30/08/2009

Christianisme et Mondialisation

Les Coulisses de l’Arène
et du Théâtre







Mes Nobles amis, Bonjour.
Votre Ménestrel préféré est de retour pour vous chanter les Grandeurs et les Misères de ce monde, ce qui brille dans sa Lumière ou se cache dans ses Ténèbres…

Nous commençons donc une nouvelle année scolaire, alors je souhaite bonne rentrée à tous les professeurs et étudiants de la blogsphère, en particulier les spécialistes de Défense et de Stratégie, et ils sont nombreux. Continuons à cultiver ce lien Armée-Nation qui nous est cher et surtout indispensable à l’échelle de la France et de l’Europe, en réintroduisant du « réalisme » et du « bon sens » en matière de mécanismes de rivalités et de comportements, en défendant les valeurs de la République sans aucune démagogie ni concessions.
Car il en va de l’avenir de notre pays face à toutes les menaces totalitaires latentes, y compris parmi elles une des plus sournoises, le « Politiquement correct » et la « Pensée unique », qui derrière leurs nobles sentiments de départ -- tel l’Enfer pavé de bonnes intentions -- sont les meilleurs instruments de sape de la démocratie, et de notre liberté, de la volonté et du courage, en utilisant la naïveté, l’émotion contre la raison et l’information objective, la culpabilité permanente et le reniement de soi à propos de tout, les manipulations de l’histoire à sens unique, la déculturation programmée et organisée, tout ceci pour fabriquer des « idiots utiles » manipulables à merci en fonction des « Nouvelles idéologies dominantes ».





Ainsi, depuis l’entre-deux Guerres, le « pacifisme » béat et épidermique, ce refus quasi pathologique de la violence -- en vertu de l’ambivalence de tous mécanismes, de la loi des paradoxes ou des contraires -- est devenu le meilleur accélérateur des guerres d’agressions à notre encontre, une des plus efficaces doctrines de l’aveuglement, de l’abdication et de la lâcheté, de la servitude volontaire et de l’esprit de collaboration sous couvert de « résistance », de tolérance et de volonté de paix.

Il en est de même pour « l’antiracisme » qui en voulant lutter contre certaines injustices, inégalités et discriminations, est devenu le vecteur de nouveaux racismes, du communautarisme et de l’effritement de la Nation ; en prétendant combattre le concept fallacieux de « race supérieure » issu des théories du 19ème siècle et de la dérive génocidaire de l’holocauste, il n’a fait que l’inverser et le reprendre à son compte en faisant naïvement la promotion d’une « nouvelle race supérieure » qui s’incarne aujourd’hui notamment dans le culte du métissage ; en croyant promouvoir la « diversité » il ne fait que la détruire, en essayant d’éradiquer la culture « française » et « occidentale » au profit d’une « nouvelle société multiculturelle » indéfinie et d’un « nouvel homme fantasmé », il fabrique un monde « orwellien » et uniformisé non porteur de concorde, mais a contrario de terribles violence ethniques et culturelles.





Ce moderne « souci des victimes innocentes » sacrifiées dans les religions archaïques, la dénonciation des « bourreaux » et des « mécanismes de boucs émissaires » qui s’accomplit aujourd’hui à l’échelle planétaire, l’Esprit critique et scientifique, la rationalité, la laïcisation des valeurs religieuses, le rejet du religieux lui-même et du christianisme au premier chef, tout ceci n’a pu être possible que grâce à la spécificité de la Pensée chrétienne et particulièrement de la Révélation évangélique qui n’est autre, anthropologiquement parlant, que la « Révélation des mécanisme de persécutions ».

La Pensée chrétienne est la seule au monde à avoir permis cette évolution mentale, cette autocritique des comportements humains meurtriers, et c’est parce qu’elle à transformé les consciences à leur insu durant des siècles qu’elle a changé le monde, qu’elle a accouché du monde moderne.

Mais hélas, cette dénonciation victimaire, cette autocritique unique et extraordinaire – encore une fois selon la loi des paradoxes – a engendré sa propre perversion : aujourd’hui chacun veut se faire passer pour une victime au sein d’une véritable « compétition victimaire » et c’est à qui se prétendra « toujours plus victime que l’Autre » pour réclamer justice à propos de ceci ou de cela.
Les nouveaux bourreaux se sont appropriés le rôle des victimes et ont bien compris que pour pouvoir à présent « persécuter légitimement » au regard d’une opinion publique devenue si « sensible à la violence », il faut logiquement se faire passer pour « une victime » : « je n’agresse pas, je ne fais que me défendre parce que je suis victime de la violence de l’Autre… ».
Ce qui parfois peut être le cas, mais qui la plupart du temps n’est qu’une honteuse manipulation favorisée par le flot d’une information omniprésente, sans analyse, souvent idéologisée et jouant complaisamment sur l’émotion permisse par l’immédiateté, le manque de connaissances, de recul et de réflexion.




Cette année, j’ai donc abordé l’histoire de cette prise de conscience souterraine et inconsciente des Mécanismes de persécutions à travers la Théorie de René Girard, le grand décrypteur des Mécanismes de la Violence et du Religieux qui a réussi à construire une hypothèse fascinante sur les « mécanismes cachés qui nous gouvernent depuis la fondation du monde… », à savoir les mécanismes de persécutions sans lesquels l’Humanité n’existerait pas. A partir de là il démontre également les Origines de la culture, ce qui fait dire à certains que :


« René Girard est à la Théorie des Origines de la Culture,
ce que Darwin est à la Théorie de l’Evolution »


Rien que ça !





Récemment, un de mes amis qui a pourtant l’esprit très ouvert, curieux et analytique, me faisait part de ses réticences quand à la Théorie girardienne en me disant qu’il se méfie des « systèmes qui prétendent expliquer le monde ». Et je suis parfaitement d’accord avec lui. Mais le cas Girard étant « particulier » en vertu des fabuleuses clés que l’auteur apporte en termes de réflexions et d’analyses fondamentales des mécanismes de la nature humaine, je lui répondis ceci :

« Tu me dis : "je me méfie des systèmes qui ont tendance à tout expliquer". J'étais le premier à le penser. Oui, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de systèmes pouvant tout expliquer un jour. Ce n'est pas parce que des scientifiques élaborent durant des siècles des théories ou équations qui ne marchent pas, qu'ils ne trouveront pas celle qui fonctionne vraiment. Ce n'est pas parce qu'on s'est trompé en voulant expliquer le monde à travers la Lutte des classes, donc le "système marxiste", qu'il n'y a pas de système qui puisse "expliquer le monde" ou une grande partie de celui-ci.
La preuve : à ce jour, la Théorie darwinienne démontre bien à elle toute seule l'évolution des espèces et personne n'a été capable de la remettre sérieusement en question. Toutes les sciences ne font toujours que converger vers elle, à commencer par la génétique.
C’est exactement ce qui se passe avec Girard notamment en ce qui concerne les « neurones miroirs » qui semblent prouver que le « Mécanisme mimétique » est effectivement biologiquement ancré dans le cerveau humain pour le rendre capable d’une « imitation » sans limite, source du formidable développement de l’Humanité.
Que dit-on justement de Girard : "Il est à la théorie de l'Origine de la culture, ce que Darwin est à la Théorie de l'Evolution". C'est à dire que la Théorie est assez puissante pour expliquer que le Mimétisme est à la base de l'hominisation et que du Sacrifice découle la maîtrise de la violence collective issue des excès de ce mimétisme pourtant indispensable à l'évolution humaine à travers la compétition permanente, et donc de ce Sacrifice découle également l'accouchement du religieux archaïque qui est strictement d'origine humaine ; à la suite du religieux, les rites deviennent les premiers éléments de la culture et ce mécanisme se retrouve plus ou moins développé dans toutes les communautés où qu'elles soient sur la terre entière. Sinon, pas de communautés.
Puis Girard démontre que le judéo-christianisme vient contrecarrer ce mécanisme sacrificiel qui fonctionne à la perfection tant que les hommes ignorent qu'ils sont des bourreaux et croient les victimes coupables de ce qu’ils les accusent. S'ensuit toute la prise de conscience de l'Occident (et de lui seul) envers les mécanismes de sa propre violence, donc l'esprit critique et scientifique qui repousse la Pensée magique, jusqu'au rejet du religieux en général et du christianisme en particulier qui permet donc de penser contre lui-même et de fait aboutit à toutes les dérives que nous connaissons aujourd'hui parce que l'homme s'avère incapable de maitriser ses mécanismes persécuteurs primaires qui reviennent à chaque fois sous une forme ou une autre... ce que le christianisme redoutait en en étant parfaitement conscient dès le départ. »





De temps en temps, sur d’autres blogs, je trouve des références à René Girard et des liens vers mon Résumé de sa Théorie.
Comme me disait récemment un ami bloggueur : « C’est normal puisqu’ici dans la blogsphère, tu es le spécialiste de René Girard ! ».

Il voulait dire dans la blogsphère de la Défense et quelques autres blogs à connotation plus politique.

Le fait est que beaucoup de personnes viennent lire ce résumé qui possède de nombreux liens sur internet, notamment grâce aux images que j’introduis dans mes articles pour les rendre plus lisibles et qui renvoient sur mon blog à partir de « Google recherche d’images ».

Mais il faut savoir que ce Résumé ne plaît probablement pas à tout le monde et particulièrement à certains universitaires spécialistes de Girard, car « je ne suis pas un universitaire », seulement un amateur éclairé et passionné et que les amateurs sont rarement les bienvenus dans ce monde d’intellectuels qui a aussi ses œillères et son conformisme.
Ainsi un autre de mes amis m’avait mis en lien sur la présentation de René Girard qui figure sur Wikipédia et ce lien à très vite été supprimé. Par qui ? Pourquoi ? Mystère.
D’autre part, j’ai signalé mon résumé à certaines instances spécialistes de René Girard qui ne m’ont jamais répondu.

Le seul qui fut enthousiaste à propos de mon travail de vulgarisation fut Lucien Scubla, ami et grand connaisseur de Girard, chercheur à Polytechnique, qui m’a donné la permission de reproduire un de ses articles majeurs : « Les hommes peuvent-ils se passer de toute religion », qui est une analyse extraordinaire des idéologies modernes en tant que « nouveaux systèmes religieux archaïques et sacrificiels», démontrant également que notre quotidien n’est fait en permanence que de « religieux dégradé » sans le dire ni s’en apercevoir.

Puisque je suis donc « un spécialiste de Girard » ! Lol ! Et bien nous allons donc commencer l’année par une interview du « Maître » faite par le journal « L’Express » en 1999, interview dans laquelle il explique justement en quoi le Christianisme est la vraie mondialisation de notre temps.






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Par Makarian Christian, publié le 14/10/1999






Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fraîchement diplômé de l'Ecole des chartes, René Girard part en pionnier pour les Etats-Unis afin d'y enseigner le français. Là, obligé de «publier pour ne pas périr», il se penche sur la littérature et le roman, mais, non formé à ces disciplines, il s'inscrit d'emblée hors du courant formaliste et sort des sentiers battus. Il découvre, de fil en aiguille, des traits communs psychologiques, sociologiques, et développe la thèse du désir mimétique, c'est-à-dire une explication globale du conflit dans nos sociétés, fondée sur l'analyse du rôle central du bouc émissaire. L'aura qu'il acquiert ainsi lui permet depuis de s'imposer comme l'un des rares «anthropologues de la religion». Il publie aujourd'hui une suite à son travail, Je vois Satan tomber comme l'éclair (Grasset), qui apporte une réflexion très originale sur le bilan de deux millénaires de christianisme.




Vous avez pratiquement inventé une curieuse discipline: l'anthropologie de la religion. Pouvez-vous nous en donner une définition simple ?

L'anthropologie que je cherche à développer est spécifique à la religion. Elle est fondée sur le meurtre fondateur et tout ce qui s'ensuit. A partir de là, je m'intéresse aux règles originelles de notre culture, qui essentiellement repose sur les rites et les interdits, ainsi qu'à nos institutions, qui sont le produit indirect du religieux. Mais si ma démarche traite des religions, elle n'a cependant rien de religieux dans son essence. Au contraire, puisque je fais du religieux archaïque le résultat d'une erreur d'interprétation de ce que j'appelle le «phénomène victimaire». Mon point de départ est le suivant : l'acte fondamental de la société primitive, à l'origine de la nôtre, c'est de désigner une victime, un bouc émissaire, et de cultiver l'illusion de sa culpabilité afin de permettre d'évacuer toutes sortes de tensions collectives. Cette illusion est ensuite fondatrice de rites, lesquels la perpétuent dans le temps et entretiennent des formes culturelles qui aboutissent à des institutions.





Comment cette théorie vous est-elle venue ?

Certains de mes amis américains disent que je suis influencé par le contact personnel que j'ai eu dans ma jeunesse avec la violence raciale aux Etats-Unis. Toujours est-il qu'en établissant des rapprochements entre les mythes australiens, amérindiens, africains, européens, américains, j'ai découvert que le lynchage, c'est-à-dire la mise à mort d'une victime désignée, n'était pas un phénomène textuel ou légendaire. C'est une vraie entreprise de pacification par l'intermédiaire d'une victime qui, lorsqu'elle réunit contre elle un groupe tout entier, produit mimétiquement un apaisement, voire une réconciliation. Pour des raisons mystérieuses, les sociétés ont reproduit ce geste réconciliateur, sous forme de sacrifices ou de rites sacrés, et cette répétition est devenue en elle-même une institution. C'est le cas, typique, de la lapidation codifiée par le livre du Lévitique. De même, les ethnologues ont démontré, il y a longtemps déjà, qu'il existait une forme primitive de justice grecque à travers le meurtre collectif. Après quoi se livre une lutte pour le contrôle et la domination de ce rite essentiel. Vous voyez, en reliant victimes, rites et institutions, nous assistons à la naissance du pouvoir politique.





Cette théorie victimaire vous a tout naturellement conduit à vous intéresser au Christ, victime parmi les victimes puisqu'il donne sa vie pour l'ensemble du genre humain...

Effectivement, mais mes conclusions vont à l'inverse de celles habituellement retenues à ce sujet. Jusqu'ici, la plupart des anthropologues - et même un théologien comme Rudolf Bultmann - avaient insisté sur la ressemblance entre les Evangiles et d'autres récits pour démontrer que la mort et la résurrection de Jésus n'étaient qu'un mythe parmi d'autres. Tant et si bien que la cause est pour ainsi dire entendue. Aujourd'hui comme hier, la majorité de nos contemporains perçoit l'assimilation du christianisme à un mythe comme une évolution irrésistible et irrévocable, car elle se réclame du seul type de savoir que notre monde respecte encore, la science. Même si la nature mythique des Evangiles n'est pas démontrée scientifiquement, un jour ou l'autre, elle le sera. Tout cela est-il vraiment certain? Eh bien! je pense que non seulement cela n'est pas certain, mais qu'il est certain que cela ne l'est pas. L'assimilation des textes bibliques et chrétiens à des mythes est une erreur facile à réfuter.






Comment ?

Dans les mythes, les victimes sont toujours coupables, car le récit est toujours écrit du point de vue de la tromperie, de l'illusion créée par le phénomène victimaire. C'est parce qu'elle est coupable que la victime éponge la violence et accède au statut mythique. Dans le judaïque et le chrétien, c'est l'inverse: la victime est innocente! Notez la différence entre Caïn et Abel d'un côté, et Romulus et Remus de l'autre. Remus est coupable, puisque Romulus est fondateur glorifié de Rome. Tandis que Dieu demande à Caïn: «Où est ton frère Abel ? Qu'as-tu fait ?» Certes, Dieu accepte de fonder le genre humain sur cette base du meurtre, mais, en même temps, il s'inquiète du sort d'Abel, victime innocente. C'est cela qui est unique. Pour «déviolentiser» le sacré, il n'y a que la Bible! Le christianisme contredit d'emblée les mythes.






Quelle est donc votre définition personnelle du christianisme?

La foi chrétienne consiste à penser qu'à la différence des fausses résurrections mythiques, qui sont réellement enracinées dans les meurtres collectifs, la résurrection du Christ ne doit rien à la violence des hommes. Elle se produit après la mort du Christ, inévitablement, mais pas tout de suite, le troisième jour seulement, et elle trouve son origine en Dieu lui-même.






En quoi est-ce que cela bouleverse l'ordre précédent ?

Au commencement du christianisme se trouve un fait essentiel : les disciples trahissent tous. Ils sont entraînés dans l'emballement ordinaire qui se produit contre les victimes. Pierre représente le modèle de l'individu qui, dès lors qu'il est plongé dans une foule hostile à la victime, devient hostile lui-même... comme tout le monde. Et puis, tout change, la logique archaïque est inversée et les disciples finissent par se retrouver non pas contre la victime, mais en sa faveur. A l'opposé de ce que dit Nietzsche - «Le christianisme, c'est la foule» - la foi chrétienne exalte l'individu qui résiste à la contagion victimaire.






Pour ajouter encore à la différence entre mythe et christianisme, vous établissez un parallèle saisissant dans votre nouveau livre.

J'ai découvert un étonnant récit légendaire grec, qui met en scène Apollonius de Tyane, gourou célèbre du IIe siècle après J.-C. Pour mettre fin à une épidémie, Apollonius désigne à la vindicte populaire un mendiant repoussant, mais totalement innocent. Le malheureux est lapidé, et, une fois les pierres enlevées, on découvre à la place du miséreux un monstre effrayant qui représente le démon vaincu, la maladie éradiquée. La différence avec l'Evangile vient immédiatement à l'esprit. Certes, à l'inverse d'Apollonius, Jésus arrête net la lapidation de la femme adultère en disant: « Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre. » Mais, selon moi, la leçon principale est ailleurs: l'entraînement mimétique, voilà ce que Jésus veut combattre. Il est évident que celui qui fait démarrer le meurtre collectif a une responsabilité plus grande que les autres. C'est pourquoi le Lévitique obligeait deux témoins - ceux qui avaient précisément déposé à charge - à lancer les premières pierres afin de s'assurer qu'ils ne portaient pas de faux témoignage. Le dessein de Jésus est de transcender cette loi, ce qui va engendrer la remise en question du phénomène victimaire, donc semer le désordre dans le peuple et entraîner sa propre mise à mort. Pour finir de remettre le mythe à sa juste place, j'ajoute que Jésus ne se réclame là d'aucun pouvoir surnaturel: il ne fait pas de miracle, c'est le païen Apollonius qui en fait un !





L'entraînement mimétique serait donc à l'origine de la violence. Par quels mécanismes ?

L'entraînement mimétique, au stade collectif, est l'aboutissement du désir mimétique, qui naît au stade individuel. Il existe dans la Bible une conception méconnue du désir et des conflits. Parmi les Dix Commandements («Tu ne tueras point, tu ne commettras point d'adultère, tu ne voleras point», etc.), le dixième tranche sur ceux qui le précèdent: « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à lui » (Exode, XX, 17). Ce dernier commandement est souvent négligé, or il est extrêmement important dans la mesure où il vise justement le plus banal des désirs, le plus commun et, en apparence, le plus anodin. Puisque ce désir-là est le plus commun de tous, que se passerait-il si, au lieu d'être interdit, il était toléré et même encouragé ? La réponse va de soi: la guerre serait perpétuelle au sein de tous les groupes humains. La porte serait grande ouverte au fameux cauchemar de Hobbes, « la lutte de tous contre tous ». Donc, pour oser penser que les interdits culturels sont inutiles, comme le répètent sans trop réfléchir les démagogues de la «modernité», il faut adhérer à l'individualisme le plus outrancier, celui qui présuppose l'autonomie totale des individus, c'est-à-dire l'autonomie de leurs désirs. Il faut penser, en d'autres termes, que les hommes sont naturellement enclins à ne pas désirer les biens du prochain. Or il suffit de regarder deux enfants ou deux adultes qui se disputent une babiole pour comprendre que ce postulat est faux et que c'est le postulat opposé, seul réaliste, qui sous-tend le dixième commandement. On croit que le désir est objectif ou subjectif, mais, en fait, il repose sur un autrui qui valorise les objets, le tiers le plus proche, le prochain. Pour maintenir la paix entre les hommes, il faut définir l'interdit en fonction de cette redoutable constatation: le prochain est le modèle de nos désirs. C'est ce que j'appelle le Désir mimétique.






Explication implacable et terriblement sévère pour nous, pauvres humains...

Le christianisme n'a jamais prévu de réussir. C'est sa grande force ! Les premiers chrétiens avaient même envisagé un échec très rapide, sinon ils n'auraient pas écrit l'Apocalypse ni cru fermement à la fin de ce monde. En relisant certaines paroles de Jésus, on s'aperçoit même que ce sont les rapports les plus intimes qui sont les plus menacés : «J e suis venu séparer le père du fils »; « Ne croyez pas que je suis venu apporter la paix, je suis venu apporter le glaive »; «J e suis venu apporter le feu sur la Terre, et comme je voudrais qu'il fût déjà allumé », etc. Le christianisme opère une révolution unique dans l'histoire universelle de l'humanité. En supprimant le rôle du bouc émissaire, en sauvant les lapidés, en proclamant la valeur de l'innocence, en tendant l'autre joue, la foi chrétienne prive brusquement les sociétés antiques de leurs victimes sacrificielles habituelles. On n'évacue plus le mal en se ruant sur un coupable désigné dont la mort ne procure qu'une paix fausse. Au contraire, on prend le parti de la victime en refusant la vengeance, en acceptant le pardon des offenses. Ce qui suppose que chacun surveille l'autre par rapport à des principes fondamentaux, et que chacun se surveille lui-même
.






Pourtant, dans un premier temps, c'est un grand désordre. Comment expliquer que le système des valeurs chrétiennes ait pu triompher ?

L'exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd'hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c'est que le christianisme s'est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées.
Le système qui s'est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s'arrêter, car les hommes s'en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d'être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes.
Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n'y en a plus d'autres.
Que signifient les droits de l'homme si ce n'est la défense de la victime innocente?
Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu'on ne le voit plus en tant que tel.

La vraie mondialisation, c'est le christianisme!






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A bientôt mes bons amis pour de nouvelles aventures !

Le Ménestrel et le Gladiateur est de retour !










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