10/08/2009

Le Cauchemar du Ménestrel


L’Arène et le Théâtre
Scène 24





Aujourd’hui, étant en oisiveté bien méritée, j’ai décidé de m’amuser un peu et de vous faire rire. Alors je vais tenter d’exercer mes talents de Ménestrel.




Figurez-vous, Nobles amis et amies, que dans notre illustre royaume nous avons développé un système ingénieux que nous appelons « La Grande Toile d’Araignée ».
C’est un moyen de communication qui permet à ceux qui le désirent de s’exprimer en écrivant billets sur sujets ou autres de préoccupations, lesquels sont distribués par courriers à pieds ou à cheval, commerçants itinérants, troubadours de passage et j’en passe, sur l’ensemble de nos terres et parfois même au-delà.

Chaque Sujet de notre peuple peut ainsi devenir une « petite araignée » et tisser ses « fils » qui viennent s’ajouter à ceux des autres. Ils se forment ainsi des « appartenances », des associations de cœur et d’idées communiquant entre elles et réfléchissant sans cesse à la marche du monde dont nous sommes de modestes acteurs et spectateurs, se lisant les uns les autres, se répondant et dissertant à l’infini.
C’est un merveilleux progrès et surtout une liberté inestimable de pouvoir ainsi dire ce que l’on pense de ceci ou de cela…




C’est une sorte de monde parallèle aux institutions, toléré et parfois encouragé ou dénoncé suivant les manières de penser, les modes et les préjugés, un monde loin d’être idyllique ou se déroule aussi une guerre impitoyable entre les clans et les familles qui défendent telle conception plutôt qu’une autre de la vie, des engagements et décisions du royaume et de nos dirigeants, un lieu d’influence permanent ou il convient malgré tout de rester prudent…

…car depuis quelques années, nous sommes envahit par une Inquisition formée de ligues en tous genres aussi sulfureuses et néfastes les unes que les autres, qui s’est imposée insidieusement et a décidé de régir ce qu’il convient de dire, de faire ou de penser…de manière bien plus sournoise et diabolique que les excès du Pouvoir lui-même. Justement, un véridique Pouvoir parallèle politique informel qui se sert aussi de la Toile d'Araignée pour ses plans diaboliques.




Cette Inquisition, à force de se prendre au sérieux et de se croire gardienne d’une quelconque divine parole – blasphème – et pour défendre ses privilèges – bien entendu - en est arrivée à s’élever contre tout et n’importe quoi, à critiquer toute forme d’autorité – à part la sienne – à renier et rejeter nos belles valeurs, à saper les bases et l’unité de notre cher royaume, à incruster dans les têtes malléables des idées empoisonnnées, au point de nous mettre en danger.

C’est ainsi que partout nous voyons apparaître dans les rues et les tavernes des harangueurs de circonstance, des penseurs faussement éclairés, des détracteurs invétérés, des remplisseurs de parchemins à la plume acide et nauséabonde, des tribuns orgueilleux et prétentieux, des débatteurs d’idées sulfureuses et surtout des manipulateurs se servant de tous les idiots leur tombant sous la mains afin de promouvoir leurs perversions sans limites.

Toutes nos institutions, notre valeureuse Histoire, notre mode de vie bien aimé, nos valeurs ancestrales, notre identité, notre culture et même nos héros légendaires sont vilipendés, nos soldats comparés à des égorgeurs et notre vaillante armée traitée comme une chienne atteinte de la rage qu’on renvoie à la niche à coups de sabots.

Nous n’avons plus le droit d’aimer ce que nous sommes ni ce que nous étions ni ce que nous aimions, ni d’être fiers de nous mêmes, nous devons nous renier en permanence et nous flageller en place publique, faire acte de contrition et repentance pour ceci ou cela, bref nous haïr à tous moments et en toutes occasions à propos de tout et n’importe quoi.
Tout est sujet de constant mépris, de dévalorisation et d’attaques insupportables.

C’est une véritable entreprise de démoralisation constante qui finit par faire perdre à notre peuple le simple goût d’exister et d’être lui-même, au point que certain ont déjà plongé dans l’acceptation d’une servitude volontaire qui ne saurait tarder si ce mauvais vent venait à tourner plus mal encore...




Tout cela a commencé il y a bien des années, lorsque quelques jeunes orgueilleux insatisfaits de leur sort -- suivant les préceptes de quelques faux philosophes « révolutionnaires » -- ont décidé de hurler et se rebeller contre leur soi-disant mauvaise fortune alors qu’ils vivaient confortablement dans un royaume prospère et en paix après la longue guerre éprouvante et sanglante qu’avait dû subir leurs parents.
Eux bénéficiaient de tout sans avoir eu à le gagner et c’est bien pour cela qu’ils se permirent d’en demander toujours plus !

Ces histrions de l’ingratitude avaient pour unique objectif de satisfaire tous leurs désirs sans contrepartie et sans plus vouloir respecter aucun des devoirs qui avaient fait notre élévation, assurant que tout cela était maintenant dépassé et qu’il fallait « interdire toute forme d’interdiction » !

Certes, quelque fenêtres à ouvrir sur les façades étaient les bienvenues, mais de là à casser les fondations de l’édifice et les murailles protectrices de tous les malheurs, il y a quand même une juste mesure à respecter. Hors, comme vous le savez, la « Juste mesure » de la tempérance est la chose qui fait à l’homme le plus défaut.



Mais pensez donc, ces enfants trop gâtés par le sort clamaient fort qu’ils « s’ennuyaient » !, dans une société en paix où ils mangeaient à leur faim, étudiaient, travaillaient et pouvaient s’amuser tout leur sou sans craindre pour leur vie comme leurs ancêtres ! Que préféraient-ils donc la guerre !, eux qui criaient à la Paix à tu et à toi à propos de ceci ou cela ?!
Tous ces fiers et courageux soldats morts afin de leur léguer paix et confort s’étaient-ils fait étriper sur moult champs de bataille pour cet horrible saccage à leur mémoire et actes héroïques ?





Ces séditieux profitèrent donc de cette calme période pour envahir rues et campagnes en hurlants méchants slogans et brandissant grosses pierres qu’ils lançaient fièrement sur nos Gens d’Armes.
Il eut suffit, comme autrefois, de les charger, de les estoquer sans faire de quartier, de les passer au fil de l’épée, de les pendre à nos gibets et les y laisser pourrir et dévorer par nombre corbeaux, les rouer, les écarteler ou les écorcher vifs en place publique dans l’enthousiasme de la foule !
Mais non, notre bon Roi vieillissant, qui pourtant avait été grand Héros de la dernière éminente Epopée ou nous faillîmes sans lui perdre notre honneur et notre rang, fit preuve de trop de cœur et de faiblesse à l’encontre de ces jeunes chiots mal dressés qui cherchaient à se faire passer pour les braves qu’ils n’étaient pas, puisqu’à aucun moment ils ne risquèrent leur vilaine peau de malpropres.




Parmi les chefaillons de cette horde d’abrutis, il y en avait un qui se nommait Benji Conbandit. Tiens, il portait bien sont nom le bandit !, car c’en était bien un, mais un tout petit bandit, même pas de petit chemin, un petit bandit de sente à peine escarpée, un arrogant, vaniteux, mal élevé, adipeux et vociférant à pleine bouche venimeuse la face rougeoyante, un petit teigneux misérable qui se pavanait tel un coq de très basse-cour sans même une crête digne de ce nom en agitant minuscules ergots d’à peine un demi pouce devant nos gens et chevaliers, insultant et excitant respectable monde, crachant sur ce qui passait à sa portée et au-delà, uniquement parce qu’il savait bien, ce cancrelat de petite caste, qu’il ne risquait rien, seulement d’être chargé et mollement corrigés comme ses compères rats de fumier et lisier, à simples coups de bâtons sans même une pointe dessus.

Leur belle idée n’était que rhétorique, ne servait qu’à parler d’eux même et à revendiquer les privilèges qu’ils dénonçaient chez les autres.




Depuis, le manant fait belle carrière politique et manie toujours bien haut et adroitement le verbe fielleux ; il est enfin devenu le faux Bourgeois qu’il aspirait tant à devenir, tout en prétendant le contraire évidemment, et peut parader chaque jour en toute tranquillité dans les belles salles de notre château et royaume, sûr d’être respecté pour avoir tant été irrespectueux. Car bien entendu, le triste sire qui a tellement exhibé son cul disgracieux aux bourgeois d’autrefois, ne supporte pas que de nouveau, jeunes vauriens à son ancienne image, lui montrent à présent le leur ! Monsieur est de nos pauvres jours un notable écouté, et il entend bien défendre à son tour ses privilèges et son rang, tous deux gagnés, comme nous le savons, de haute et magistrale lutte guerrière !




Ah ! Ce fut alors grande Confusion durant mois et saisons, tant et si bien que cette horde de malappris, ces navrants petits esprits rebelles de salon, force chantage au désordre, insistèrent au point d’arriver à négocier – pour ne pas dire arracher -- quelques bonnes places partout où ça leur était possible. Ils eurent hélas gain de cause grâce à la faiblesse morale probablement issue du traumatique effet de la Guerre passée.
Et c’est ainsi qu’au fil des ans, la fragilité de nos ministres aidant, les têtes mal pensantes de renégats s’immiscèrent à nombre d’endroits de nos chères institutions en dégradant la moindre chose à leur portée de main bien sale, partout où ils s’enracinaient telles des herbes mauvaises : notre belle éducation mise en pièce, notre Religion désacralisée, notre vénérable Histoire traînée dans la boue, nos prestigieuses Valeurs souillées, notre fière Culture et Héritage de la beauté foulés de la sandale, jusqu’à notre propre identité remisée dans un cul-de-basse-fosse et accrochée au pilori de leur basse médiocrité avec obligation de se flageller en abjurant ce que nous avions été de si précieux.




Ainsi s’est insidieusement créé un nouvel Ordre, une sorte de Caste de pseudo penseurs, gratte-plumes et beaux parleurs, des petits bourgeois parvenus et artistes de pacotilles ou personnalités en tous mauvais genres, associés en ligues et associations, organisés en Brigades formant une sorte d’« armée » de la « Bonne et correcte pensance », comme on dit maintenant, prétendant bien sûr guerroyer au nom de toutes les injustes injustices accouchées de ce monde.
Et ils croisent la semelle de long en large le bâton de la « juste parole » et de la « Conforme pensée » à la main. Et si à l’occasion vous n’êtes pas d’accord avec eux, ils vous le font sentir dans le bas du dos ou vous excluent quand ils le peuvent de tous les Cercles sous leur contrôle où vous pourriez avoir envie d’entrer afin de vous exprimer en grande légitimité.

Car faut bien sûr savoir qu’ils se prétendent « Maître de la Tolérance » et « Gardiens de toutes les Libertés »… sauf si vous ne répéter pas idiotement tout ce qu’ils disent comme des automates bien remontés !
Ils sont en quelques sortent des « Commissaires de la Vertu », la leur, qu’ils imposent à tous et même notre royal pouvoir n’y peut rien tant ils ont investi nombreuses places fortes et esprits faiblards. Nous dirons donc encore que c’est une sorte de pouvoir parallèle informel qui a pourtant bien des formes et positions inébranlables et indélogeables.




Mes nobles amis, quelle faillite épouvantable que même votre bien-aimé Ménestrel, pourtant pas toujours tendre avec le pouvoir, supporta de manière écœurée et consternée !
Car remettre en cause est une chose saine et nécessaire de temps à autres, mais vilipender, outrager, humilier, bafouer, railler, ridiculiser notre héritage et soi-même, n’est point chose supportable à qui possède un semblant d’âme, de fidélité et d’honneur !

Comme l’écrivait dans une de ses fabuleuses pièces une de mes illustres idoles du grand nom de Shakinspire :

« L’homme le plus vil, sous le voile apparaît comme le plus noble,
Oh ! quand l’Autorité est ébranlée,
Qui sert d’échelle à tous les hauts desseins,
L’entreprise est malade ! Comment les communautés,
Les grades, dans les écoles et les corporations dans les villes,
Le commerce pacifique entre des rivages séparés,
Le droit d’aînesse et de naissance,
Les prérogatives de l’âge, les couronnes, les sceptres, les lauriers
Pourraient-ils, sans le rang, les différences et la hiérarchie, rester à leur place, authentique ? »


Eh oui, quand l’irrespect s’infiltre entre toutes les pierres de la cathédrale jusqu’au sommet de la flèche, c’est Dieu lui-même que l’on finit par Conspuer et qui est précipité par terre !

Bon, voilà donc le triste tableau. Et depuis, nous voyons partout trainer ces Commissaires politiques de tous mauvais bords.




Alors, figurez-vous que depuis quelques temps j’ai moi aussi pris le goût de noircir d’encre quelques billets qui vont tisser régulièrement quelques fils sur la Grande Toile dont je vous parlais au début.
Je me suis fait un petit public de fidèles lecteurs qui à leur tour me renvoient des missives que je lis passionnément et auxquelles je réponds le plus promptement possible.

L’autre jour je flânais tranquillement en profitant de ma modeste vie, lorsque je fus abordé par un des Suppôts de cette nouvelle Inquisition qui nous pourrit le moral et reste.



« Mon brave Alex, me dit-il, (on m’appelle en effet Alex, mes bons amis, mais parfois c’est aussi Georgy, suivant les circonstances et les humeurs) comme je suis bien aise de te voir… »

« Moi aussi, respectable Maître… », que je répondis ironiquement, espérant qu’une tuile quelconque lui dégringolât en l’instant sur le crâne.

« J’ai lu quelques uns de tes derniers billets qui commencent à circuler ça et là… »

Je pâlis d’un mauvais coup, sentant soudain grande crainte m’envahir.

« …et, vois-tu, j’y ai décelé comme… comment dirais-je ? comme une certaine nostalgie des anciennes valeurs que nous avons pourtant déboulonnées depuis longtemps… un attachement conséquent à l’idée de Nation, nous qui détestons notre pays… une évidente admiration de l’Histoire, nous qui l’avons pourtant savamment manipulée en forgeant maint savants rejets et reniements à son égard pour que tout le monde l’abjure… une reconnaissance évidente pour les soi-disant Héros passés et présents de notre Armée, bien que nous la salissions et la haïssions depuis fort longtemps, avec tout ce qui porte armure, hallebarde ou épée… aussi la glorification de la Culture, nous qui faisons tout pour l’éradiquer… également un amour invétéré pour l’Etendard, nous qui préconisons de s’en servir comme d’un torchon… bref, sans parler d’une sorte d’animosité critique que je semble percevoir envers notre « Bonne et correcte Pensance », notre divine parole à nous autres Inquisiteurs de la Maîtresse Pensée… »

Ouhlàlà, mes amis, je sentis mon sang se fige-glacer dans mes veineuses ! Le ton fielleux de ce Suppôt me donnait à frissonner ma chair de poule !

« …Euh, fige-je, l’air un peu niais et étonné grandement, avec doux et tendre sourire pour amadouer le dit Suppôt, aurais-je à ce point, sans bien sûr de sûr m’en rendre compte, dévié quelque peu de la Mauvaise Séance… euh, je veux dire de la Bien Séance Pensante, noble Sire ? »

« …Humm ! quelque peu, quelque peu, en effet, ma foi, si je puis dire, moi qui n’en ai aucune… », me répondit-il, ironique très caustique avec large sourire en lame de rasoir à découper votre serviteur séance tenante et battante.

« Il se pourrait, croyez vous, mon très noble Saigneur de Bienpensants, que j’eusse dévié, tantinet emporté par l’élan de ma belle plume d’oie… ? »

« Résolument, mon bon Alex… et il faudrait, dans l’Avenir incertain, veiller à ce que cette plume d’oie ne devienne pas celle du dindon d’une très mauvaise farce, un dindon que je pourrais envoyer se faire plumer le croupion entre les mains d’habiles rôtisseurs… »

Je restais coi, me frottant machinalament le croupion en question, l’imaginant à l’instant embroché et tournant au-dessus d’un méchant grill, caressé de grandes flammes très brûlantes dignes d’un épouvantable Enfer.
Le Suppôt prit congé de fausse aimable manière et disparut aussi soudainement qu’apparu.

« Bien le bonjour chez toi et garde-toi bien, Alex-Alex… »




Ah ! mes Frères, je rentrais sur-le-champ de l’heure à grands pas au Château et grimpais dans ma tanière le cœur battant une mauvaise chamade.

Ce Suppôt de l’Enfer de la « Bonne Pensance » m’avait menacé de mille tortures si je continuais à défendre les Ancestrales Nobles Valeurs de notre illustre Royaume !
Inutile de vous dire quelle angoisse me serrait fort mon petit cœur de Ménestrel. L’appétit me fut coupé et je tardais à m’endormir, tourne-gigotant longuement sur ma paillasse.

Lorsque je réussi à fermer enfin un œil empleuré sur ma fragile condition, je fus bientôt, Ô Seigneur, happé dans un de ces mauvais cauchemars comme on doit en faire chaque jour entre les sinistres mains de Lucifer.




Je rêvais… non, plutôt je cauchemardassais que l’on venait me sortir à coups de bottines de mon petit nid douillet et qu’on m’emmenait sans ménagement aucun à travers les rues, encadré par des sbires patibulaires, sous quolibets et huées de la vindicte populeuse et qu’on me menait dans les profondeurs insondables des cachots de l’Inquisition Bonne-Pensante.

Comment vous dire mon état second ? que je vais essayer de vous décrire le mieux du possible de ma malheureuse plume de Ménestrel. Ça ressemblait un peu à ça :


Bordel de trou pourri !
Le couloir était glauque sombre comme un vieux cul-de-basse-fosse très haut moyenâgeux. Ça traînait dans l'atmosphère un bourdon à se distordre la boyasse déjà bien ravagée par la pitance gerbante de l'avant-veille. Pouah-pouah ! ça puait tant nauséabond le fumet de moisi plein les nasaux que ça m'en décollait la cervelle de la boîte à crâne. Les murs se taillaient la malle en queue de lambeaux laissant sans dessus en dessous apparaître les briques comme le corps rougeâtre d'un animal blessé mortel par le dentier de quelque monstre préhistorico-imaginaire. Ça suintait de toutes parts une sorte de sueur d'eau fétide pas ragoûtante pour un quart de kopeck. Le sol défoncé était jonché de détritus tous genres dégueux confondus et becquetés ça et là à pleines quenottes par compères rats d'égouts dégoûtants qui pousse-poussaient de charmants petits cris aigus style donzelles faussement farouchées.
Un vrai salon raffiné de la Haute en Bourge.

Ah mes amis, qu’elle horrible horreur !

On avançait à grandes enjambées de semelles à godasses, écrasant toute cette merdouille qui craquouillait en nous irritant les tympans comme une obsédante zizique pour mœurs pas près de s'adoucir. Menottes aux pognes, j'étais de l'avant manu-militari propulsé par deux espèces de matons à la mauvaise mine presque patibulaire. Les deux grosses tronches d'enflure étaient uniformées de nippes impec coupées et marquées aux armes de leur foutu sale métier d'empêcheurs de tout faire en rond et autrement. Je leur aurais bien labouré la truffe à grands coups de rotule en leur faisant ravaler leur méchante façade tout au fond de leur larynx de lynx, tout ça après leur avoir dûment dégenté les mastiqueuses au maximum de la fracture osseuse possible. Hélas, même si ma rapide dextérité eut pu créer la totale efficace surprise, je n'aurais pas longtemps mis bout à bout les bouts bien loin, piègé que j'eusse été par moult portes-grilles très métallisées et très cadenassées de tous côtés et à tous les niveaux de cette taule infranchissable.
Bref, la perspective n'était pas d'un grand poil bandante ! Valait mieux s'éjecter des synapses toute pimpante envie de se faire la belle, histoire d'aller rejoindre la sienne.




Clac-clac, clac-clac. On s'était arrêté et mes deux matons presque patibulaires trifouillaient les serrures d'une lourdaude porte fort peu aimable. Elle s'ouvrit dans un crissement insupportable de gonds mal huilés et blang se cogna contre le mur, annonçant avec fracas ma douleur prochaine.
J'étais au seuil d'un mauvais quart d'heure qu'avait des chances d'éterniser à rallonge. Les trois coups étaient frappés et moi un peu sonné. Valait mieux déguster au maxi les quelques instants qui me restaient avant l'entrée en scène de tous les saltimbanques qui allaient jouer avec moi le drame dans lequel j'avais l'insigne honneur d'avoir décroché le premier drôle.
Je fis un pas. La pièce était sombre comme une caverne, mais je ne m'attendais pas à y trouver le Platon, ni Ali le baba et son trésor. Plutôt les quarante écorcheurs près à me dépecer tout vif, rictus à la trogne et coupe-choufleur au jarret. Pour ça, y avait pas besoin de "Sésame ouvre ton gros bide !" Je clignais des paupiettes et tentais de discerner quelles formes inquiétantes m'attendaient, tapies derrière les espèces de lanternes jaunâtres qui pour le moment me laissaient voir Que Dalle et ses cousins germains. Subitement, je fus saisi sous les poils de bras comme un handicapé de la prothèse à gambette. V'la que mes deux dogues-matons me décollaient tel un veau de notre cher plancher des vaches pour m'envoyer sur-le-champ atterrir plein cul et sans amortifesses dans un pouilleux cachot maléclairé…



Et là, mes bien-aimés Frangins, je découvris que je n’étais point seul. Non, je reconnus mes amis et connaissance de la Grande Toile Arachnéenne ! Je reconnus… mon Dieu ! oui, là, se trouvaient aussi le Sieur François, l’écriteur talentueux du grand journal de Théâtre des Opérations, et le Seigneur Stéphane, rédacteur de la belle feuille d’En Vérité, et l’éminent Gabriel de Jeune Droite, et Sir F. de St V. de Mars Attaque, et Olivier d’EGEA, et Stent de La Plume et le Sabre, maître Boizard de La Lime, et noble autre Stéphane de Theatrum Belli, et ceux d’Infoguerre, Zone militaire, Soliloque, Front Asymétrique, et SD de Pour convaincre la vérité ne peut suffire, sans oublier messire Jean de Tatamis, le dénonciateur des malfaçons et manipulateurs en tous genres, et sire Bernard de Criticus… et même, et même le Grand Joseph d’Athéna et moi, DSI, etc. ! Et d’autres encore ! Il y en avait des dizaines, des citoyens penseurs et analyseurs des subtiles mécaniques et fonctionnement pervers de notre monde qui aimaient leur beau royaume, leur Histoire et ses valeureux chevaliers, leur magnifique oriflamme et leurs nobles valeurs !

Tous enchaînés comme de pauvres chiens errants avec grosses et lourdes chaînes pesantes. Ah ! Quelle catastrophe, quelle faillite, quelle humiliation.

Ils me réconfortèrent, mais j’avais le cœur bien gros de nous savoir tous là uniquement parce que nous étions Infâme Critiqueurs de la « Bonne et Correcte Pensance » !




Nous restâmes ainsi plusieurs jours au pain sec et à l’eau croupie, incertains de notre pauvre mauvais sort.

Bientôt, au fils des jours, on vint chercher les uns et les autres pour les emmener subir parodie de procès. Et ils disparaissaient un à un, mes chers camarades, mes fidèles amis… adieu Olivier, Gabriel, François… quel cruauté mes tendres frères !

Et bientôt vint mon tour de cochon. Alors, entouré de nouveaux sbires patibulaires, je retraversais le dédale des sombres couloirs infestés de rats pour remonter à divine lumière du jour et encore des couloirs à n’en finir jamais.

Le couloir était toujours glauque-sombre comme un cul-de-basse-fosse très haut moyenâgeux et on y écrasait encore du détritus crissant plein la semelle à godasse.

J’arrivais dans une grande salle remplie ras le bord d’éminences encore plus noires que grises.
On assit mon tendre fessier sur une chaise-fauteuil plus dure que dure tandis que tous les affreux Inquisiteurs me fixaient d’une méchante prunelle.




J'étais au seuil d'un mauvais quart d'heure qu'avait des chances d'éterniser à rallonge. Les trois coups étaient frappés et moi un peu sonné. Valait mieux déguster au maxi les quelques instants qui me restaient avant l'entrée en scène de tous les saltimbanques qui allaient jouer avec moi le drame dans lequel j'avais l'insigne honneur d'avoir décroché le premier drôle.

Le trouble était surpesant, le poids des regards écrasant.

Le silence était lourdingue à risquer de le devenir. On aurait entendu trompiner une mouche sur un gros caca. J’étais encore dans le flou pas très artistique, mais j'avais la nette impression que les zouaves qui m'entouraient voulaient me faire mouiller ma culotte et la main de ma soeur avec, me laissant mariner-marner dans ce bouillon en attendant que je le boive. Il y avait de quoi se questionner quel genre de bébètes féroces me dévorasseraient bientôt tout cru dans la jolie fofosse où, par Saint Daniel priez pour moi, j'étais tombé sur le nez. Les terreurs dentues se délectaient sûrement de la situation légèrement à leur avantage. Je les devinais, se pourléchouillant la babine baveuse avant de se décider à rugir graou-graou pour déclencher la curée.

Je commençais à trouver le silence, mes agneaux, vraiment lourdaud sur les rebords des nerfs à fleur de couenne.

Un marteau s’abattit fort claquant pour ouvrir la Grande Séance.

Beugledouille ! c'était parti pour douiller. Le rideau venait de se lever. J'étais à la fois aux premières loges et sur l'avant-scène et le premier acte démarrait bourré de promesses pour la dramaturgie à venir.
Je me frottais rapide les pupilles dilatantes d'un revers de pogne menotté pour vite fait vite les habituer à la lumière de ce tzarrible décor. Vu le prix des places, il n'était pas question de perdre une demi-miette de la géante mise en scène de ce divertissement tragi-comique monté de toute pièce gracieusement pour ma bonne poire.




J’avais la queue bien basse entre les jambinettes.

Et ici, question queue, mézigue le poiscaille était ferré, pris dans la nasse. Une fois dans le bocal, les rois de l'hameçon allaient lui titiller la caudale avec doigté, lui gratouiller la pectorale et la pelvienne du bout des ongles, lui remplir à ras bord les branchies, lui écailler le nombril, lui remonter bien sec les glaouis dans les ouïes avant de le rouler dans la farine et le balourder vidé et découpé en filets menus-menus dans la poêle à friture. Je sentais d'ici le graillon lui frisotter le museau. Pour la cuisine lourdingue, ils s'y entendaient, les cuistots mareyeurs. Le client était le roi d'ec, ils savaient le caresser dans le sens de la nageoire et le mettre à table avec le bavoir en prime pour éponger les éclaboussures quand ils lui serraient un peu fort le cartilage ou lui coinçaient par inadvertance une arrête en travers du bulbe artériel. Rien que d'y penser, j'avais la sauce qui me remontait dans l'œsophage et me dégoulinait dans les barbillons. Un peu plus et j'aurais rendu l'addition à ces messieurs de la cuisson au beurre noir avant même d'avoir goûté le hors-d’œuvre.
C'était certain, pour sa déveine, mézigue le poiscaille battait de l'écaille et nageait dans une vraie merde de bonheur !

Et j’allais pas longtemps faire la queue en question.

Soudain, une voix de ténor emplit la pièce d'un récitatif aussi glacial que le tintement du glas-glas le soir au-dessus des tombes.

La voix du Grand Inquisiteur résonna menaçante.

« Vilain Alex, mauvais Ménestrel de ton infâme état de renégat, tu as osé critiquer la Correcte-Pensance et pour cela nous allons lestement et prestament te châtier ! »

J'avais l'impression de m'enfoncer les guiboles dans un sableux-mouvant marécage sans même pouvoir me racoler à la moindre branche traînante, au moindre menu nénu-phare éclairant et sauveteur. Rien de rien à perte de la vue mauvaise, alentour tout le tour.
J'étais pétrifié, semblable à une statue de sel. Y avait plus qu'à m'arroser et je me dissolvais sur place, là-posé sur ma chaise-ferraille à cul bringuebalante.

Ils discoururent tous entre eux à demi teinte de voix en faisant moult hochements têtus. Puis l’Inquisiteur en chef reprit la méchante parole




« Alex, félon Ménestrel de ton triste état, veuille ton auguste postérieur lever pour la très grande prononciation sentenciale... »

Rien à faire, ça ne bougeait pas d'un quart de musculaire affaire, nulle part sur ma carcasse que j'avais cru autrefois en fer. A croire que seul le système végétatif était encore opérationnel dans ce qui restait du tas de viande bouillu-foutu de mon zigue. Alors, en immense bonté canine, mes deux dogues, avec délicats mouvements papateux, me chopèrent encore une petite fois sous les poils de bras et me maintinrent debout, un peu avachi, telle la blette mollasse que j'avais fini par vraiment devenir.

« Pour ce méfait vilain, en vertu de notre vertueux pouvoir de la Très Correcte-Pensance, nous te condamnons, horribleux Alex, sur-le-champ de l’heure à la Capitale Peine ! »

Quel peur atroce mes amis ! Yavait même pas eu ombre d’un procès, juste dérisoire parodie et j’avais même pas pu dire un mot ou défendre ma frêle carcasse. Les dés pipés étaient joués d’avance en avance.

Vlouff !! Mes ventriculettes s'étaient sur l'instant gorge-gonflées de sang, à me faire surpétouiller entier le palpitos. Y avait gros dangereux débit que ça déformait craignos toute la robinetterie au grand risque de dévisser Sigmoïde, Tricuspide et Mitrale valvule et ma mauvaise santé avec. Je bataillais du pouls de partout dans le corps comme un régiment de tambours-major frappant la grande charge héroïque au champ de sanguin carnage.

Je me voyais allongé dans la boite à quatre planches, virevoltant-zieutant d'en haut d'au-dessus de mon moi physique avec mon moi d'éther-nité mité. Les croque-la-morbide me faisaient la totale bide-tripale-vidange du siècle et la belle toilette en croassant-lassant avant de refermer définitivement le couvercle.

Etait-ce là la seule récompense à tous les dérisoireux efforts pour avoir supporté, lutté contre toute l'ignorance des pourquoi ?, des comment ?, des où vais-je ?, d'où viens-je ?, d'où viens-je pas, Papa ?, -- la seule chose qu'est sûre c'est que j'y retourne ou que j'y part les pieds devant -- la réponse viendra-t-elle un de ces divins jours ?
Grande philosophie m'habitait soudain les lobes cervelleux, que j'en déprimais de la miséreuse salée-sale condition de l'omnivore vorace.

Jamais un seul plaisir, en vivant nous n'avons.
Quand nous sommes enfants, débiles nous vivons
Marchant à quatre pieds, et quand le second âge
Nous vient encotonner de barbe le visage,
Lors la mer des ennuis se déborde sur nous,
Qui de notre raison démanche à tous les coups
Le gouvernail, vaincu de l'onde renversée,
En diverses façons troublant notre pensée.




Je n'avais même pas entendu de grand Craaaccc !! de grand Blaoumm !! ou Fracablamm !! de Bloum-Bloum ou Youp-la-Boum !! Ce fut seulement tout seul, en grande solitude, le vide du silence, immense et lourd-lourd, incommensurable, insondable et impalpable, vidé de tout et de sens, dans tous les sens de l'insensé et du non-sens.

Je m'étais toujours demandé comment je réagirais à l'annonce prochaine de ma fin. J'avais grand philosophé sur la gigantesque question dantesque. J'avais toujours eu repoussante horreur-peur de la Morte Mort. J'avais essayé de m'habituer à l'idée qu'elle arriverait quand moi je partirai. Je m'étais poussé à la glorifier pour me rassurer. Je me forçais à me prouver qu'elle était grand bien, qu'il fallait en pleine face lui faire face et lui contempler la squelettique existence plutôt repue.
Des jours entiers, des nuits entières, j'avais donc pensé, agité ma grisâtre matière, secoué mes pédoncules cérébraux en me disant que Bella Mort nous délivre des peines de la vie de chien-chien, qu'elle est le commun sort fatal inévitable et que l'on doit en elle voir la porte d'or mordorée de l'éternelle gambaderie dans les praieries lacteuses de l'au-delà.
Mais je ne savais si le jour fatidique je saurais y glisser ma semelle avec certaine panacherie et j'avais belle peur de n'être pas à la fascinante hauteur de celui
gueulantant : "Bourreau tu montreras ma trogne au peuple..." ou du grand maréchal commandant son personnel peloton de rectification.
Pour cause, car là tout de suite, en ce moment peu glorieux, j'avais tellement les chocottes à la culotte que j'en étais devenu gros légumineux malheureux-pisseux. Ça, pour avoir philosophé, j'avais philosophé mon bon René, mais sur le terrain des cartes en mains, c'était autre paire de manches et manches mitées. Et ouais gros malin que je me disais :

Tu diras que toujours tu vois ces platoniques,
Ces philosophes pleins de propos magnifiques,
Dire bien de la mort, mais quand ils sont ja vieux,
Que leur pied tremblant est déjà sur la tombe,
Que la parole grave et sévère leur tombe,
Et commencent en vain à gémir et pleurer,
Et voudraient, s'ils pouvaient, leur trépas différer.

« Avez-vous chose ou autre à ajouter pour jouter à l’égard de votre lumineuse défense ?... », qu’il demanda le Grand Inquisichose.




J'étais pétrirectifié pour de bon. J'avais l'impression sous pression d'halluciner au ciné du cervelet raide-bourré aux hallucinogégènes champignons. Je ne pouvais même plus de plus boujoter le moindre petit viandeux morceau de mon moi-même à moi. C'était tout comme si on m'avait coupé le jus qui me reliait à la centrale électro-chose.

« Pour votre lumineuse défense... », que j'avais quand-même fini par attraper dans le cornet.
"Lumineuse...!", comme si elle était partie pour être lumineuse, ma défense...! Pourquoi pas supra-luminescente, non plus ?! Tu parles le grand Charles, elle était légèrement enfoncée, quelque peu éteinte avant même d'avoir existé, la lumineuse défense en question. C'était sûr de sûr pas les ramparts de Jéricho, y avait pas besoin de se courbaturer le mollet et de s'user les spartiates à tournicoter le tour-autour sept fois -- ou sept jours et sept nuits, j'en sais plus rien -- trompettinant à tout va un foin-foin d'enfer pour le voisinage en attendant qu'ils dégringolent. Les miens de ramparts, ils s'étaient déjà effondrés au pauvre son de la chansonnette de mon poisseux destin avant-même d'avoir été construits.

« Puisqu’il n’a rien à dire, emmenez-le donc sur l’heure se faire trucider magistralament ! », qu’il dit le Grand Chose Inquisiteur.

Et on m’emmena manu de chez militari.

Les doguy-molosses me chopèrent par les bras et m'encadrèrent. Nous avançâmes vers la porte et sortîmes de la pièce.




Le couloir était toujours glauque-sombre comme un cul-de-basse-fosse très haut moyenâgeux et on y écrasait encore du détritus crissant plein la semelle à godasse. Mais je n'ouïssais que dalle-dalle. Je regardassais droit devant mon zigue en ayant du mal à croire que bientôt ce même zigue n'existerait plus, en arrivant pas à concevoir que moi-mon zigue qui vivait dans la peau de moi-mon zigue allait valdinguer dans le néant, devenir du néant ! DU NEANT !!! C'était inconcevable et c'est bien pour ça qu'il devait y avoir quelque chose après la grande et dernière galipette, chaste hélas, celle-ci, mais qui le sait ?!
A force de percer du regard, il me semblait, au delà des murs, découvrir un horizon lointain, beau, calme et serein. Je fus soudain envahit de paix, d'une sorte de sagesse reposante et méditativante.

Si les hommes pensaient à part eux quelquefois
Qu'il nous faut tous mourir, et que même les Rois
Ne peuvent éviter de la Mort la puissance,
Ils prendraient en leur coeur un peu de patience.

Le couloir à loirs était immense à n'en plus finir et nos pas de grosses pompes résonnantaient, se renvoyant comme des baballes leurs échos cinglants et lancinants sur les pierres à voussoirs de la voûte.

Sommes nous plus divins qu'Achille ni qu'Ajax,
Qu'Alexandre ou César, qui ne se surent pas
Défendre du trépas, bien qu'ils eussent en guerre
Réduite sous leurs mains presque toute la Terre ?




J'avais pas très nette impression de cheminer et de cheminer sur une mer de ouate à coton, de décoller de toute cette pourriture détriteuse, m'en éloignant à chaque foulée sans me fouler. Je ne sentais même plus le coupe-coupant des menotteuses m'entamant le derme. Seuls, j'entendais ces mots venus d'ailleurs qui défilaient dans ma cafetière, chantant au frémissant breuvage de quelques vers qu'une voix du lointain studieux passé me souvenait.

Beaucoup ne sachant point qu'ils sont enfants de Dieu,
Pleurent avant de partir, et s'attristent, au lieu
De chanter hautement le péan de victoire,
Et pensent que la Mort soit quelque bête noire
Qui les viendra manger, et que dix mille vers
Rongeront de leur corps les os tous découverts,
Et leur test qui doit être, en un coin solitaire,
L'effroyable ornement d'un ombreux cimetaire.

Cette réflexion d'un temps de potache oublié m'apaisait, ressourçait mon énergie, ma force. Comme c'était bon d'avoir l'esprit ainsi bien compagné par l'esprit de quelque philosophière saltimbanque qui au vieil antan avait tant souffert de sentir mêmes affres douloureux.

Chétif, après la mort le corps ne sent plus rien,
En vain tu es peureux : il ne sent mal ni bien.




On arriva devant une grosse lourde grande fermée. D'un coup elle s'ouvrit de l'intérieur, découvrant lugubre pièce dans laquelle je fus poussé par mes deux attachés-attachants chiourmes-gardes.
Ouahaarrgg !! Malgré mon olympien calme, j'eus les glandouilles toutes retournées. Ma nouvelle et récente philosophiqueuse assurance flagella sur ses cannettes de serin et par grande imitation, tremblotèrent aussi les miennes : Au milieu de ladite lugubreuse pièce, y avait planté là un gros mastoc lourdaud, cagoulé vilainement comme au meilleur bon temps de la très Sainte Inquisition plein le fion. Il avait un terrific méchant air -- avec paroles-couplets-refrain sans le frein -- de très gros méchant. Derrière son abominable très minable masquard de carnaval brillaient deux prunelles globuleuses exorbitées qui ne respiraient pas, à vue première, la plus haute et subtile-raffinée des intelligences. Dans cette cauchemardesque vision d'apocalypse, on aurait cru voir toute la reptilienne misère humaine, le premier stade millénaire de l'évolution entre la bestiole et le pré-humain encore paumé dans le pré. Entre masquard-zigue et le mien, il y avait au bas mot au moins huit bons millions d'années qui nous séparaient pour papoter de la belle pluie et du beau temps de l'espèce, d'après l'échelle de sélection à grenouilles de Papy Darwin. Ça m'en labourassait à grands coups de soc l'échine à moelle de bas en haut et ça n'allait pas s'arranger.
Sur une table, y avait une maousse pétoire à barillet avec quelques grosses calibrées balouzes pour faire gros trous-trous. C'était à se demander sérieusement si ce genre de perforeuse ne servait pas à la chasse au mammouth ou au dinosaure. Fallait dire que le masquardeux cafardeux ne devait pas être, et de loin, à quelques millions d'années régressives près. Au point où il en était, il pouvait bien rebrousser le poil du calendar d'encore cent ou deux cents millions d'années pour aller se balader le cervelet reptilien comme sur écran géant panoramique chez le grand Rex Tyrannosaurus, Diplodocus, Stégosaure ou Tricératops au top de la dinosaurienne lignée. Puis, Aeurrkk, je tournais ma grosse tête de noeud pour découvrir un mur couvert de sang tout frais bien rouge, encore brillant de la vie qui s'était échappée avec lui et qui gouttait deci-delà le long des aspérités mur-murales. Beuhhh !! Je failli vomisser, chancelant et m'évanouir. Les dogues me serrèrent fortament. Je me repris, déglutissant de la salive au goût arrière-sanguin. Devant le honteux mur de la grande honte, il y avait une chaise toute claboussée-rouge, munie de lanières ou sûr de sûr, on avait du attacher serrer de pauvres pleurnicheux qu'avaient du caner à toute allure.




Cette pensée, de partir aussi lamentablement, me regonfla Dame courage. Je me redressais la grande colonnade tandis qu'on me poussait vers la chaise-trône. Je la fixmatais avec un noir dégout au goût d'égouts, comme diaboliqueux objet, toute mes prunelles dehors. On me fit debout pivoter dos au pose-cul et à la sanguinolente tache insolente.
Un vilain sbire patibulaire s'approcha. J'avais le battant qui tapait à trois cent de l'heure, les canalisations en raz de marée sanguin et le reste en éclatement de soupapes et autres siphons siphonés pour cause de typhon d'adrénaline.

« Avez-vous dernière volonté ?... qu'ec chose à jacter ?... à scribouiller ?!... »

Il fallait que je tienne le cap et la barre jusqu'au bout du bout de la ligne de mon horizon restreint. Surtout pas s'éventrer la coque de noix de l'orgueil que je trouvais encore, bien qu'éperonnée, au fond du fond de mon moi. Surtout pas craquer de la quille peureuse allant de l'étrave à l'étambot du trouillomètre, ni s'échouer sur les bancs de sables de la démission, ni arrêter d'écoper à fond de cale ce qui me restait de la fragile volonté de se battre, non plus se déchirer la frêle voilure du "tiens bon !" et laisser rompre les cordages des nerfs d'acier distendus sur les récifs et les hauts-fonds du "lache-tout" lamentable et du "j'en peux plus, j'passe la main et le pied avec, c'est l'panard." De l'Allure quoi ! il me fallait de l'Allure pour casser ma pipe comme au ciné, avec brio, comme dans les romans ou les livres d'histoirette, comme un vrai de vrai dur de dur et tatoué !

« Que ta puissance, Ô Mort, est grande et admirable !
Rien au monde par toi ne se dit perturbable.
Je te salue heureuse et profitable Mort,
Des extrêmes douleurs, médecins et conforts
Quand mon heure viendra, Déesse je te prie,
Ne me laisse longtemps languir en maladie,
Tourmenté dans un lit ; mais puisqu'il faut mourir,
Donne moi que soudain je te puisse encourir »




Tsaacc ! Ça avait jeté ! L'assistance en avait le baba cloué. J'avais élucubré ça, royal et fier à gros bras comme un tribun devant le sénat romain. Sûr, si un jour j'avais désiré terminer le vaudeville avec une ultime envolée scénico-spectaculaire, alors ça tombait bien car j'étais pas à priori parti pour claboter dans mon plumard, bien à l'horizontal, malade et souffreteux, entre deux oreillers moelleux.
C'était déjà ça. Amen.

Le bourreau s'approcha et de ses primaires prunes de nelle me scruta terrifiquement. Mais je soutins. Pouah ! qu'il était mocheteux, suinteux-graisseux, puant de l'aisselle à vaisselle, refoulant du goulot et du reste. Il tenait un bandeau dans sa chair de pogne à saucisse. Les dogues s'apprêtaient à me river une dernière der le cul du fion, mal à l'aise mon blaise, sur la chaise à lanières. On allait m'attacher, m'accrocher les membrures comme une captive bestiole.




Soudain, je ne sais pourquoi comment, je me mis à hurlurer longueusement un cri torrible d'animalien à la gonie : AAAAAHHH !!! et Chtonk ! Ma groleuse était toute seule partie et avait trouvé sur sa route bien droite tracée les roupettes de Mon Saigneur Du Bourreau, du coup sur le coup bien bourrées à ras les testiburnes mal rembourrées.
Le cagouleux se plia en deux et poussa une longue plainte venue d'ailleurs de derrière sa cagoule à goule. L'impact avait fait un drôle de bruitage de cassement de noix et pour sûr que j'avais du bien les lui casser, qu'il allait pouvoir dorénavrant laisser le casse-noix sado-maso au placard. C'était peut-être même un peu émietté, voir broyé, à lui faire coulasser l'huile de cacaburnette plein le slibar. Je senti un soufflement chaud et puissant lui sortir des naseaux tout enfumantés.
Il fulminait, l'engin, et me fixa soudain colériquement de la bille de prune en se tenant toujours -- comme les plus beaux bijoux de sa triste famille -- Mesdamoiselles De Burette et Burette à l'huile de miette. Pressentant par un sixième sens aigu la probable réaction du monstrueux cagoulé, ayant, Ô par chance grande, son gros nasal à portée du grand os et de l'apophyse unciforme, malgré mes menotteuses, je lui décochais direct un crochet en direct, directos cassos saignos le pifos en miettos aussi, que tout ça fit un bruit cartilagineux très douteux.
Du bourreau bourré-émietté-huilé-saigné émit un gazouilli curieusement précieux pour le personnage, avant de tomber à genoux comme un condamné devant le billot en faisant le gros dos. Pour une fois, ça inversait les rôles de drôles, ça devait lui changer la vie de château, au grand exécuteur des basses oeuvres. Bah, faut apprendre un peu à être du côté de la lame, pas toujours de celui du manche.




Le bourré-cagoulé s'était relevé en rassemblant ses miettes de burnes. Il me décocha une grosse baffeuse qui me renvoya le citron au point de départ. Ouille ouille aïe ! Ça bling-blinguait curieux à l'intérieur de ma boîte à caboche. Ça scintillait des étoiles à passer en grande revue toutes les constellations et galaxies de la création stellaire. Et salut la Grande Nounours, Persée, Le Lion, Bouvier, Machine pneumatique, Compas, Couronne boréale, Croix du Sud, Burin, Hydre mâle et femelle bien sûr, Microscope, Ophiucus, Réticule, Ecu de Sobieski, Tifs à Bérénice, Poiscaille volant... que je ne savais même pas que j'en connaissais autant et que j'allais pas quand même m'envoyer les quatre vingt huit à la suite !

Non. Après, je passais aux galaxies : les spirales, avec leur bulbe central et un disque plat, structuré en bras spiraux, riche en matière interstellaires et en étoiles bleues ; les spirales barrées, les lenticulaires et les elliptiques, sans oublier les irrégulières... Je fis donc une ballade dans M 31 dans Andromède, dans M 14 "Sombrero" dans la Vierge, au disque fortement obscurci par la poussière, puis dans NGC 1365 dans la constellation australe du Fourneau... j'en passe encore et bien évidemment chez nous dans notre bonne vieille Voix lactée et avec ses cent milliards d'étoiles que j'étais pas rentré au bercail !
Pour un zigue qu'adorait se barrer le cigare dans les nuées, l'agence de voyage m'avait servi bien servi pour ma galactiqueuse vadrouille vacancière, un peu tuméfiée peut être, mais tellement instructive. Et la kultur c'est si important, ach !




Bourre-cagoule se dirigea vers la table au gros-gros calibre sur-calibré. Il le prit à pleine grasses paumes et se retourna vers môa avec un air vicié de furias de pas beau taureau. Je senti le vent d'une tragique émotion me balayer l'intérieur. Je compris à l'instant combien ça devait être fouettant de devenir torréador, même en prenant garde. Cagoulard avança, déterminé, avec le gros péteux crache-balouzes. En le voyant s'amener, bien qu'assis, j'eus les gambettes coupées-sciées et l'irrésistible envie de dégueulvomir mon stomac. J'avais les zyeuteurs écarquillassés-rivés sur la pétoire grosse. Cagoule de burnes en miettes s'arrêta à deux centimétres de ma truffe truffée de gnons. Vlaoumm !! Dedans moi y avait un bruit infernal de tempête, de lames de fond, d'océan déchainé. Ça faisait un vacarme de fin du monde, probablement le mien, mon petit mien monde à mon petit mien moi. Je déglutis je ne sais quoi de saliveux-amer, accablé.

Le canon se leva, énorme, devant ma truffe tuméfiée et vint poser son gros bout glacial im-pressionnant sur mon front, bien entre les deux noeils.
Craaaccc !! Y avait un séisme. Une faille immense et sans fond s'ouvrait sous mes tremblantants petons mignons. Ça allait tout engloutir : le raz de marée sanguin, le typhon adrénalineux, les cana-lisations artérielles, les soupapes veineuses, les robinets hypogastriques, les siphons cubito-palmaires, et tout le reste et donc gober horriblement, sucer honteusement les entrailles de mon pauvre moi entier pour les renvoyer au fond de celles de la Terre.
Je marmonnais du cervelet crispé, tentant de me raccrocher à un vieux-vioc récitatif.



Adieu ma Lyre, adieu fillettes,
Jadis mes douces amourettes,
Adieu je sens venir ma fin.

Le doigt épais de Burne à cagoule releva le chien qui, telle une canine de Doberman prête à mordre, cliqueta avec un bruit abominable en faisant tourner le barichose.

Et soit que j'aille ou que je tarde
Toujours après moi je regarde
Si je verrai venir la Mort...

Aux premières loges de la scène, je regardais le maousse barillet garni de maousses baballes que j'apercentrevoyais dans les cavités barilleuses prévues justement pour les bousilleuses.

...Qui doit, ce me semble, à toute heure
Me mener là-bas, où demeure...

C'était râpé comme du fromton, les mecs. Adieu Berthe, j'avais déjà les grands panards de l'autre côté, bien devant et ça allait me faire Baoum dans les noreilles, me déchirasser les tympans-pan !

...Je ne sais quel Pluton, qui tient
Ouvert à tous venants un antre...

En même temps, ça allait être la grande bousille pas proprette. Ça allait m'éclater, me transformer la citrouille au premier coup sans attendre les douze de minuit en projectant des pépins sanglanteux partout sur le mur déjà sanglantouillant du sang de l'autre miséreux.

...Ou bien facilement on entre,
Mais d'où jamais on ne revient.

Ça allait pas être du plus beau à voir et revoir, au-revoir ! Mais au moins, du moins, j'aurais pas le temps de le voir, de regarder toute cette saloperie, de contempler mon crâne d'oeuf brouillé en marmelade, balancé dans le saladier de l'ingrate nature.
Et merde ! C'était bien fini !

Adieu, chers compagnons, adieu mes chers amis...
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble...


Et soudain, heureusament, je me réveilla enfin, en totale sueur et agitements de carcasse au bord de l’apoplexie.




Voilà-voilà mon épouvantable cauchemar, mes nobles amis !

Compatissez et comprenez à quel point je fus apeuré d’être tourmenté par les Inquisiteurs de la Grande-Pensance !

Ah mes bons amis, je vous laisse encore atteint par l’émotionnelle émotion ci-dessus rapportée et je vous dis à bientôt pour des aventures plus agréables.







Les extraits proviennent d’un roman qui s’intitule Dangereusante Liaison. C’est un polar un peu déjanté qui mixte une sorte de langue postmoderne, néologismes et jeux de mots avec des citations empruntées en grande partie à Ronsard et Du Bellay, poètes du 16ème siècle.






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Les dix commandements de la chevalerie.







I. Si on n'était pas chrétien, on ne pouvait devenir chevalier.
Le chevalier devait croire en Dieu et avoir confiance en lui.

II. Tu protégeras l'Église.
Cette règle est le cri d'armes du chevalier. Le chevalier devait servir et défendre l'Église.

III. Tu auras le respect de toutes les faiblesses et tu t'en constitueras le défenseur.
Le chevalier devait défendre tous les faibles aussi bien les prêtres, les femmes que les enfants.

IV. Tu aimeras le pays où tu es né.
Le chevalier devait aimer et protéger sa patrie

V. Tu ne reculeras pas devant l'ennemi.
Le chevalier devait être un homme brave. Mieux valait être mort que d'être appelé couard.

VI. Tu feras aux infidèles une guerre sans trêve et sans merci.
Cette règle invitait les chevaliers à combattre et haïr les païens.

VII. Tu t'acquitteras exactement de tes devoirs féodaux, s'ils ne sont pas contraires à la loi de Dieu.
Le seigneur devait protéger son vassal qui, en échange, était fidèle à son seigneur Le chevalier devait aider son seigneur lorsqu'il avait besoin d'aide.

VIII. Tu ne mentiras point et sera fidèle à la parole donnée.
Le chevalier ne devait en aucun cas mentir et le respect de la parole donnée allait aussi avec la franchise.

IX. Tu sera libéral et fera largesse à tous.
Le chevalier devait être courtois et sage pour tous. Il devait être aussi généreux.

X. Tu seras, partout et toujours, le champion du Droit et du Bien contre l'injustice et le Mal.
Le chevalier devait se faire le défenseur du Bien et le combattant du Mal.





Les Vertus de la Chevalerie



Loyauté
Le chevalier devait toujours être loyal envers ses compagnons d'armes. Que se soit pour la chasse ou pour traquer un ennemi, le chevalier devait être présent au combat jusqu'à la fin avec ses compagnons.

Prouesse
Le chevalier devait être preux et posséder une grande vigueur musculaire. La force de l'âme était aussi très importante afin de combattre les redoutables adversaires qu'il pouvait rencontrer lors de ses quêtes. Il devait les combattre pour le service de la justice et non par vengeance personnelle.

Sagesse et mesure
Le chevalier devait être sage et sensé afin d'empêcher la chevalerie de basculer dans la sauvagerie et le désordre. Le chevalier devait avoir le contrôle sur sa colère, sa haine. Il devait rester maître de lui-même en tout temps. Les échecs étaient donc de mise pour le chevalier afin d'exercer l'agilité intellectuelle et la réflexion calme.

Largesse et courtoisie
Un noble chevalier devait partager autant de richesses qu'il possédait avec amis et paysans sous son aile. Lorsqu'il se rendait à la cour, il devait faire preuve de courtoisie. Il s'efforçait de se faire aimer par sa dame en étalant devant elle toutes ses prouesses. Il devait aussi la servir fidèlement. La noblesse purifiait en quelque sorte l'âme du chevalier qui dut tuer pendant ses quêtes.

Justice
Le chevalier doit toujours choisir le droit chemin sans être encombré par des intérêts personnels. La justice par l'épée peut être horrible alors l'humilité et la pitié doit tempérer la justice du chevalier.

Défense
Un chevalier se doit de défendre son seigneur et ceux qui dépendent de lui. Il devait toujours défendre sa nation, sa famille et ceux en qui il croyait fermement et loyalement.

Courage
Un chevalier se devait de choisir le chemin le plus difficile et non le chemin guidé par ses intérêts personnels. Il doit être prêt à faire des sacrifices. Il devait être à la recherche de l'ultime vérité et de la justice adoucie par la pitié.

Foi
Un noble chevalier devait avoir foi en ses croyances et ses origines afin de garder l'espoir.
Humilité
Le chevalier ne devait pas se vanter de ses exploits, mais plutôt laisser les autres le faire pour lui. Il devait raconter les exploits des autres avant les siens afin de leur donner le renom qu'ils méritaient.

Franchise
Le chevalier devait parler le plus sincèrement possible.




















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