ils se battaient les mains attachées dans le dos et lorsqu’ils étaient faits prisonniers, torturés et exécutés comme des bêtes par des ennemis indignes du genre humain personne n’en savait rien et n’en voulait rien savoir.
De même que certains intellectuels cyniques ou crédules, beaucoup de journalistes abandonnaient leur déontologie en truquant les images et les informations au profit des « assassins de leur cœur » et aux dépends de ceux qui luttaient au cœur des tyrannies, courant après un semblant de démocratie. La manipulation mentale s’imposait comme un enjeu stratégique. Le monde atteignait le summum de la menterie, de l’hypocrisie et de la schizophrénie.

« La démocratie était le pire des régimes, à l’exception de tous les autres… »(162) Avait-elle engendrée le poison qui la détruirait ? La société des loisirs s’apitoyait sur son sort et se perdait dans les tourbillonnements d’un monde imaginaire, fuyant le réel et se fuyant elle-même.
Les enfants gâtés d’un univers confortable et protégé depuis longtemps des horreurs de la guerre finissaient par perdre le sens du bon usage de la liberté ; ils abandonnaient ceux qui leur demandaient de l’aide parce qu’ils ne s’intéressaient qu’à leur petit confort tout en prétendant le contraire ; ils méprisaient leurs protecteurs et traitaient la Liberté comme une Catin ou une marchandise, persuadés qu’ils en héritaient et en disposaient de droit.
Ils appartenaient à un monde sans honneur, mais quels que soient leurs masques et leurs subterfuges, le Diable les rattraperait.




Antonio était-il déjà si vieux et dépassé, comme certains le lui crachaient parfois à la figure ? Une mauvaise graine de réactionnaire pur et dur, un suppôt de l’autoritarisme ? Jamais de telles idées ne lui venaient à l’esprit ; il détestait la violence et magnifiait au contraire l’harmonie ; il n’aimait pas nuire à autrui ni contraindre personne, pas plus qu’il ne supportait de l’être. Il songeait seulement à un monde où chacun se respecterait dans le creuset de libertés individuelles inaltérables mais aussi dans celui de devoirs collectifs incontournables et des valeurs républicaines honorées au-delà des appartenances culturelles, raciales et religieuses. Comment une communauté subsisterait-elle si personne ne se souciait d’autre chose que de lui-même ? Le monde entier persistait à être suffisamment déprimant pour qu’on ne lui enlève pas le peu d’enthousiasme disponible. Mais Antonio était un réaliste : les affaires de la planète resteraient cruelles et sans pitié, un fumier infecte -- mais n’était-ce pas le meilleur engrais ? -- d’où sortaient de temps en temps – éternel paradoxe -- une fleur merveilleuse. Si en étant oniriques ses velléités guerrières exprimaient un héroïsme frustré propre à beaucoup d’hommes, il savait bien, ainsi que cet autre légionnaire poète et écrivain qui avait sacrifié sa chair en défendant cette France, que « le métier d’homme de guerre est une chose abominable et pleine de cicatrices, comme la poésie… »(163). Cette posture martiale n’en demeurait pas moins nécessaire et inéluctable lorsqu’il s’agissait de protéger des valeurs vénérables en danger. La Révolution française ne se fondait-elle pas sur la Nation, le Peuple et son Armée, assumant de se battre au nom de sa survie contre l’ennemi de l’intérieur et celui de l’extérieur ?

La Civilisation essaimait heureusement malgré les tortueux méandres et les contradictions de son histoire ; elle vivait aujourd’hui partout où de nobles âmes luttaient afin qu’elle naisse ou continue d’exister.




L’ « Autorité sacrée du Poète » avait pour noble cause de servir cette liberté, non de la bannir.

« Ô drapeau de Wagram ! ô pays de Voltaire !
Puissance, liberté, vieil honneur militaire,
Principes, droits, pensée, ils font en ce moment
De toute cette gloire un vaste abaissement.
Toute leur confiance est dans leur petitesse.
Ils disent, se sentant d’une chétive espèce :
-- Bah ! nous ne pesons rien ! régnons. – Les nobles cœurs !
Ils ne savent donc pas, ces pauvres nains vainqueurs,
Que lorsque c’est un peuple illustre qu’on gouverne,
On est autant plus lourd que l’on est plus petit !

Est-ce qu’ils vont changer, est-ce là notre compte ?
Ce pays de lumière en un pays de honte ?
Il est dur de penser, c’est un souci profond,
Qu’ils froissent dans les cœurs, sans savoir ce qu’ils font,
Les instincts les plus fiers et les plus vénérables. »
(164)


Si les excès de la tyrannie ne menaient qu’à la tyrannie, les excès de la liberté menaient au despotisme(165).L’humanisme le plus efficace n’obligeait-il pas à faire respecter sans complaisance ses lois, ses principes et ses valeurs, surtout lorsqu’ils étaient universels ? Les défenseurs de la Liberté devaient être intransigeants, mais la juste mesure entre latitude et contrainte s’avérait de plus en plus difficile à trouver…

Après son enfance, l’adolescence d’Antonio avait été une seconde période douloureuse, mais ses réflexions naissantes s’y étaient poursuivies. Il savait dès le début de sa vocation qu’il retrouverait cette médiocrité dans le milieu artistique et dans sa vie d’homme : l’univers de l’enfance et de l’adolescence lui répugnait autant que celui des adultes le dégoûtait.




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Notes

Chapitre 35



(138) Albert Camus, écrivain et philosophe français (1913 – 1960). Prix Nobel de littérature en 1957, auteur de L’Etranger, de La Peste et nombreux autres romans, essais et pièces de théâtre.

(139) + Einsatzgruppen (Groupes d’intervention), Seconde Guerre mondiale, Front de l’Est. Unités paramilitaires composées principalement de SS sous la direction du SS-Obergruppenführer Reinhard Heydrich ; ils eurent pour mission d’exterminer l’élite polonaise et russe, puis les Juifs et les Tziganes, hommes, femmes et enfants. De 1941 à 1943, ils assassinèrent environ 1 million et demi de personnes. Ce fut la première phase de la Shoah avant la mise en place des camps d’extermination.

+ Sonderkommandos ou Unité spéciale de « l’enfer de l’enfer ». Certaines équipes appartenant aux Einsatzgruppen se nommaient ainsi, mais dans les camps d’extermination, c’étaient de petits groupes de juifs affectés aux crématoires. Choisis par les SS pour leur bonne santé, ils vivaient séparés des autres prisonniers et étroitement surveillés afin qu’on ne sache pas ce qu’ils faisaient. Ils regroupaient les effets personnels des déportés condamnés à être gazés ; ils sortaient les corps morts de la chambre à gaz, rasaient les cheveux des femmes, prenaient leurs bijoux et dents en or puis portaient les cadavres vers le crématoire ou à l’extérieur sur des bûchers lorsqu’il n’y avait pas assez de place dans les fours. On les forçait aussi à achever les rares survivants qui réchappaient aux gaz, notamment des enfants en leur fracassant la tête contre les murs. Certains virent passer entre leurs mains leurs femmes, leurs enfants et certains membres leur famille…
Régulièrement, les Sonderkomandos étaient exterminés à leur tour et remplacés par de nouvelles équipes par souci constant de protéger le secret de leurs abominations forcées. Très peu ont survécus et les derniers profitèrent de la libération des camps pour s’enfuir. Avant de mourir, certains enterrèrent des témoignages écrits qui furent découverts plus tard sous la cendre et appelés Des voix sous la cendre.

(140) Citation de d’Aldous Huxley, écrivain britannique (1894 – 1963). Auteur du célèbre Meilleur des Mondes (Brave New World).
« Le fait que les hommes tirent peut profit des leçons de l’Histoire est la leçon la plus importante que l’Histoire nous enseigne »
On peut aussi l’attribuer à Winston Churchill et peut-être à d’autres.

(141) Winston Churchill : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur, vous aurez le déshonneur et vous aurez la guerre ». Phrase prononcée après les « Accords de Munich ».
Le 30 septembre 1938, à Munich, L’Angleterre et la France abandonnent lâchement la Tchécoslovaquie à Hitler en contrepartie de vagues promesses de paix. A leur retour, Chamberlain, Premier ministre anglais et Daladier, Président du Conseil français, sont accueillit en héros. La plupart des hommes politiques et de la population étaient « munichois », c’est à dire que tous voulaient la paix « à tout prix » refusant une nouvelle guerre avec l’Allemagne sans comprendre ce qu’ils faisaient ni les conséquences qu’allait provoquer leur lâcheté. Hitler les avait roulés dans la farine et la voie était libre ; on connaît la suite…
Le terme « Munich » reste de manière générale un symbole de capitulation politique.

(142) Cassandre. Mythologie grecque. Fille de Priam roi de Troie. Aimé par Apollon (dieu de la raison, des arts, de la musique et de la poésie), il lui accorde le don de « voir l’avenir » ; mais lorsqu’elle le repousse, il la condamne à n’être jamais crue. C’est ainsi qu’elle prédit la chute de Troie et le stratagème du Cheval, en vain. Dans ses délires, elle annonce des événements tragiques qui la font passer pour folle. Tous la fuient et elle est condamnée à rester seule bien qu’à chaque fois ses prophéties sont exactes.

(143) Georges Orwell, écrivain anglais (1903 – 1950), notamment l’auteur de La Ferme des animaux (Animal Farm)(1945) et de 1984 (1949). Dans Le Pacifisme et la guerre, il écrivit en 1942 : « Le pacifisme est objectivement pro-fasciste. C'est du bon sens élémentaire. Si vous entravez l'effort de guerre d'un côté, vous aidez automatiquement l'autre »

(144) Blaise Pascal, Pensées.

(145) Pensée magique et Chasse aux sorcières. La Pensée magique fait référence à une « pensée primitive » au sens ethnologique et anthropologique du terme. Confrontés à des problèmes inexplicables, l’homme développe naturellement des superstitions, une manière d’échapper à la crainte de l’inconnu. Croire aux sorcières relève de la même démarche. La Pensée et l’expérience scientifique, la rationalité permettra petit à petit de combattre cet obscurantisme millénaire. Mais même dans un monde rationnel et matériel, de nombreuses formes de superstitions et de croyances conservent une virulence particulière, peut-être parce qu’elles sont profondément ancrées dans la nature humaine préhistorique, qu’elles permettent de se rassurer dans l’incertitude et parfois de se déresponsabiliser puisque « si je fais cela, c’est la faute de telle ou telle manifestation extérieure à moi-même ».

(146) Allusion à la phrase prononcée par le Christ sur la croix : « Père ! pardonnez-leur ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Evangile selon saint Luc 23,34), sous-entendu : les hommes sont dominés par des mécanismes de persécutions qui échappent à leur conscience et ils les reproduisent sans même s’en rendre compte.

(147) Voir l’œuvre entière de René Girard.
Son analyse des mécanismes du religieux tend à prouver que le l’unicité du Judéo-christianisme a permis au cours des siècles un décryptage inconscient et universel des mécanismes de persécutions et de boucs émissaires (mécanismes eux-mêmes inconscients au départ) du religieux archaïque en défendant pour la première fois la victime sacrifiée contre la toute-puissance du bourreau ; en mettant à jour la Vérité du sacrifice, cette prise de conscience engendrera l’avènement de la pensée moderne et de la pensée scientifique y compris paradoxalement le rejet du christianisme lui-même. Mais en croyant s’être débarrassé du religieux, certains théoriciens n’ont pas vu ou ne veulent pas voir que toutes nos institutions, même les plus laïques, ne sont que du « religieux dégradé » et que les postures les plus généreuses tels que les « Droits de l’Homme » ne sont qu’une conséquence de la pensée chrétienne, ce que beaucoup ne sont pas prêt à admettre pour des raisons idéologiques qui elles-mêmes n’auraient jamais existées sans la révolution amorcée par le Judéo—christianisme. Les idéologies modernes, en voulant s’affranchir du christianisme n’ont fait que refonder de nouvelles religions sacrificielles et archaïques qui ne peuvent aboutir parce que l’on sait maintenant depuis deux mille ans que les victimes sont innocentes et les bourreaux coupables.

(148) Léonidas et ses Trois Cent Spartiates. Léonidas 1er, roi de Sparte (ou Lacédémone) de -- 491 à -- 480 avant Jésus-Christ. En -- 480, à la tête de 300 Spartiates et de 700 autres volontaires il défend le défilé stratégique des Thermopyles face à l’imposante armée perse de Xerxès 1er (fils de Darius) pour permettre à la flotte grecque de se mettre à l’abri ; (aujourd’hui on avance le chiffre raisonnable de 200000 hommes et 75000 animaux). Après une résistance héroïque et sans issue (les Perses auraient perdu 20000 hommes !) ; les Spartiates sont écrasés jusqu’au dernier. Cette défaite en forme de sacrifice fut une grande victoire : elle redonna courage à la Grèce et permit la victorieuse Bataille navale de Salamine et le succès de la Bataille terrestre de Platées.

Hérodote, historien grec (-- 484 à – 425 avant J.C.), surnommé le « Père de l’Histoire », raconte cette épopée dans son livre L’enquête, l’œuvre unique que nous connaissons de l’auteur.

Le film 300 (2007), du réalisateur Zack Snyder, est une vision fantastique et originale de cette Bataille.
La Bataille des Thermopyles est aussi un film américain de Rudolph Maté (1962).

(149) Victor Hugo, extrait du poème : A l’obéissance passive, Livre II, L’ordre est rétabli dans Les Châtiments.

(150) + Révolution française. Elle débute en 1789 avec la prise de la Bastille et s’achève avec le coup d’Etat du 18 brumaire (sous la Révolution les mois portaient d’autres noms ; ici : novembre 1799) de Napoléon Bonaparte. Elle marque la fin de l’Ancien Régime et des privilèges, proclame l’égalité des citoyens devant la loi, les libertés fondamentales et la souveraineté de la Nation gouvernée par des représentants élus.

+ 1er Empire. Instauré par Napoléon Bonaparte, il débute en 1804 (Napoléon proclamé empereur des français) et s’achève en 1814 avec son abdication et son départ pour l’Ile d’Elbe. Napoléon reviendra durant les Cents jours et son épopée se terminera à Waterloo en 1815.

+ Bataille de Valmy (ville française de la Marne), Révolution française, 20 septembre 1792 opposant les révolutionnaires français à la Prusse et à l’Autriche dont les troupes anti-révolutionnaires avaient envahi la France. Sous les ordres de Kellermann les 24000 soldats français chargèrent le drapeau accroché à leur baïonnette sous les cris de Vive la Nation ! mettant en déroute l’armée du duc de Brunswick composée de 100000 Austro-prussiens.
Cette victoire inespérée sauva la République naissante. L’Armée révolutionnaire, jusque-là encore inexpérimentée et doutant d’elle-même devant des soldats aguerris et disciplinés, prit conscience que son courage et son patriotisme la rendait redoutable. Elle deviendra bientôt supérieure aux armées autrichiennes et prussiennes.
Valmy consacrera le mythe du citoyen en arme qui sera à l’origine de la conscription moderne.

+ Bataille d’Austerlitz, ou Bataille des Trois Empereurs (2 décembre 1805, Sud de la Moravie – République Tchèque). Napoléon 1er y affronta avec sa Grande Armée venue à pied depuis Boulogne-sur-Mer (Nord de la France) les troupes autrichiennes de l’Empereur François 1er, et les troupes russes du Tsar Alexandre 1er. Considérée comme un chef-d’œuvre tactique, cette bataille est toujours enseignée dans de nombreuses écoles militaires de part le monde.

+ Maréchal de France. Plus haute distinction hiérarchique militaire, créé par Philippe Auguste en 1190. Sous Napoléon : Maréchal de l’Empire français. Il y eut 26 maréchaux sous Napoléon de 1804 à 1814 ; parmi les plus célèbres : Murat, Ney, Masséna, Soult.
Les boulevards qui font le tour de Paris portent les noms des maréchaux de l’Empire et s’appellent logiquement : Boulevards des Maréchaux.

+ Le plus grand stratège de l’Histoire. A lui seul il a gagné plus de batailles qu’aucun autre stratège ; nul homme n’a connu dans l’histoire moderne une gloire comparable à celle de Napoléon. Son destin, tel celui d’Alexandre le Grand, s’est accompli en quelques années et tous deux ont bâti un nouveau monde sur les ruines de l’ancien avec des conséquences politiques, militaires et civiles qui ont bouleversé les sociétés pour les siècles à venir ; la grandeur n’empêchant pas les zones d’ombres inhérentes à tous les hommes.

+ Dragon. Militaire à cheval se battant à pied. Leur couleur traditionnelle est le vert dans l’armée française. Les Dragons remontent à l’Antiquité avec Alexandre le Grand.

+ Hussard. Nom d’origine hongroise ; les hussards sont des unités de cavalerie légère. Les Hussards de la Mort et les Hussards Noirs étaient des escadrons de la Révolution française.

(151) Extrait du premier couplet de la Marseillaise, hymne national français écrit par Rouget de l’Isle (1760 – 1836) à Strasbourg en avril 1792 après la déclaration de guerre contre l’Empereur d’Autriche. Elle s’appelait alors Chant de guerre pour l’Armée du Rhin. Chantée par les volontaires du Sud de la France et de Marseille pendant leur marche vers Paris en rejoignant le front, elle prendra bientôt le nom de Marseillaise.

(152) Victor Hugo. Premières phrases de son Discours de réception à l’Académie française le 5 juin 1841 évoquant Napoléon.

(153) La Légion étrangère française fut créée en 1831 par le roi Louis-Philippe.
A son drapeau est inscrit nombre de batailles prestigieuses et de faits d’armes héroïques s’étant déroulés dans de nombreux pays : Algérie (1832), Crimée (1854 - 1855), Italie (1859), Tonkin (1883), Première et Seconde Guerres mondiales (1914 – 18 et 39 – 45), Indochine (1946 – 1954)…
La Légion étrangère a pour vocation d’accueillir des individus de toutes nationalités, races, classes sociales ou religions, sans faire aucunes différences. Elle est un « système laïque » par excellence. Corps d’élite et armée de professionnels volontaires, elle opère une sélection drastique qui demande une endurance mentale et physique exceptionnelle. Environ 140 nationalités s’y côtoient, mais la langue obligatoire que l’on apprend à chaque recrue est bien sûr le français. Elle n’est pas seulement réservée aux étrangers et les citoyens français peuvent, au même titre que les autres, y être incorporés jusqu’à l’âge de 40 ans. (La Légion espagnole n’accueille que des soldats espagnols et étrangers issus de pays de langue hispanique et fut créée en 1920).
Au-delà de l’aspect purement militaire, tout au long de son histoire foisonnante, elle a bâti, enseigné, administré, joué un rôle économique, social et humanitaire que l’on ignore souvent. Elle fut toujours un refuge pour les exilés politiques victimes de persécutions ou pour ceux qui cherchaient à échapper à certains bouleversements de leur pays d’origine ; mais il est aussi vrai qu’autrefois il était facile à n’importe qui d’y entrer pour échapper à la justice et partir à l’autre bout du monde, ce qui est soumis à certaines conditions très strictes aujourd’hui. La nationalité des engagés reflète donc souvent les évolutions géopolitiques et les convulsions de l’histoire (Alsaciens après l’invasion de l’Alsace-Lorraine par la Prusse en 1871 ; Russes blancs après la révolution russe de 1917 ; Autrichiens et Tchèques suite à l’invasion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie par Hitler (1938 et 1939) ; Républicains espagnols après la Guerre d’Espagne (1939) ; Allemands après la défaite de l’Allemagne en 1945 ; citoyens originaires des pays de l’est depuis la chute du mur de Berlin après 1989…). « Etrangers devenus fils de France, non par le sang reçu, mais par le sang versé ».
La tradition veut que lorsqu’on entre à la Légion, on soit rebaptisé en changeant de nom. Elle fut dès son origine et reste « la seconde chance et renaissance » de quiconque recherche « l’oubli », veut recommencer une nouvelle vie ou simplement l’aventure, ce qui participe depuis toujours au « mystère du légionnaire » et à la « mystique de la Légion ».
Dans son genre elle est unique au monde avec ses « Pionniers barbus », son uniforme et ses traditions et symboles eux-mêmes d’origine étrangère.
Elle est une « famille » à part qui cultive avec un esprit quasi « religieux » son histoire et ses faits d’armes glorieux, ses traditions, ses codes et ses rituels. Pour chaque légionnaire, la Légion est une patrie à elle toute seule.
Sa devise est justement :

Legio Patria Nostra
(La Légion est Notre Patrie)



Le siège historique de la Légion était Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, ville bâtie par les Français en 1843. Après la décolonisation il fut transféré à Aubagne dans le Sud de la France en 1962.
La Légion est un mythe et possède ses célébrités : Entre autres, Pierre 1er de Serbie, Saint-Cyrien (1844 – 1921) ; Louis II de Monaco (1870 – 1949) ; Pierre Messmer, homme politique français et académicien (1916 – 2007), Capitaine de la 13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère à Bir-Hakeim, sous les ordres du Lieutenant-colonel Amilakvari…
Parmi les artistes : Blaise Cendrars (1887 – 1961), romancier et poète français d’origine Suisse ; Jean Genet (1910 – 1986), écrivain et poète français ; Ernst Jünger (1895 – 1998), écrivain allemand ; Max Deutsch (1892 – 1982), compositeur et chef d’orchestre franco-autrichien… Et beaucoup d’autres hommes qui ont laissé leur nom dans l’histoire.

(154) Prince Dimitri Amilakvari (1906 – 1942). Né dans une famille princière de Géorgie (Russie). En 1921, après l’invasion de l’Armée soviétique, sa famille fuit son pays et se retrouve à Paris. En 1924, il entre dans la prestigieuse Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, puis rejoint la Légion étrangère et participera à diverses campagnes en Afrique du Nord pour lesquelles il est décoré. En février 1940 il est affecté à la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère. Suite à l’invasion allemande cherchant à sécuriser ses approvisionnements en fer suédois, il participe à la campagne de Norvège et reprend la ville de Narvik au côté des Chasseurs alpins français et des Chasseurs polonais (avril – juin 1940). Puis il s’engage dans les Forces françaises libres. Après de nouveau combat en Afrique il est nommé Lieutenant-colonel, prend le commandement de la 13ème demi-brigade et combat dans le désert de Libye sous les ordres du général Koenig (1898 – 1970). Systématiquement volontaire pour les missions les plus dangereuses, il résistera glorieusement à l’Afrika Korps de Rommel et aux Italiens à la Bataille de Bir Hakeim (mai – juin 1942). Cette résistance des Français libres permit aux Britanniques de se replier sur El Alamein (Egypte) et de s’y préparer. Après Bir-Hakeim, il reçoit la Croix de la Libération des mains du Général de Gaulle qui appellera ces soldats héroïques « L’Honneur de la France ».
Dimitri Amilakvari moura en octobre 1942 durant la Bataille d’El Alamein, atteint par un éclat d’obus à la tête, à l’âge de 35 ans.
La 13ème demi-brigade, la « 13 », constitué de nombreux Républicains espagnols ayant fui le régime du général Franco, sera appelée « Sentinelle du Désert ». Elle débarquera plus tard sur les côtes de Provence, remontra en se battant pour chaque ville jusque dans l’Est de la France en Alsace puis en Italie. Elle est une des unités françaises les plus décorée.
« A ces hommes là on n’avait promis ni récompenses, ni honneurs... on ne leur avait offert que les souffrances et la mort... et pourtant, ils avaient accepté de ramasser les tronçons du glaive ».

(155-156) Alan Seeger (1888 – 1916), poète américain vivant en France. Après des études à Harvard, il vient à Paris et rédige des articles pour différents journaux américains et européens. En 1914, il défile avec la bannière étoilée aux côtés des Américains de Paris qui ont décidé de se battre pour la France. (l’armée américaine n’arrivera en France qu’en 1917 et ne sera engagée qu’en 1918). En tant qu’étranger, il est affecté dans un Régiment de Marche de la Légion étrangère. En 1916, il participe à la terrible Bataille de la Somme et est tué le 4 juillet, le jour de la fête nationale de son propre pays (Independance Day), devant Belloy-en-Santerre à l’âge de 28 ans.
Le Caporal Seeger est inhumé en France, décoré à titre posthume de la Médaille militaire et de la Croix de guerre 14 – 18 avec palmes. En janvier 1917, un hommage émouvant lui fut rendu au cours d’une cérémonie en l’honneur des Américains morts pour la France.
Son poème, J’ai un rendez-vous avec la mort (I have a rendez-vous with Death), était l’un des préférés du Président John Fitzgerald Kennedy.

(157) + Lazare Ponticelli. Le dernier « Poilu » français survivant de la Grande Guerre est un « légionnaire » d’origine italienne, (1897 – 2008), décédé à l’âge de 110 ans. Né dans une famille pauvre d’Italie, il se rend seul à Paris à 9 ans par ses propres moyens sans savoir ni lire, ni écrire ni parler un mot de français. A 16 ans, il s’engage en trichant sur son âge dans le 1er Régiment de Marche de la Légion étrangère, (La Légion garibaldienne) « pour remercier la France de l’avoir accueilli et nourri ».
Il s’illustrera notamment dans les meurtriers combats de l’Argonne « la Mangeuse d’hommes », en décembre 1914 avant d’être affecté dans les Chasseurs alpins italiens pour se battre contre les Autrichiens lors de l’entrée en guerre de l’Italie en 1915. Il reçut les plus hautes distinctions militaires françaises et italiennes.
Modeste dans l’âme et humaniste, il fait partie de cette longue cohorte de héros « étrangers » devenus français, célèbres ou anonymes, qui se sont sacrifiés avec honneur et avec courage par amour de la France et de la Liberté.

+ Dans la Bible, Lazare fut ressuscité par le Christ.

(158) Les Soldats de Salamine (Soldados de Salamina). Roman de l’écrivain espagnol Javier Cercas, paru en 2001 (traduction de Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic). Il raconte la trouble période de la guerre d’Espagne et notamment l’épopée héroïque d’un Républicain espagnol, Miralles, engagé durant la Seconde Guerre mondiale dans les Forces françaises libres à la Légion étrangère.

(159) Hérodote, L’enquête.
+ Les Spartiates ayant consulté l’oracle sur cette guerre, la Pythie (nom donné aux femmes qui prédisaient l’avenir) avait déclaré que Lacédémone (Sparte) tomberait sous les coups des Perses ou que son roi périrait.

+ Les soldats morts furent ensevelis où ils étaient tombés ; leur tombe porte cette inscription avec une épitaphe spéciale pour les Spartiates.

+ Les Perséides : les Perses.

+ Péloponnèse : « île de Pélops », presqu’île montagneuse aux côtes découpées constituant le Sud de la Grèce et reliée au continent par l’isthme de Corinthe.

(160) Citation de l’acteur et cinéaste Clint Eastwood à propos de son film Mémoires de nos pères.

(161) John Fitzgerald Kennedy (1917 – 1963), Président des Etats-Unis de 1961 à 1963 où il fut assassiné à Dallas (Texas). « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. » (Discours d'investiture, 20 janvier 1961)

(162) Citation de Winston Churchill (novembre 1947 devant la Chambre des Communes).

(163) Blaise Cendrars (Frédéric-Louis Sauser) (1887 – 1961), aventurier, écrivain et poète d’origine suisse naturalisé français en 1916. Après un appel lancé aux artistes étrangers vivant en France, il s’engage comme volontaire versé en tant qu’étranger dans la Légion étrangère. Il perd son bras droit lors de l’offensive de Champagne en septembre 1915. Auteurs de nombreux romans et recueils de poèmes dont La main coupée, Bourlinguer, L’Or, L’Homme foudroyé, Moravagine, J’ai tué…

(164) Victor Hugo. Extrait du Poème V, Livre V, L’autorité est sacrée, dans Les Châtiments.

(165) François-René de Chateaubriand : « Les excès de la liberté mènent au despotisme, mais les excès de la tyrannie ne mènent qu’à la tyrannie »


















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