11/06/2009

Le Duel du Ménestrel et du Seigneur

L’Arène et le Théâtre
Scène 17






Ah ! mes nobles Amis,
Si rien aujourd’hui ne peut me surprendre, j’en arrive tout de même à être parfois étonné.

Comme vous l’avez tous constaté, votre Ménestrel répondit donc vertement au Seigneur qui lui écrivit hargneusement.

Je m’attendais donc à recevoir sur l’heure les témoins de ce vilain Monsieur me signifiant de me rendre au milieu d’un pré, aux lueurs de quelque brume matinale flottant encore dans les premiers et timides rayons du soleil.





L’exaltation était à son comble. L'outrage se devait d'être lavé sanglantement !
Ah ! que le Duel sous le regard de Dieu est grande chose !




Je fourbissais avec enthousiasme mes armes : qu’allais-je donc choisir pour ce « Jugement de Dieu », sublime Ordalie appelant directement à la Divinité afin de réparer mon honneur dans la rougeur écarlate du grand fleuve de la vie !





L’épée ? Non, trop noble pour un manant de Seigneur !
J’avoue pour la circonstance que j’étais bien tenté par la hache, facile à manœuvrer et à tenir au combat, pourvue d’une large lame tranchante, et d’une pointe à l’arrière, faisant redoutables entailles et trous béants même dans l’armure la plus solide.





Je voyais bien l’orgueilleux Seigneur jeter son dévolu sur le Fléau d’armes ou le Goupillon, muni de plusieurs chaînes terminées par des boules garnies de pointes acérées afin de me produire en une seule fois grands dommages irréversibles, tout en me gardant à distance loin de son auguste personne.






Ah, quel merveilleux moment nous nous apprêtions à vivre, quel fête mes amis pour le plaisir de défouler nos Barbares instincts et merveilleuses « Rivalités mimétiques » sanglanteuses trop longtemps retenus, laissant enfin de côté méandreuse philosophie et douçâtre sagesse assommantes !
Un comble pour moi, je vous l’accorde, « le plus Girardien de Tous » ! Mais la Nature n’est-elle pas la Nature, indomptable et primaire ?!

Nous appelions à une grande Fête de la Vengeance bientôt assouvie pour la légitime circonstance !



Mais voilà, le Seigneur en grande question n’était point aussi Soudard que votre Serviteur aimait à le penser ! Point aussi rustre qu’imaginé !
Nous eûmes finalement agréable échange épistolaire et je découvris un homme de grand honneur, finalement bien moins hargneux et Reître que votre bien aimé Ménestrel de mauvais caractère prêt à en découdre sur-le-champ !

…et j’avoue que ce ne fut point désagréable de converser aussi en se rendant mutuels hommages quand aux belles réflexions de nos savants travaux de l’esprit.

Il avait tort sur la forme et raison dans le fond. J’avais tort sur le fond et raison sur la forme. Et les deux aspects ne doivent-ils pas toujours convoler en heureuses et délicieuses noces ?

Que la Guerre est excitante aventure, certes, mais que l’amitié, déliée des mauvaises humeurs, est agréable et fructueuse.




Nous décidâmes donc de nous rencontrer un jour, et d’accomplir cote à cote belle promenade dans un pré, non pour l’étripaillement vulgaire, mais pour l’échange de courtoises manières et gracieuces paroles.

Ainsi mes nobles Frères et Sœurs, n’iront nous pas manier la Hache et le Fléau mais au contraire faire bonne beuverie de circonstance dans une taverne de passage et qui sait, peut-être accompagnés de quelques filles de mauvaises vie et bonne joie pour pimenter l’heureuse rencontre.




C’est une belle leçon de la vie. Mais entre personnes d’honneur cela prouve, qu’au-delà des coups de l'humeur, grâce à la bonne éducation, reste toujours la possibilité de l’entente et de la cordialité.






Mais qui était donc ce Seigneur de la discorde, vous demandez-vous ?
Aucune importance, mes Amis. Qu’importe de savoir ? Cela restera notre secret à tous deux et c’est bien ainsi.

Ah bientôt nobles Amis, ne retenez plus votre souffle, la Grande Affaire est close et passons donc à autre chose.





Votre Ménestrel vous salue bien bas en vous souhaitant à tous et à toutes remarquables réflexions.





Là où la Paix et la Concorde s’installent, triomphe l’élévation de l’Ame.
N’est-ce pas aussi le rôle des Fous de le croire et d’y contribuer ?

















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2 commentaires:

  1. En définitive, joute n'est pas guerre
    Cordialement
    SD

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  2. Non SD. Ça peut probablement parfois y conduire mais aussi souvent l'éviter.
    J'espère en tout cas que tout le monde aura bien rigolé !

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