28/03/09

Déshonneur et Trahison

L'Arène et le Théâtre
Scène 9









Bonjour mes Nobles amies et amis…

Vous connaissez maintenant votre Ménestrel préféré et vous savez combien je suis « un AAAAArtiste cool dans l’âme », comme on dirait aujourd’hui pour avoir l’air branché !









Mais ne vous y fiez pas. Je suis parfois aussi le Gladiateur en colère ainsi que je vous l’ai déjà prouvé.








Aujourd’hui, je vais donc à nouveau vous montrer les manifestations de cette colère.

Tous mes amis de la blogsphère spécialistes de Défense et de Stratégie ne peuvent avoir oublié l’épisode de Paris Match interviewant les Talibans responsables de l’Embuscade d’Uzbin en Afghanistan le 18 août 2008.

Il fut un temps, hélas révolu, une telle chose aurait été impossible et aucun journal n’aurait fait ce qui aurait été appelé de la Trahison envers son pays, de la Collaboration avec l’ennemi et un Outrage envers la mémoire et le sacrifice ultime de nos Soldats !






La rage vous prend parfois aux tripes devant l’impuissance que vous ressentez dans cette société médiocre et sans honneur.

On se demande quoi faire pour exprimer sa peine et sa reconnaissance aux Soldats de la République qui défendent nos valeurs dans l’indifférence générale (ou presque) d’une population égoïste, aveugle et déconnectée de certaines réalités du monde et devant la manipulation ou le silence criminel d’un milieu médiatique aux ordres volontaires du « politiquement correct » et de la « bien-pensance ».

Bref, je ne vais pas faire de grand discours car ce sont des sujets où, j’avoue, que la légendaire maîtrise de mes émotions a tendance à s’émousser quelque peu…

Je vous livre donc la lettre que j’ai envoyée à Paris Match à l’époque et qui, a elle seule, éclaire suffisamment mes sentiments ou plutôt, dirai-je, mon ressentiment et mon courroux.





***************








Mesdames et Messieurs,
journalistes, rédacteurs ou reporters de Paris Match,







J'ai beaucoup appris et avec passion la réalité douloureuse du monde en feuilletant inlassablement les vieux Paris Match des années 60 durant mes jeunes années.
Les rétrospectives remarquables et illustrées des deux Guerres mondiales, le Vietnam, la Guerre des Six jours, le Biafra et j'en passe... Certaines de ces images sont restées à jamais gravées dans ma mémoire : le souvenir d'un grand magazine de reportage piloté par des hommes extraordinaires et qui pouvait prétendre égaler Life.

Le monde a changé, vous aussi, et durant les années 70 vous avez perdu cette magie qui était la vôtre en devenant un « canard » de seconde ou de troisième zone pour « people » et public en mal de faits divers.
C'est ainsi, le monde ne s'améliore pas et vous suivez logiquement la courbe descendante. Soit.

Mais ce que vous venez de faire à propos de nos soldats morts en Afghanistan est ignoble et abject, et j'espère que vous en répondrez un jour d'une manière ou d'une autre devant les hommes ou devant d'autres instances.

Je suis un vrai républicain et je déteste les extrêmes. Mais je doute aujourd'hui de cette démocratie sans garde-fous qui torpille en permanence ses propres libertés et ses valeurs, celles conquises au fil des siècles au prix du sang de vrais héros aspirant à de nobles idéaux pour les générations à venir.

Aujourd'hui vous trahissez votre héritage et vos valeureux ancêtres en devenant complices d'idéologies totalitaires dont les militants sont des êtres vils indignes de l'humanité, des reîtres et des soudards moyenâgeux, des fanatiques archaïques qui n'ont rien à envier aux SS et qui martyrisent leur propre peuple.

Les choses, au départ les plus nobles, poussées jusqu'à l'absurde, peuvent aussi, hélas, accoucher de dérives dangereuses et suicidaires pour une civilisation. Ne pas faire n'importe quoi s'appelle la Clairvoyance, l'Ethique et la Responsabilité, la Fidélité à ses valeurs, l’Honneur et le Courage.

Je suis sûr qu'individuellement et collectivement, vous prétendez défendre ces libertés, à commencer par celle de la presse. Mais par ce genre de comportement écœurant vous les avilissez et les affaiblissez chaque jour un peu plus. Vous ne vous conduisez pas comme les dignes petits-fils de ceux qui ont donné leur vie afin que vous viviez en paix et dans une égalité de droits, mais comme des vautours voyeuristes uniquement préoccupés par le profit que vous rapportent vos ignominies.

C'est bien dans l'air du temps, celui d'une société qui à force de reniement et de relativisme moral en arrive à s'offrir en victime expiatoire à ses futurs bourreaux.
En un autre temps, vous auriez été des munichois, des vichystes et des pétainistes, pour ne pas dire des miliciens, des collaborateurs fascistes, staliniens ou nazis.

En ne condamnant pas des criminels, en ne célébrant pas, en n'honorant pas, en ne défendant pas la mémoire vos soldats devant de la Nation entière, de Nos Soldats morts en luttant contre la barbarie, vous les jeter en pâture une seconde fois au milieu des bêtes sauvages dont vous êtes aujourd’hui les « idiots utiles » ainsi que ceux d’un sinistre avenir.

Si vous rechercher la Paix dans le déshonneur, vous n’aurez toujours que la Guerre ET le Déshonneur.

Je ne vous salue pas

Pascal Delaunay
















***************









***************





Poème - 2




Il semblerait que ce poème soit l’œuvre d’un certain Armand Sylvestre, plus connu pour sa poésie grivoise et érotique qui fit scandale à l’époque.

Je l’avais enregistré sur le net au nom de cet auteur, mais n’arrivant pas à trouver plus amples informations à son sujet, il se peut qu’il y ait une erreur que vous me pardonnerez.

Quoi qu’il en soit, ces quelques vers lyriques aux accents hugoliens méritaient d’être cités.









***************






Ceux que l'amour du bien, jusqu'à la Mort amène,
Et dont le sacrifice a dicté le trépas,
Sont l'éternel honneur de la famille humaine
Et fécondent le sol où se posent leurs pas.

Dressant, pour l'avenir, la moisson de l'exemple,
De l'idéal, à tous, ils montrent le chemin,
Et dans notre mémoire ils méritent un temple,
Ces héros d'hier qui seront héros demain.

Dans l'ombre et le silence où notre esprit s'effare,
Vers les buts inconnus par les flots ballottés,
Leur nom jette à nos cœurs sa virile fanfare
Et, dans nos yeux éteints, rallume une clarté.

C'est le devoir qu'il montre et le Devoir qu'il crie.
-Debout, fils de la France, à l'appel des clairons !
Ces soldats de la paix meurent pour la patrie
Comme ceux dont la gloire a couronné les fronts.







Leur combat est sans trêve et leur champ de bataille
Est partout où le Mal deviendrait le plus fort,
C'est à leur seul courage et non pas à leur taille,
Que leur cœur généreux mesura son effort.

O les Martyrs obscurs qui, plus haut que la vie,
Ont mis le rêve amer et doux du dévouement,
Qui marquent de leur sang, sur la route suivie,
La place où de l'honneur germera le ferment !

O les nobles vaincus de la lutte éternelle
Où chacun d'eux, de tous, a payé la rançon,
Et qu'une mort sublime a couché sous son aile
Comme le moissonneur lassé sur la moisson !

O vous, les dignes fils de la terre sacrée,
Où les fils sont jaloux du renom des aïeux,
Enfants dont les enfants, dans la longue durée
Des temps, raconteront le trépas glorieux !

Salut ! Voici le jour de la sainte revanche
Que vous gardaient la France et notre souvenir,
Où l'Immortalité, sur votre pierre, penche
L'ombre du vert laurier où vos noms vont s'unir.

O frères qu'avez fait le même rêve auguste
De se donner pour tous, sans compter, ni savoir,
Salut dompteurs du Mal et défenseurs du Juste,
Salut, Soldats du Droit! Victime du Devoir.


Armand SILVESTRE 19 Juin 1895 (sous réserve)








***************



21/03/09

Décomposition ou la Solitude absolue...

L'Arène et le Théâtre
Scène 8






« Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi »



Ah mes amis, les Ménestrels, comme les Artistes ont un terrible défaut, puisqu’ils sont aussi des artistes : ils aiment se montrer et parler d’eux, de ce qu’ils font, ils sont bourrés d’orgueil et de prétention et pourtant ils ne cessent de dénoncer l’arrogance des autres !
L’apparence de la modestie dissimule parfois des jeux bien inavouables !

Et votre Serviteur n’échappe pas à la règle : il veut aussi être aimé et admiré pour les qualités qu’il possède (ou croit posséder !) et adore les montrer à tous vents sous vos yeux qu’il espère émerveillés !

Mais au moins, à la différence de beaucoup d’autres, j’en suis conscient, je suis lucide sur ma propre nature, les travers de ma personnalité, mes fausses modesties, mes pseudo-qualités de « philosophe » et de « sage » que je ne suis pas, mon exhibitionnisme et mon impudeur, mes prétentions insupportables ; alors je les accepte et j’essaie d’en rire avec un peu de recul et d’humour en vous faisant partager mes contradictions et tout de même quelques moments d’authentique sincérité !
Tout Ménestrel que je suis, je n’en suis pas moins un homme !

C’est vrai mes nobles spectateurs, j’aime jouer devant vous pour mon plaisir et le vôtre.

Ainsi vont les créatures tourmentées, fantasques et facétieuses qui s’agitent dans l’Arène et sur la scène ce grand Théâtre de Fous !






Sur mon Site perso, dans Quelques mots sur moi, que j’avais commencé bien avant ce blog, mais qui, pour des raisons techniques n’est pas achevé, j’avais écrit deux biographies illustrées dans lesquelles, à la fin, je parle de la difficulté d’être ce que l’on appelle « un artiste ».
Ce qui n’est pas nouveau ; si au temps de Molière ou de Mozart ce n’était guère possible sans l’appui d’un aristocratique mécène, du Roi ou de l’Empereur lui-même, aujourd’hui ça ne l’est pas vraiment plus pour des raisons à la fois totalement différentes et très semblables.

En effet, à présent, la société s’est « tellement négativement démocratisée » à certains points de vues, que « tout le monde et n’importe qui » peut devenir artiste, même ceux qui n’en sont pas, n’ont rien fait pour cela, n’ont rien à dire et n’ont absolument aucun talent, et ceux-ci peuvent atteindre par le biais des médias un statut de quasi demi-dieux. De plus il faut « être à la mode » et « entrer dans certaines cases » et si vous ou votre travail échappent à cela, c’est mission presque impossible.
Et je ne disserterai pas sur la dimension « quasi politique » qu’il convient de respecter afin d’être « viable » dans la « noble famille » : je veux parler de la « Bien-pensance » et du « Politiquement correct »…

Jadis, les artistes devaient être géniaux et pourtant, la plupart d’entre eux n’étaient considérés que comme des laquais, surtout les comédiens.

La chose qui demeure immuable, c’est le féodalisme du système ; il a changé de visage et de forme, il fait semblant d’être « ouvert », mais si vous voulez entrer dans le milieu sans en faire partie au départ, votre statut ne sera pas très différent, toute proportion gardée, de celui d’un paysan du Moyen-âge. La toute puissance des « nouveaux Duc et Marquis » y règne en maître avec la médiocrité ambiante qui va avec, et votre destin est toujours soumis à une bonne relation, un coup de chance ou une humeur.

Tant que vous n’êtes pas reconnu publiquement un minimum pour une bonne ou mauvaise raison, vous pouvez faire les plus belles choses du monde, ça n’intéresse personne, à part vos amis !






Je reproduis ici ce que j’ai écrit sur mon Site à l’intention des jeunes artistes, en sachant qu’expliquer sa propre expérience ne peut remplacer celle que l’on se fait par soi-même.

Lorsque l’on est jeune, celle des « anciens » nous intéresse rarement, on fonce et parfois heureusement que l’on ne saisit pas à quel point la montagne est haute, sinon, il est probable que l’on n’envisagerait jamais de l’escalader.

Mais il peut être intéressant de s’informer de certains parcours afin de prendre conscience des difficultés et peut-être d’éviter quelques erreurs majeures, même si l’inconscience et l’arrogance naturelle de la jeunesse tiennent rarement compte de la raison…
…Et croyez-moi, là-dessus, je n’ai de leçons à donner à personne parce que j’ai fait comme tout le monde, c’est juste un témoignage.

Ah, si l’Expérience pouvait se transmettre de manière héréditaire, le monde atteindrait des sommets !

Mais on peut tout de même essayer d’être un « modèle positif » pour les jeunes (au sens girardien du terme) et leur donner quelques exemples de volonté, d’obstination et de sacrifice pour atteindre ses objectifs, « modèles » dont notre société, hélas, ne fait pas beaucoup la promotion…




***************



J’ai vu beaucoup d’artistes brisés par l’adversité et les désillusions ; d’autres sacrifier leur vie affective et matérielle pour leur idéal avec un courage et une obstination que d’aucun qualifierait d’obsession dangereuse. Certains ne peuvent jamais se résigner et l’histoire des arts témoigne de ces destins prisonniers d’eux-mêmes au-delà de toute raison avec des conséquences souvent pathétiques.

Pour un artiste, quelque soit sa discipline, la non-reconnaissance de ce qu’il est et de ce qu’il fait est douloureuse et entraîne de multiples conséquences négatives. Il se sent humilié et dévalorisé, il passe pour un « doux rêveur » courant après un « songe de lui-même » inaccessible, un looser, on doute de son réel talent, même s’il est évident qu’il en a, puisque personne ne veut de lui « dans le métier ».

L’échec d’une seule personne rejaillit inévitablement sur les autres.
Pour ceux qui ne sont pas habités des mêmes rêves, de tels sacrifices peuvent paraître dérisoires, et, au fur et à mesure des années, il leur est parfois difficile de supporter la souffrance et la dureté d’un tel parcours.
C’est un miroir douloureux pouvant provoquer des peurs incontrôlées et de violents rejets lorsqu’il s’agit de quelqu’un de leur entourage.

Pour ne parler que des plus célèbres, l’Histoire de l’Art est riche de Van Gogh, de Kafka, d’Eric Satie ou de Mozart devenus fous ou ayant terminé abandonnés de tous et dans la misère alors qu’à présent leurs œuvres sont consacrées dans le monde entier et pour les peintres valent des fortunes considérables.






Il n’y a aucune égalité dans la vie ; personne ne bénéficie des mêmes chances et qualités de départ. C’est un hasard féroce et injuste contre lequel il ne sert à rien de se révolter frontalement et stérilement ; chacun doit essayer de contourner les obstacles avec ses propres armes en essayant de ne pas trop se tromper sur ses réelles capacités.

Vouloir devenir un authentique artiste se mérite et se paie cher dans sa vie personnelle, au-delà de tout ce dont les médias nous abreuvent à travers le miroir déformant d’exemples de réussites formatées, rapides et flamboyantes qui ne reflètent qu’une infime partie de ce qui existe vraiment. Chacun doit arriver à trouver ce qui lui convient le mieux et s’y tenir, quels que soient les obstacles, en sachant qu’il faudra peut-être de nombreuses années avant de parvenir à ses fins.







Il n’est pas facile de se faire reconnaître dans sa singularité ; le travail et la volonté peuvent devenir des handicaps majeurs si on n’a pas la chance d’être au bon endroit au bon moment et avec les bonnes personnes.

Suivant un curieux paradoxe, plus on en fait, plus on se donne les moyens de parvenir à ce que l’on veut et plus on dérange ; on fait peur, on est décalé, exclu et mal compris. Il y a des cases et des normes à respecter, des limites à ne point franchir, des moules dans lesquels il faut se fondre au risque de se retrouver isolé. Il faut parfois des années pour arriver à comprendre les fonctionnements d’un milieu extrêmement complexe où rien n’est jamais simple ni acquis. Dans tous les cas il faut plier l’échine à tout moment et ravaler son orgueil.

Pour « réussir », il faut passer par un moule que certains sont incapables de s’approprier, que d’autres refusent obstinément d’intégrer comme les « Derniers Mohicans » d’un peuple en voie de disparition.






Lorsque l’on réussit assez jeune on ne se pose pas certaines questions simplement parce que « ça fonctionne ». On pénètre dans un monde fastueux sans en connaître les dessous, la partie immergée de l’iceberg. Ceux qui ont cette chance ont bien souvent une vision complètement déformée de la réalité, au point de croire que ce qui leur arrive est « parfaitement normal ».

Ceux-là imaginent facilement qu’il ne pouvait en être autrement, et que c’est une conséquence logique de ce qu’ils sont. Mais ils se trompent.
A cause de cette réussite qui les aveugle, ils sont rarement capables de décrypter les mécanismes sournois et pervers de la vie, la face obscure de l’existence, celle qui apporte la lucidité et conséquemment parfois la désespérance : car l’un ne va pas sans l’autre et il faut alors d’autant plus de force et de courage pour repartir avec enthousiasme sur le « champ de bataille », à l’assaut de sa propre existence.

La prise de conscience est douloureuse lorsque la vie les oblige parfois cruellement à redescendre du piédestal sur lequel ils se croyaient durablement installés.

J’ai beaucoup appris de mes échecs, d’une inévitable naïveté, d’une méconnaissance d’un milieu qui m’était au départ totalement étranger et d’une perpétuelle réflexion sur le « pourquoi » des mécanismes de la nature humaine.

Etre un artiste ou un « combattant de l’existence » en général, demande ce que l’on appelle aujourd’hui de la Résilience, c'est-à-dire une capacité à supporter et endurer les épreuves, à les accepter, les « faire siennes », les « digérer », à puiser et entretenir au fond de soi la volonté de tenir, coûte que coûte, puis enfin à rebondir, à reprendre foi et espoir et repartir de l’avant en étant devenu plus fort pour affronter la prochaine épreuve comme si à chaque fois c’était la première.

Hélas, l'éducation des enfants étant aujourd'hui sur-protectrice et toujours prête à satisfaire leurs désirs insatiables, les parents ne se rendent pas compte qu'en croyant les protéger du monde sans leur apprendre une nécessaire endurance et frustration, ils les condamnent au contraire à une fragilité redoutable.

Je pense que les épreuves sont la meilleure chose qui puisse arriver à des apprentis artistes - ou dans n’importe quel autre domaine – pour apprendre « à faire face » et acquérir cette force nécessaire à la poursuite de sa voie. Une réussite plus tardive étant en général - garante d’un minimum de lucidité et de clairvoyance.





Il était donc logique que pour moi l’écriture devienne un refuge de l’âme pour tenter de comprendre l’inexplicable, exorciser mes hantises, survivre à la part obscure et irrationnelle de l’existence ; l’un des seuls moyens d’expression ou l’aboutissement de l’œuvre en tant que telle ne dépend pas de toute une infrastructure industrielle, logistique, humaine et financière, comme un film par exemple. Même si le livre n’est pas publié, au moins l’œuvre existe, entière et définitive.
Pour certains, le besoin d’écrire est un cri, une manière de se rebeller contre l’inéluctable en entretenant ses forces et sa foi à travers sa créativité. C’est aussi un moyen d’aider ceux qui cherchent à s’accomplir en devenant un modèle combatif à travers lequel on peut transmettre du courage, des certitudes et de l’espoir.

La lucidité, la clairvoyance, le temps qui passe et la fatigue des épreuves peuvent devenir insidieusement les pires ennemis de la création, de la combativité et de l’enthousiasme des commencements. Il faut s'accrocher et, hélas, au-delà des beaux discours et des belles envolées lyriques, seuls les plus endurants et les plus forts pourront tenir la distance, parce que la vie est ainsi faite et qu’il faut s’y battre avec rage pour parvenir à y faire sa place.
Mais là n’est-il pas aussi toute la beauté de l’entreprise ?
Quelle fierté, qu’elle joie que d’arriver à quelque chose lorsque l’on a tenu envers et contre tout et tous ! C’est une vraie guerre quotidienne dans laquelle on peut être heureux d’avoir remporté de petites et de grandes victoires, d’être un survivant, d’en être sorti vivant, tellement plus vivant…






La « réussite » et « l’échec » sont des concepts très relatifs – par rapport à qui ? à quoi ? – et une juste mesure entre la modestie et la valorisation de son ego est un équilibre difficile à trouver. Essayer de rester soi-même, relativisé le besoin « mimétique » de réussite et continuer le chemin de sa création malgré les déboires est en soi la plus grande des victoires.

Mais encore une fois, pour comprendre cela, peut-être faut-il un peu d’expérience et d’humilité. Celles-ci s’acquièrent dans l’Epreuve, toujours et dans sa capacité à la surmonter, à gérer l’Echec et à rebondir « malgré l’échec ».

Il n’y a que l’adversité qui nous révèle les fondements de notre nature en espérant ne pas trop se trahir, ne pas décevoir ceux qui nous aiment et ne pas se mystifier soi-même…

A travers le personnage d’Antonio, scénariste solitaire aux prises avec les fonctionnements d’un milieu artistique quasi-féodal aux antipodes de sa personnalité, Décomposition relate certains aspects de mon expérience dans le spectacle et aborde des questions, des contradictions et des paradoxes souvent inextricables où planent les ombres du Désert des Tartares et de Martin Eden, celles du soldat et de l’artiste.




***************



Antonio, ou les incessants questionnements de l’Existence






Malheureux sont Ceux qui connaissent la Fortune que leur apportent la Naissance ou la Providence et qui, aveugles, croient être légitimement « élus » et « bénis » des Dieux pour les qualités qu’ils sont si sûrs de posséder.
Heureux sont Ceux qui connaissent l’Infortune et la Malchance leur ouvrant les yeux sur la Vérité du Monde, car…

«…dès que nous naissons, nous pleurons d’être venus sur ce grand théâtre de fous » (Shakespeare, Le Roi Lear)






Ces quelques mots sont en exergue du livre. Vous reconnaitrez la seconde partie de la citation figurant en haut de ce blog : « Long et difficile est le chemin…. »

Il y a en effet des correspondances entre Décomposition et Ménestrel et Gladiateur ; ce que je fais appartient à un ensemble, une unité qui m’est propre et particulière, aux facettes multiples et interdépendantes : il y a toujours une partie du Ménestrel ou du Gladiateur quelque part, en moi ou dans mon travail. Même ma vie privée n’échappe pas vraiment à cette règle.

Car l’Esprit du Soldat n’est-il pas partout omniprésent ? Tout n’est-il pas quelque part stratégie, tactique et adversité ? La « métaphore militaire » se retrouve à tous les stades de notre existence, dans chaque chose que l’on fait, que l’on vit.
Même s’il est mal vu de le dire, la réalité n’en demeure pas moins ce qu’elle est.

En son temps, Choderlos de Laclos, écrivain et d’ailleurs officier militaire, l’a prouvé à travers la séduction et la conquête d’une femme dans Les liaisons dangereuses.
L’existence est combat permanent, que ce soit professionnellement, artistiquement, affectivement ou amoureusement et chaque jour est une arène ou l’on se doit d’être un bon Gladiateur pour survivre…. Dans le meilleur des cas nous pouvons être un Spartiate ou un Samouraï, une différence notoire et subtile, ainsi que je l’explique dans la Présentation de Ménestrel et Gladiateur.

Antonio Vladi fait partie de ces « soldats de fortune », courageux et intrépides, valeureux et volontaires, mais à qui le destin n’offre rien sur un plateau.
Antonio est un Gladiateur solitaire, un soldat de la vie, un artiste et un citoyen. Oui, il me ressemble par bien des côtés. On dit que les écrivains ne font jamais que se raconter eux-mêmes à travers leur création, fût-elle totalement transcendée dans la fiction ; c’est vrai.

Je suis Antonio, Antonio est une partie de moi, mais je ne suis pas non plus totalement Antonio. Il est la projection de certaines de mes peurs, de mes angoisses, de mes craintes poussées, exprimées jusqu’à leur point ultime.

Donc un artiste est fatalement aussi un Gladiateur et un Soldat…







Décomposition fut écrit il y a dix ans dans sa première version. A l’époque je travaillais avec un de mes amis réalisateur, Lorenzo, sur un projet de film pour un « petit producteur » sans envergure qui doutait de lui, ne savait pas ce qu’il voulait et changeait de point de vue au rythme des retours de lectures qu’il sollicitait. Et comme à chaque fois un lecteur donne un avis contraire au précédent en vertu de ce qu’il comprend ou non à travers le miroir tordu de sa propre psychologie et perception tronquée du monde, vous imaginer ce que ça donne quand le producteur a une personnalité influençable !

Il y eut pour ce scénario au moins huit versions différentes – sans compter les réécritures à l’intérieur de chacune -- de l’histoire de base, si différentes qu’elles en devinrent d’autres films à part entière.

Mon ami Lorenzo subissait de telles pressions, de telles humiliations – insidieuses ou plus conséquentes – que j’en étais malade. C’est aussi une forme de harcèlement moral que la toute puissance du producteur, surtout lorsqu’il est incohérent et frustré. Evidemment tout ceci pour pas un rond selon la formule qui dit : « …il y en a 500 derrière la porte, alors si ce n’est pas toi ça en sera un autre ! ».

Bref, j’entrerai dans les détails un autre jour, car Décomposition est bourré d’exemples d’humiliations de langage ou de comportements qui ne sont hélas en rien, elles, une fiction.

A l’époque, j’écrivis donc Décomposition comme un cri, pour purger, transcender, exorciser ce travail aliénant qui m’atteignait dans mon moral et dans ma chair et plus encore à cause de ce que subissait mon ami Lorenzo.

Décomposition fut donc aussi une « vengeance intellectuelle » délectable.





Il y a deux ans, j’ai décidé de reprendre Décomposition. J’ai passé un an et demi environ 6 heures pas jour à le corriger, l’améliorer et l’enrichir sans pour autant changer le récit de base qui était parfaitement viable.

Hormis l’histoire proprement dite d’Antonio, le livre expose de nombreuses références militaires et historiques ; Camerone, Trafalgar, Waterloo, Austerlitz ou la Bérézina à travers l’Expiation de Victor Hugo, les batailles de la Première ou de la Seconde Guerre mondiale, la Révolution française, Napoléon et les Maréchaux de l’Empire ; des héros tels Alan Seeger, le poète de Rendez-vous avec la mort, Dimitri Amilakvari ou André Zirnheld… mais aussi Giordano Bruno ou les 300 Spartiates du Roi Léonidas…

Il y a aussi beaucoup d’allusions littéraires, théâtrales et philosophiques ; à Stephan Zweig, Shakespeare (Hamlet), Bossuet (Le Sermon sur la Mort), Pascal, H.G. Wells, Corneille, De Gaulle ou Churchill, Huxley, Aragon, Cendrars, Javier Cercas ; à certains passages bibliques… encore d’autres et bien sûr à Dino Buzzati puisque Décomposition est une « sorte de Désert des Tartares » qui lui rend hommage et à Jack London, puisque Martin Eden est un des personnages central du roman…

Car si Antonio est un artiste aimant la beauté de l’Art et la culture, c’est aussi un homme passionné d’histoire, concerné par l’avenir de son pays et de l’Humanité.






Nombreux sont ici les lecteurs fidèles qui ont maintenant bien compris l’ambivalence et la complémentarité de ma démarche : être un artiste n’empêche pas d’être un citoyen engagé qui défend des valeurs, qui honore son pays et ses appartenances, un « soldat » qui fait partie de la « Cité », l’enrichie de ses compétences, du « modèle » qu’il incarne et qui défend « cette Cité », au sens Grec du terme.






Dans la présentation de Décomposition, j’ai fais un résumé du livre qui est aussi celui présenté aux éditeurs :


« Antonio, jeune homme solitaire et décalé, coupé d’une famille hostile à sa vocation, est un scénariste talentueux et acharné ne vivant que pour une reconnaissance qui lui résiste depuis des années. Tourmenté par l’avenir des hommes, la complexité et les paradoxes de la nature humaine, Antonio se vit comme un soldat héroïque, le Spartiate d’un autre temps épris d’idéal et de sens, défendant des valeurs oubliées sur les remparts d’une forteresse en ruine.

Un jour, suite à l’envoi d’un de ses scénarios à la plus illustre des maisons de production, il est convié à un rendez-vous avec le grand patron en personne qui règne en démiurge sur le Septième Art.

Croyant miraculeusement la réussite à portée de main, il s’aperçoit qu’il est victime d’un cruel et pathétique coup du sort. Décidé à exploité malgré tout cette incroyable rencontre, abdiquant tout orgueil, il obtient de travailler sur un projet de film relatant les premières amours du producteur avec une jeune fille qui semble le hanter.

L’antre de tous les rêves va bientôt se transformer en celui de tous les cauchemars. Antonio découvre que la réalité n’est qu’un décor de théâtre et que la pièce qui se joue en coulisse n’est pas celle que l’on voit sur la scène : l’humanité, le talent et le mérite sont reléguées au fond des oubliettes d’un royaume de médiocrité dirigé par des pantins sans âmes, vaniteux et cupides.

C’est une Féodalité moderne, avec la toute puissance du monarque et de ses princes, la servilité de courtisans arrivistes et sans scrupules, où jeux de pouvoir sadiques, mensonges et servitude, sont le lot de tous les « serfs » ne faisant pas partie de cette « Cour » où les seuls critères de hiérarchie et d’appartenance sont l’indice de célébrité, la naissance et les relations.

Julietta sera-t-elle la muse qui le sauvera de cette descente aux enfers, de cette quête mystique le conduisant vers une destinée infernale ?

Cette « décomposition », il l’incarne physiquement et moralement, de manière onirique, mais c’est aussi, à travers son douloureux destin, celle de la société qui l’entoure et de l’humanité emportée dans une course effrénée vers l’Abîme où le Salut semble n’appartenir qu’à l’Au-delà. »






Vous voyez, nous sommes encore et toujours dans l’Arène des Gladiateurs et sur la scène du Théâtre, dans les affres de notre solitude et de la violence du monde, en quête d’hypothétiques espérances nous aidant à vivre ou à survivre, d’un peu de lumière sur cette humanité obscure en perdition…






Au-delà de l’histoire personnelle d’Antonio, quels sont les thèmes de Décomposition ?


D’abord, il faut savoir que si tous les personnages du roman portent des noms italiens, c’est uniquement en hommage à Dino Buzzati qui fut une des révélations majeures de mon existence et que je dois à l’un de mes enseignants : Jacques Burel, professeur de dessin et peintre, aujourd’hui décédé. Le roman est donc censé se passer en Italie, mais aucune ville particulière n’y ait mentionnée car ça n’a pas d’importance pour l’histoire qui est en quelque sorte intemporelle et pourrait se dérouler n’importe où ailleurs et probablement à n’importe quel moment du 20ème siècle ou du début du 21ème.

En partant de la vie et des épreuves quotidiennes d’un scénariste solitaire et marginal vivant dans une mansarde à l’écart de tout, le roman va petit à petit évoluer vers une fresque à l’échelle du monde à travers les réflexions existentielles d’Antonio, stimulées par son isolement et le spectre permanent de ses échecs.

Car le Destin d’Antonio est une métaphore de celui de l’Humanité.

C’est un livre sur toutes les solitudes : la solitude d’une quête artistique quasi-mythologique, du manque cruel de l’amitié, de l’amour d’une femme, de la reconnaissance artistique et sociale, la solitude face au temps qui passe, à la maladie, à la mort, à l’échec, aux rapports de forces, aux humiliations, à la méchanceté et à l’ingratitude, à la manipulation et au mensonge.
La solitude face à toutes les violences, les petites et les grandes, la solitude face à la désespérance d’un monde qui malgré son génie semble être incapable de changer et vouloir s’abandonner à un véritable tourbillon apocalyptique.
Antonio ne cesse de regarder et questionner l’existence, de se questionner lui-même à travers les « pourquoi » sans réponses de l’insignifiante Condition humaine, cherchant dans le rêve, dans sa création et dans un hypothétique Au-delà le seul salut à portée de sa main.





Ainsi, Martin Eden, l’écrivain solitaire du roman de Jack London devient son meilleur ami, son meilleur soutien. En relisant régulièrement le livre, il puise dans les épreuves de cet alter ego, étrangement similaires aux siennes un siècle plus tôt (voir l'extrait), le courage d’affronter son quotidien difficile et il s’imagine retrouver le jeune marin apprenti écrivain dans le San Francisco et l’Oakland de la fin du 19ème siècle ; là ils se lisent leurs œuvres en haut du Mont Tamalpais « pour conjurer le silence », ou se remontent le moral dans les tavernes du port.

Ses autres soutiens, il les puise dans l’Art, dans la littérature et la musique, dans l’Histoire militaire, dans les batailles d’un autre âge, dans un héroïsme qui n’existe plus et dont personne ne veut plus, dans la célébration du passé héroïque d’une civilisation qui a décidé de se renier, d’abandonner ses plus nobles conquêtes et ses valeurs au nom d’une repentance suicidaire, qui salit la mémoire des héros qui sont mort pour apporter la liberté à des enfants gâtés ingrats, égoïstes, lâches et cupides qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont en train de pavé leur Enfer et celui de leurs enfants.

Et perché sur le « monticule de la désespérance » Antonio observe cette faillite culturelle, intellectuelle et humaine « en redoutant la fin du monde » et de la civilisation.

Antonio est un patriote, il aime son pays, son drapeau, mais il aime aussi la France et son histoire glorieuse, et en un autre temps, il aurait rêvé de devenir Légionnaire, pour appartenir à la grande famille des soldats étrangers ayant défendu la Patrie de la Liberté.

« Dans cette quête artistique qui dépassait les frontières, Antonio se sentait pareil à ces soldats venus de « partout et nulle part », engagés volontaire dans cette Légion Etrangère, cette famille bien particulière, afin de se battre sous le même drapeau, au nom de la même cause et du même idéal commun. En ce sens, il s’identifiait à ces « légionnaires », bâtisseurs et aventuriers, guerriers anonymes devenus citoyens de la République de France comme il était devenu citoyen de la République des Poètes « …non par le sang reçu, mais par le sang versé ».

Antonio est profondément républicain et c’est une sorte de « patriote universel » défendant les valeurs qui font grandir l’Humanité.





Mais le quotidien d’Antonio, c’est la Carabini Production, l’énorme maison de production, l’omnipotente machine à fabriquer du rêve dans un milieu du cinéma d’une médiocrité sans nom.

C’est Sergio Carabini, le Maître des lieux aussi rustre que vulgaire, parfois pathétique et attendrissant, toujours imprévisible dans ses humeurs, avec une légèreté dont on ne sait jamais si elle est pure inconscience ou machiavélique manipulation.

C’est aussi Giovanni Ferruzio, le réalisateur à la mode, une caricature de « politiquement correct », de petit bourgeois parvenu pseudo révolutionnaire, en fait capitaliste invétéré dans l’âme, un « artiste » sans consistance ne sachant que parler de lui-même, donneur de leçon et tyran redoutable faisant alterner humiliations et fourberies.

C’est Gina Vanina, la belle secrétaire, l’intermédiaire incontournable, froide comme la banquise, aussi soumise à son patron qu’elle est impitoyable avec ceux qui sont en bas de l’échelle de ce merveilleux « meilleur des mondes cinématographique » qui attise toutes les envies et les fantasmes.

Mais heureusement, il y a Tibério, le jeune officier de Marine à l’antipode du monde superficiel et désespérant de la Carabini Production, ce brillant marin promu à un bel avenir, le digne héritier des héros de l’Histoire, le « dernier rempart de l’inconséquence » qui défend encore les valeurs de la République.

Et puis, il y Julietta, la muse, la fée apparue par miracle, encore naïve et pure dont Antonio tombe follement amoureux ; il essaiera de l’aider à réaliser ses rêves de jeune comédienne, à défaut de pouvoir réaliser les siens… mais pourra-t-elle rester cette créature virginale dans un monde peuplé de vautours sans scrupules ?

Mais bientôt, surgit cette « étrange maladie » qui prend possession du corps d’Antonio… une maladie que personne ne comprend, pas même le professeur Bonno, ce grand médecin cultivé et humaniste qui va tenter de découvrir l’origine de ce mal inconnu semblant venir de nulle part…





Décomposition aborde donc, à travers les réflexions constantes du personnage sur la vie en générale et la sienne en particulier, nombre de thèmes abordés qui recoupent ceux dont nous discutons régulièrement, sur la société, la guerre, la civilisation, le passé ou l’avenir du monde.
Alors de temps en temps, je mettrais les extraits qui correspondront aux sujets exposés.

Antonio réfléchissant constamment sur la violence du monde et les rivalités humaines dont il a une cruelle expérience, il n’est donc pas étonnant que dans le livre on retrouve la Théorie girardienne exposée dans l’esprit du roman.

Puisque vous la connaissez maintenant, il est naturel que pour le premier extrait du livre, je vous la livre en premier sous la forme dans laquelle elle est exposée dans Décomposition.

















***************




Décomposition - Extrait 1

Décomposition et l’allusion
à la Théorie girardienne





« La Civilisation s’était bien des fois égarée dans les méandres de sa propre barbarie, mais n’avait-elle pas aussi forgé des instruments lui permettant d’en comprendre les racines et de la circonscrire ? Aujourd’hui elle ne voulait plus savoir d’où elle détenait ce talent unique : de l’origine même de sa Spiritualité.
Antonio avait découvert l’importance anthropologique des religions. Depuis longtemps, au-delà de ses croyances personnelles, il ne faisait plus la confusion entre les fondements et les dérives. Il savait que depuis l’aube des temps les sociétés humaines étaient structurellement fondées sur le religieux. Lui seul, grâce aux interdits et aux rites, limitait la violence des rivalités individuelles menaçant en permanence de faire basculer les communautés dans une spirale meurtrière irréversible. Unique rempart inconscient et originel disponible, il assurait la survie du groupe ; en protégeant contre elle-même la simple tribu ou la plus remarquable des civilisations, il autorisait l’accouchement de leur culture et de leur identité, assurait leur pérennité.
Aujourd’hui, on faisait semblant de croire qu’on était sorti du religieux en se cachant que les grandes idéologies modernes avaient refondé de nouvelles religions aussi sacrificielles et archaïques que leurs sœurs aînées de quelques siècles ou millénaires. Néanmoins, les sociétés modernes les plus antireligieuses continuaient de fabriquer malgré elles du religieux à la pelle de manière dégradée à travers de nouveaux rites et de nouvelles institutions qui ne le disaient pas mais en assumaient la fonction. Les stades remplis à craquer où l’on acclamait les joutes sportives et leurs héros, les salles de concert rassemblant une foule d’adorateurs hystériques s’enivrant de musique tonitruante et célébrant leurs artistes, ne symbolisaient-ils pas les temples et les lieux de cultes des récentes divinités ? L’individualisme lui-même ne devenait-il pas le nouveau dieu à adorer ? La machine médiatique ne produisait-elle pas à longueur d’années une pelletée de « victimes-idoles » aussi sûrement que la Préhistoire, l’Antiquité ou le Moyen-Age fabriquaient leurs boucs émissaires ? – à travers cette fonction ambivalente, dans un premier temps ces victimes innocentes canalisaient et cristallisaient sur elles les maux de la communauté et grâce à leur exécution la libéraient du déchaînement autodestructeur de sa barbarie généralisée ; dans un deuxième temps, suite à cette catharsis meurtrière et apaisante, en ramenant la paix et le calme, elles se transformaient alors en la multitude des dieux qui peuplaient les mythes antiques. Plus on prétendait s’éloigner du religieux et plus il revenait en force. Tous cherchaient la vraie Transcendance dont ils étaient privés à travers l’ivresse passagère des fausses transcendances. Les « espaces sacrificiels virtuels » des sociétés modernes suffiraient-ils à en contenir les débordements ?

« Qu’ils apprennent au moins quelle est la religion qu’ils combattent, avant de la combattre. » »






Certains n’acceptaient pas que le Judéo-christianisme, qu’il nommait la « religion du diable », ait été la seule -- en travaillant patiemment les consciences depuis des siècles avec son message universel -- à permettre aux hommes de déchiffrer les mécanismes inconscients de leurs violences et de leurs persécutions. En luttant contre la « Pensée Magique », en cessant de croire à « la chasse aux sorcières », elle conduisait sur le chemin de la Rationalité et de la Pensée scientifique. Mais beaucoup préféraient la domination des « certitudes » orientées et ressassées mécaniquement ; ils ne savaient pas et ne voulaient pas savoir que le discours humaniste dont ils se sentaient si fier, ils le devaient à cette pensée religieuse qui commençait à substituer plus de trois mille ans auparavant le droit des victimes à la toute-puissance ancestrale des bourreaux : en déchirant le voile qui protégeait la répétition infernale du sacrifice humain, en éclairant de sa lumière des agissements que les hommes reproduisaient aveuglément depuis la nuit des temps, elle poussait leur conscience à saisir petit à petit « ce qu’ils faisaient » et envisageait des horizons moins barbares. C’était le seul « système » ayant mis un terme à la production des dieux issus des victimes innocentes sacrifiées par les foules persécutrices au nom de n’importe quelle mauvaise raison.
Les idéologues tentaient de dissimuler le mécanisme sacrificiel et victimaire de « leurs religions », se forgeant des alibis et des excuses afin qu’elles puissent continuer de fonctionner à l’image de celles d’autrefois. Sous couvert de sauvegarde des libertés, de la veuve et de l’orphelin, les plus « antifascistes » ne se révélaient donc pas les moins « totalitaires », ni les derniers à défendre leurs intérêts avec la même soif de pouvoir que leurs opposants déclarés. Ils se débrouillaient seulement en faisant croire habilement le contraire ; puisque c’était devenu à la mode grâce à la pensée chrétienne, les nouveaux bourreaux avaient trouvé l’astuce : passer pour les victimes qu’ils n’étaient pas ; ils se servaient seulement de la liberté dans le but de la détruire. En rejetant toujours plus violemment depuis des siècles cette religion dont les fondements s’élevaient comme seul rempart contre le « Crime originel », ils persistaient à perpétrer le leur. Bien entendu, cela n’intéressait pas ces « nouveaux apôtres » persuadés de changer une fois de plus le cours de l’Histoire. »
(Chapitre 35)







« Qui ou quoi aurait assez d'emprise et conjurerait le mauvais sort ? Aucun philosophe ou sage, aucune philosophie ou sagesse ne réussissait jamais à amener l’Humanité à la raison.

« Est-ce que nous autres intellectuels, avons, ici ou ailleurs, la moindre influence, la moindre action modératrice sur cette débandade de foules éperdues que nous appelons le cours de l’Histoire ? »

Pire encore : en démystifiant, en révélant soudain les mécanismes cachés du sacrifice et du meurtre fondateur, en détruisant l’ignorance et la superstition indispensable aux religions archaïques afin d’évacuer leur violence collective à travers les boucs émissaires, le Christianisme ne condamnait-il pas les hommes incapables d’assumer une telle « Révélation » et privés de garde-fous à être plus que jamais victimes de l’imitation sans fin de leurs rivalités ? Le Christ avait-il surestimé la capacité des hommes à atteindre l’Age Adulte ? C’était la seule religion qui avait prévu son propre échec… Les humains ne renonceraient pas à leur férocité ni à leurs passions dévorantes ; était-ce au moment où l’on commençait à saisir le sens profond du Message évangélique que la brutalité se dévoilerait être la seule loi, la seule logique pouvant exister ici-bas ? Terrible Paradoxe ! La Marche de l’Histoire remontait insidieusement vers ses origines archaïques tout en étant à présent dépourvue des fortifications du religieux qui la protégeaient autrefois de l’emballement terrifiant de la violence communautaire : démasqués, les mécanismes sacrificiels dénoncés par la « Révélation évangélique » ne pouvaient plus à présent remplir leur office originel. Le début et la fin des Temps se rejoindraient-ils en achevant un cercle diabolique qui conduirait dans un gouffre ? Les hommes se passeraient-ils enfin de sacrifices où organiseraient-ils leur propre perte ?
Les « Créatures de Dieu » aspiraient à combler le « Silence de Dieu » en recherchant inlassablement une violence antique -- une proximité avec les dieux – qui dorénavant privée de fonctionnement sacrificiel ne pouvait que les mener à la destruction ; alors que seule la Sainteté christique débarrassée de l’imitation violente et des « mauvais modèles » conduisait à déjouer toute rivalité, à une relation – une imitation -- positive entre les hommes, à conserver une saine distance, une identification intelligente entre eux et avec le divin : la réconciliation, la Présence de Dieu – ni trop loin, ni trop près -- contre sa mortelle proximité qui déclenche la furie de tous les carnages. Point de salut sans ce retrait, sinon toujours plus de victimes pour toujours moins d’effet.

« La violence ne fondait plus rien du tout. La violence qui fabriquait autrefois du sacré ne produisait maintenant plus rien qu’elle-même »…

« C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité ; tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne peuvent que la relever d’avantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus. »






Plus la Vérité éclatait au grand jour, et plus la Violence s’exaspérait d’être mise à nu dans l’intime profondeur de ses rouages les plus machiavéliques. Chacun était contaminé par les mêmes effets et participait à cette grande Folie, mais personne ne l’admettrait jamais ; c’était toujours la faute « d’un Autre », il y avait inlassablement « Quelqu’un à qui en vouloir ». Mais les hommes ne pouvaient plus accuser les dieux de leur propre violence et la Révélation leur montrait qu’ils en étaient les seuls responsables. Ils avaient cru en la Raison comme dans une nouvelle divinité mais elle n’avait servi qu’à leur cacher une fois de plus la Réalité de « l’irrationnel » qui sous-tendait les activités humaines. Un jour viendrait peut-être – hélas -- où, à l’issue de cette pathétique bataille sans lendemain, aucun héros ne serait même plus là pour dire : « …et le combat cessa faute de combattants »
Le genre humain s’achevait-il dans l’attente de son Jugement Dernier ? Si les Saintes Ecritures venues de « l’Extérieur » lui avaient offert la clef de l’Elévation, le Grand Prophète qui avait accepté sur lui le déchaînement de la violence pour la faire sortir en pleine lumière reviendrait-il une seconde fois ou lassé, abandonnerait-il à leur triste destin ces créatures sauvages et bornées ? Son « retour » signifierait peut-être simplement la disparition de Tout… »
(Chapitre 35)







***************



Voilà, vous connaissez maintenant René Girard à travers Décomposition.

Nous retrouverons plus tard les aventures et les réflexions d’Antonio au gré de nos pérégrinations.


Bien à vous, mes nobles amies et amis.















***************



15/03/09

Maisons d'édition



Voici donc pour Décomposition la liste des dix premiers refus sur dix mois d’une liste que j’imagine encore longue.

Je vous tiendrai au courant de cette aventure pittoresque chaque fois que mon destin artistique aura l’obligeance de m’avertir de ses sinueux détours.

Vous ne savez jamais si votre manuscrit est lu ou non. Il n’y a pas de retour de lecture, probablement pour la bonne raison qu’il n’est jamais lu, au mieux parcouru et souvent sélectionné d’après la lettre d’intention que vous joignez avec le texte.
Ça donne en effet une idée du thème, à savoir s’il entre dans la ligne éditoriale, si c’est commercial, d’actualité, à la mode, quel type de public ça intéressera….
Bref, première sélection à vue d’œil, au feeling…

Quelle est la personne qui s’occupe de ce tri ? Quelqu’un spécialiste de littérature, un vague étudiant en quelque chose, un ou une stagiaire de ceci ou cela ? Impossible de savoir… et probablement que personne d’autre ne le regarde.

Pour qu’il soit dupliqué en plusieurs exemplaires et arrive en comité de lecture où il sera lu par plusieurs personnes qui finalement voteront – donc là non plus rien n’est acquis --, vous dépendez de cette seule personne qui décide du sort de ce que vous avez peut-être mis plusieurs années à écrire et qui représente une part importante de votre vie !

Parfois, comme je l’indique il m’est revenu au bout d’une semaine ; je doute qu’on lise entièrement et convenablement Décomposition en une semaine, ou alors il faudrait y passer plusieurs heures par jour.







Bien sûr, lorsque vous écouter parlez les éditeurs, comme au salon du livre récemment, ils jurent lire jusqu’au bout -- tout en disant que 98% de ce qu’ils reçoivent n’est pas lisible et ne tient pas 3 pages ! --, et qu’ils ne peuvent passer à côté d’un manuscrit vraiment valable.
Ah bon ! Pourtant, l’histoire de l’édition est riche de grands auteurs passés à la postérité, ayant été refusés à leur début par de nombreuses maisons d’édition censées aussi à l’époque ne rien rater ! Et parmi les plus connus, certains publiaient à compte d’auteur.

Ce n’est parfois qu’après plusieurs livres ayant été refusés qu’un écrivain finit par être édité, et curieusement, ceux qui lui avait été précédemment refusés sont acceptés après… et peut-être parfois par les mêmes maisons d’éditions qui préalablement n'en voulaient pas…
Imaginez que vous vous fassiez connaître médiatiquement pour autre chose que votre livre et soudain, comme par magie, celui deviendra « étrangement » beaucoup plus facilement publiable… ou « banquable », si on est un peu cynique… et réaliste !

Lorsque vous entendez certains critiques professionnels, ça fait froid dans le dos et on se dit qu’il faut peut-être mieux mettre tout à la poubelle immédiatement ! On a vraiment l’impression qu’ils sont la parole de dieu en matière de jugement littéraire en se demandant quelles qualités extraordinaires possèdent les écrivains qui entrent dans leurs bonnes grâces alors que tous les autres sont de pitoyables scribouilleurs.

J’ai toujours un peu de mal à considérer positivement la psychologie des gens qui passent leur temps à juger les autres avec parfois une agressivité évidente et un mépris redoutable.
On me rétorquera que ça compense le passage de brosse à reluire que pratiquent a contrario certains confrères souvent par copinage ou pour des raisons commerciales, certes.
Tout cela est extrêmement subjectif.

Je sais ce que vous allez dire : lorsqu’on son manuscrit n’est pas retenu, on a tendance à crier à l’injustice, à l’artiste maudit au talent incompris et dire que les autres se trompent et sont nuls.

Pourtant, il existe des romans publiés qui passent totalement inaperçu et dont les auteurs ne bénéficient d’aucune promotion. Il m’est arrivé d’en lire et de les trouver bien meilleurs que ceux d’auteurs « reconnus ». Et je suppose que c’est inévitablement le cas pour des livres dont personne ne voudra jamais.





Si je prends mon exemple personnel, Le Grillage, mon premier livre, bénéficia d’un heureux concours de circonstance et fut publié dans une toute petite maison d’édition qui n’a pas les moyens de s’occuper de ses auteurs. A moins d’un certain nombre de ventes, un livre n’est pas mis dans les rayons des libraires. Ce n’est que par Internet en ayant la chance extrême d’être référencé sur Fnac et Amazon, puis ensuite ailleurs, que j’ai pu en vendre un certain nombre.
J’ai eu spontanément de très bonnes critiques sur ces sites par des lecteurs lamba qui le connaissaient grâce au blog qu’une amie avait spécialement ouvert pour cela.
Quelle chance me direz-vous d’avoir de si nobles et généreuses amies !
C’est vrai, je ne boude pas mon plaisir !

Et Joseph Vebret, un écrivain-éditeur qui par hasard est venu sur le site de cette amie en avait fait une critique élogieuse sur son propre blog, la première et la seule d’une personne du métier à ce jour !
Il y eu aussi une interview sur un site littéraire très bien fait : Fleur d’Encre
Ce qui prouve que les choses sont bien plus complexes qu’on ne le dit…

Et évidemment, personne ne l’avouera jamais, mais si vous avez des « amis » bien placés dans le milieu de l’édition, votre manuscrit n’ira pas sur la même « pile » que les autres… mais ça, il ne faut pas le dire : Chut !

C’est la loterie, le hasard, de tomber au bon moment sur la bonne personne, mais tout n’est-il pas ainsi dans la vie !



***************


Premier refus


Editions Héloïse d’Ormesson – 4 juillet 2008



« Monsieur,
Apres une lecture attentive, nous avons malheureusement décidé de ne pas retenir votre manuscrit Décomposition, qui ne rentre pas dans notre ligne éditoriale. Nous publions moins de dix livres français par an, ce qui restreint fortement nos choix.
Nous vous souhaitons meilleure chance auprès d’autres éditeurs »

Ainsi soit-il !



***************

Second refus


Editions Bernard Grasset – 3 novembre 2008



« Monsieur,
Le manuscrit que vous nous avez adressé a été lu avec attention. Il nous a semblé qu’il ne correspondait pas à nos choix éditoriaux. Nous ne somme donc pas en mesure de publier votre texte.
Nous le regrettons. Recevez, Monsieur, l’assurance de notre considération »

Pour la petite histoire, sachez qu’il a été renvoyé au bout de 8 jours, je doute qu’il ait été lu par qui que se soit !

Ainsi soit-il !



***************


Troisième refus


Editions du Seuil – 1er décembre 2008


« Monsieur,
Nous avons bien reçu votre manuscrit, Décomposition, et nous vous remercions d’avoir songé aux Editions du Seuil. Nous l’avons attentivement étudié et il ne nous a malheureusement pas paru possible de le retenir pour publication. En effet, après lecture, il nous a semblé que nous n’étions pas l’éditeur le plus à même de le publier.
Nous vous prions de croire, Monsieur, à nos regrets ainsi qu’à l’assurance de nos sentiments les meilleurs »

Ainsi soit-il !




***************


Quatrième refus


Editions Gallimard – 16 décembre


« Monsieur,
Vous avez bien voulu nous soumettre votre manuscrit « DECOMPOSITION ». Nos lecteurs en ont pris connaissance avec attention.
L’avis qu’ils ont rendu n’est malheureusement pas favorable et il ne nous sera donc pas possible de retenir cet ouvrage pour nos prochains programmes.
Nous vous exprimons notre regret et vous prions de croire, Monsieur, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs »

Ainsi soit-il !




***************


Cinquième refus


Editions Robert Laffont Nil Julliard Seghers – 24 décembre


« Monsieur,
Votre manuscrit a été examiné avec attention par notre comité de lecture mais il ne nous paraît pas entrer dans le cadre de nos collections et nous ne pouvons donc en envisager la publication.
En vous remerciant de nous avoir soumis votre texte.
Nous vous prions de croire, Monsieur, en l’assurance de nos sentiments les meilleurs »

Pour le réveillon, c’est très joli cadeau de Noël

Ainsi soit-il !




***************


Sixième refus

Editions Stock – 10 janvier


« Monsieur,
Nous avons lu avec intérêt votre manuscrit intitulé :

Décomposition

Malheureusement, il n’a pas convaincu un nombre suffisant de nos conseillers littéraires, nous ne pouvons donc pas l’accueillir dans l’une de nos collections.
En vous remerciant toutefois de votre confiance, et vous souhaitant le meilleur pour votre manuscrit chez l’un de nos confrères, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs »

Ainsi soit-il !




***************


Septième refus


Editions du Rocher – Le Serpent à Plumes – Motifs – 16 janvier


« Monsieur,
Nous vous remercions d’avoir bien voulu soumettre à notre attention votre manuscrit :

décomposition

Celui-ci n’a malheureusement pas fait l’unanimité au sein de notre Comité de lecture. Nous avons le regret de vous annoncer que nous ne pouvons envisager de le publier.
Nous avons été sensibles à l’intérêt que vous portez à notre maison et vous prions de croire, Monsieur, en l’expression de nos sentiments les meilleurs. »

Ainsi soit-il !




***************


Huitième refus


Editions Plon – 17 janvier


Concerne : Décomposition

« Monsieur,
Nous avons bien reçu votre manuscrit et vous remercions d’avoir pensé à PLON.
Malheureusement, votre texte, en dépit de sa qualité, ne correspond pas à la ligne éditoriale actuelle de notre maison ; nous sommes donc au regret de ne pouvoir en envisager la publication.
En espérant qu’un autre éditeur pourra accueillir votre travail, veuillez croire, Monsieur, à nos salutations les meilleures »

Renvoyé au bout de 10 jours ! Remarquez que pour une foi, il y a marqué dans la lettre « en dépit de sa qualité »… ce qui nous incite bien entendu à croire qu’ils l’ont lu avec une « extrême attention ! Malin…

Ainsi soit-il !




***************


Neuvième refus


Editions Arthème Fayard – 11 Mars



« Cher Monsieur,
Je vous remercie de nous avoir fait parvenir votre ouvrage intitulé :

Décomposition

Malgré son intérêt, ce texte ne nous paraît malheureusement pas pouvoir entrer dans notre programme de publication à venir.
En vous souhaitant de trouver rapidement un éditeur enthousiaste, je vous prie de croire, Cher monsieur à l’assurance de mes sentiments distingués.

Service des manuscrits »

Ainsi soit-il !




***************


Dixième refus !


Editions P.O.L – 12 mars


« Monsieur,
Nous vous remercions de nous avoir communiqué votre roman intitulé Décomposition.
Malheureusement, notre production étant très réduite, nos choix en sont d’autant plus restrictifs. Ainsi nous a-t-il semblé que votre livre ne correspondait pas à ce que nous recherchons pour nos collections.
Avec nos regrets, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses »

Ainsi soit-il !




***************


Au moins, j'aurais déjà fait parmi les 9 ou 10 plus grandes maisons d'édition sur la place de Paris !



Ah ! mes amis, Long et difficile est le chemin qui des Ténèbres conduit vers la Lumière, car il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du Gladiateur… et du Ménestrel !








***************



Tableau - 2

Pour terminer sur une note belle et positive, comme je l’ai fait l’autre jour, je vous propose aujourd’hui le tableau d’un peintre que j’aime particulièrement : Turner.






(Le Téméraire remorqué vers son dernier mouillage)
-1838-



Le Téméraire combattit le Redoutable à la Bataille de Trafalgar en 1805.

Le Capitaine Lucas commandait le Redoutable, 74 canons ; malgré son gabarit inférieur, il réussit à coller bord à bord le Victory et à prendre l’avantage. (Le Victory, vaisseau de ligne de 1ère classe avait trois ponts et 104 canons).
L’amiral Nelson, qui refusait de se protéger, fut mortellement touché par un tireur français posté dans une hune. Au moment où les unités françaises s’apprêtaient à monter à l’abordage du navire amiral anglais, le Téméraire arrivant sur tribord, les balaya à bout portant avec ses canons en provoquant un massacre. Pris entre les feux croisés du Victory et du Téméraire, le Redoutable sombra rapidement.

Si le Capitaine Lucas n’avait pas manqué de chance et s’était emparé du Victory de Nelson, l’issue de Trafalgar eut-elle été différente ? Et le déroulement de l’Histoire, la grande, aurait-il été le même ?

A bientôt, mes Nobles amis



***************



12/03/09

René Girard Résumé et Premières Questions et Réflexions

Les Coulisses de l’Arène
et du Théâtre







A travers le long résumé de la Théorie girardienne qu’apprenons-nous en substance ?

Pour évoluer de l’animal à l’homme, en passant par tous les stades du pré-humain, il a fallu que la nature nous donne quelque chose de plus qu’aux autres animaux : une « capacité mimétique » (capacité à imiter) non limitée par la nature pour pouvoir accéder à un « apprentissage constant », donc à l’évolution de l’Humanité.
Cette qualité s’est probablement développée sur des millions d’années à travers différentes « espèces » et « sous-espèces » avec plus ou moins de réussite suivant les cas et le potentiel des « individus » en présence. Il s’est certainement opéré comme d’habitude une « sélection darwinienne » qui a éliminé les moins « doués » ou les « moins aptes » à s’en servir. On ne peut pas connaître les détails qui se perdent dans la Nuit des temps sans avoir laissé de traces.






Il a fallu aussi le « bon animal » de base avec les « bonnes caractéristiques physiques ». La forme humanoïde étant la meilleure : être capable de se redresser, marcher sur ses pieds et surtout se servir de ses mains pour fabriquer des outils et pouvoir « travailler », « modifier » son environnement, agir sur lui. On imagine en effet mal le faire avec des sabots… (mais peut-être aurait-on pu avoir quatre jambes, ou quatre bras et vingt doigts, des différences notoires, mais non éliminatoires en vertu de la possibilité de changer l’environnement)

Est-ce le pur fruit du hasard, du climat, de la géographie qui nous a fait nous relever ? Sinon serions-nous restés à l’état animal ? Nous serions-nous spécialisés sans possibilité d’évolution ? Aurait-on disparu parce que trop fragiles ? Le fait est que la spécialité de l’homme est de ne pas en avoir, ce qui le rend au départ vulnérable, mais lui permet de devenir adaptable à toutes les situations en développant son cerveau et son intelligence, d’abord de façon pratique, tout simplement aiguillé par la survie quotidienne.

Il y eut donc un excellent candidat à un moment donné et l’impénétrable intelligence de la Nature s’est mise à l’œuvre.
A travers cette Capacité mimétique, l'homme étant un Etre de désir, il va imiter ses semblables entrant en compétitions avec ses congénères : Son Désir va imiter le Désir des autres pour obtenir les objets que les autres possèdent et accéder à ce qu'ils sont sans jamais arriver à satisfaire ses frustrations qui immédiatement s'orienteront vers un autre désir.




Première question :


Cette Capacité mimétique a-t-elle permis le développement conjoint du « Désir » ? Ou est-ce au contraire une plus forte Capacité au Désir qui a permis plus de « mimétisme ». Ces deux qualités sont-elles indissociables depuis le départ ? Complémentaires l’une de l’autre comme deux « jumeaux » nés au même moment ?

Le fait est que l’imitation et le désir vont de pair puisque le mimétisme permet au Désir « d’imiter le désir » de l’autre. Mais il faut logiquement que le Désir existe afin qu’il puisse imiter.





Donc, sautons les millénaires et arrivons à l’Homo-sapiens, à la version la plus aboutie qui deviendra « l’Homme moderne », mais restons à l’époque préhistorique et archaïque.

Cet « homme moderne » se constitue en groupes, en tribus en fonction d’un « instinct grégaire », un instinct qui, probablement comme chez la plupart des animaux, le pousse à se rassembler en meute pour survivre au sein d’une nature épouvantablement violente, hostile ; les hommes ne font que « subir » sans comprendre ce qui les entoure. Ils constatent seulement et s’adaptent avec l’expérience.

Il est logique de penser qu’il existe une part totalement instinctive et prédéterminée, « génétique », « acquise », pour satisfaire, chez nous comme chez tous les animaux, les besoins primaires indispensables à la survie et qu’ensuite vient se greffer ou se rajouter, se développer « le plus » qui va faire la différence avec l’animal.





Mais voilà, maintenant que les « hommes » peuvent s’imiter les uns les autres en une compétition permanente leur permettant d’évoluer, de désirer les mêmes objets et entrer en « rivalité » à cause d’eux, ils imitent donc aussi leur violence et la violence, comme le reste, est inféodée au Mécanisme mimétique.

Les hommes ne sont plus uniquement soumis, à l’instar du genre animal, à des codes de dominations préétablis qui empêchent de passer au stade de la vengeance. (mais ils perpétuent tout de même ces codes de domination par la sélection des plus forts et des hiérarchies à l’intérieur du groupe pour des raisons de survie – et encore aujourd’hui de manière plus ou moins dégradée suivant les contextes).
Lorsque deux animaux se battent ensemble pour des femelles ou la domination du clan, même si l’un d’eux se fait tué par l’autre, aucun autre animal, fût-il son frère, ne va décider de le venger pour l’honneur ou autre chose et tous acceptent le nouveau chef comme quelque chose de normal.

Donc, si deux hommes se battent et que l’un tue l’autre, la vengeance va se déchaîner par l’intermédiaire des liens familiaux ou claniques : il y a fatalement un frère qui va vouloir venger son frère ou son ami, celui qui est proche, en tuant le meurtrier de celui-ci et donc encore un autre frère qui voudra venger cette deuxième personne assassinée et ainsi de suite. La violence se répand « mimétiquement » comme une trainée de poudre, une « maladie contagieuse » à travers toute la communauté et se transforme en violence de « Tous contre Tous » sans rien pour pouvoir l’arrêter.

Les « distances » entre les individus, produites par des règles en vigueur, donc les « différences » hiérarchiques et sociales qui distinguent chaque membre et lui accordent une place bien définie sont « dynamitées », si l’on peut dire, pour employer un anachronisme. Les individus « se rapprochent » et lorsqu’il n’y a plus cette barrière invisible et tacite de l’Ordre social, les rivalités contenues par cet Ordre s’exaspèrent et se transforment en violence pure.




La Nature étant « intelligente », elle fait bien les choses : elle donne à l’homme un formidable moyen de se développer : le Mécanisme mimétique couplé au Désir ; mais ce mécanisme devenant par son extrême puissance et son efficacité une « maladie mortelle », elle trouve une parade, un remède qui va pouvoir conserver les capacités de ce Mécanisme mimétique nécessaire à l’évolution tout en permettant de le contrôler, au moins ponctuellement afin que la communauté ne s’extermine pas et puisse perdurer.
Ce moyen, c’est de pouvoir détourner cette violence de « Tous contre tous », la faire converger sur « autre chose », sur une « seule chose », sur un seul individu : apparaît alors un nouveau mécanisme, le Mécanisme de « Bouc émissaire ».
Ce mécanisme va pousser la communauté à désigner une victime qui va incarner à elle seule les raisons de la violence de cette société.




A un moment donné, sans qu’on sache pourquoi ni comment, de manière fortuite et totalement arbitraire, « quelqu’un », « plusieurs » vont désigner un coupable, en vertu d’une « broutille », d’une « différence » ridicule, d’une « particularité » quelconque que porte un de leur membre, et cette « accusation », elle-même encore une fois dépendante de ce « terrible mécanisme mimétique », va se répandre dans la communauté à une vitesse vertigineuse.
Résultat, en s’imitant encore une fois les uns les autres, tout le monde va instinctivement « tomber d’accord » pour dire que « c’est celui-ci qui est coupable de la violence déclenchée » et tous vont se précipiter sur lui et le sacrifier. Toute la violence communautaire va, à travers ce principe, pouvoir expurger la totalité de sa fureur sur cette victime en fait totalement innocente de ce qu’on lui reproche. Une sorte de « catharsis », d’expulsion sanglante.

La Violence de « Tous contre tous » se transforme alors en violence de « Tous contre Un ».

Le Mécanisme de Bouc émissaire est donc une tendance naturelle préprogrammée à désigner autrui comme responsable. Et c’est ça qui sauve la communauté de l’emballement meurtrier de la violence collective.




Il suffit d’écouter les enfants quand on les accuse de quelque chose ou qu’on leur demande qui à commencé, c’est toujours l’autre. Et pas seulement les enfants !

Une fois que la victime accusée de tous les maux est sacrifiée, elle va être déifiée et sacralisée (parce que maintenant elle représente la paix retrouvée) dans une sorte délire hallucinatoire, de transe collective, de défouloir totalement incontrôlable de tous les membres.
La victime crée du Sacré, une Transcendance extérieure qui va permettre de rétablir l’Ordre social, les différences, les hiérarchies, les règles qui redonnent une identité aux individus, donc ces « distances » dissoutes par la violence généralisée. Un Ordre qui semble à présent « venir d’en haut », d’une « puissance supérieure à l’homme », une puissance à laquelle tous acceptent de se plier parce qu’elle est terrifiante.

Ce « divin » est purement humain. Ce n’est que la perception affolée des hommes au moment du Sacrifice qui lui accorde ce caractère divin.

Et la paix retrouvée ne provient que d’un pic de « violence orientée » qui permet de mettre un terme à la « violence désorientée ». C’est toujours la violence qui contre la violence et ramène une paix momentanée.




Malheureusement, le Mécanisme mimétique possède une telle puissance, que le Sacrifice en lui-même est trop ponctuel pour conserver la paix, il ne suffit pas.

On va à présent établir des Rites sacrificiels qui vont reproduire ce premier Sacrifice qui à permis à la société de survivre. Car fatalement au départ, c’est arrivé une Première fois et c’est comme ça que les hommes ont su que ça fonctionnait.
Donc ils vont « imiter » ce premier meurtre collectif et le refaire périodiquement à l’identique.
On peut imaginer qui si cette Première fois du Sacrifice était spontanée, les fois suivantes, celui-ci va être mis en scène de manière parfois subtile et différemment suivant les communautés. On va choisir des victimes à tuer en fonctions de règles bien précises et organiser toute une « mise en scène théâtrale » de l’exécution.

Toutes nos fêtes actuelles descendent donc des fêtes et repas sacrificiels qui précédaient le sacrifice des victimes « offertes aux Dieux », à la Première victime devenue un Dieu grâce à l’ambivalence, à la double fonction du Mécanisme de Bouc émissaire.




Deuxième question :


Avant cette première fois, ce premier dérèglement violent qui dissout les différences culturelles, quelles règles régissent la communauté puisqu’elles ne découlent pas encore du Sacrifice ?
Il faut probablement imaginer, comme on l’évoquait plus haut, que les premiers groupes de pré-humains sont toujours régis par des codes de dominations proches de ceux des animaux qui assurent donc cette « distance ». Ce n’est sûrement que lorsqu’on passe à un « stade d’évolution mimétique suffisamment conséquent » que le problème se pose. Quand ? Comment ? Impossible à dire.
Il faut sûrement supposer un premier ordre social basique et animal « acquis » assurant la cohérence et la survie du groupe.




Grâce aux mises en scène sacrificielles, il n’est donc pas étonnant que le « Théâtre » apparaisse un jour sous la forme de la « Tragédie », tragos voulant dire « Bouc ». Pourquoi en Grèce ? En quoi cette société fut-elle plus douée que les autres pour faire surgir le théâtre à la place des rites ? (bien que certains soient également conservés et que l'on procède encore longtemps à des Sacrifices -- on ne peut empêcher les rites même dégradés et aujourd'hui encore notre vie est faite de rites sans qu'on s'en aperçoive). Girard a peut-être donné la réponse quelque part mais personnellement je ne la connais pas. En tout cas, il y a forcément une raison.

Cette histoire du coupable va être transmise de génération en génération à travers les Mythes, « mytho » étant le mensonge, car le Mythe devient bien un mensonge : il raconte l’histoire du sacrifice du point de vue des persécuteurs qui le rapportent de « manière fantastique » à cause de leur formidable transe au moment des faits, un délire qui par définition leur à fait perdre toute « raison », si l’on peut dire avant la lettre, toute perception objective de la Réalité, si tant est également que l’on puisse parler « d’objectivité » en ces temps ou rien n’est accessible à l’entendement humain ou pré-humain.
Ces moments hallucinatoires produisent donc dès le départ des histoires irréelles ce qui expliquent que les Dieux antiques soient à moitié humain et monstrueux, corps d’homme et têtes d’oiseaux, de serpents, de crocodiles etc…
Car il faut bien se représenter un monde archaïque terrifiant ou tout n’est que terreur quotidienne et où les hommes « ne savent ni ne comprennent ce qu’ils font », entièrement dominés par la nature et des mécanismes qui leur échappent.

Et c’est parce que les hommes « ne savent pas ce qu’ils font » et qu’ils « sont persuadés » de la culpabilité de la victime sacrifiée puis déifiée que le Mécanisme marche à fond et qu’il permet de rétablir la paix dans la communauté.
Les hommes ne se voient donc jamais comme des bourreaux.




Troisième question :


La Peur est-elle aussi un paramètre fondamental pour créer du Sacré ? Est-le besoin de se rassurer de la terreur quotidienne de la nature (en plus de celle de la violence humaine), de leur peur existentielle, qui pousse les hommes à avoir besoin de Dieux qui les protègent et à qui il va falloir faire des sacrifices pour les apaiser ? Ce n’est pas pour rien que Dieu est appelé « Père » dans le christianisme. Les hommes ont-ils toujours besoin d’un Père protecteur ou vengeur ? En tout cas d’une entité capable de les obliger à maîtriser les dérives de leurs comportements ? Dérives elles-mêmes toujours produites par le Mécanisme mimétique?
La science n'ayant rien changé à cela, bien au contraire : plus il apprend et plus l'horizon de l'Univers est effrayant et de moins en moins simplifiable. La solitude de l'homme d'autant plus grande.

Bien sûr, sans le Mécanisme de Bouc émissaire la peur ne sert à rien et bien des groupes de pré-humains ont dû avoir pareillement peur sans être capable de faire fonctionner un Mécanisme de Bouc émissaire ; et si chez eux le mimétisme s’était développé suffisamment, sans Boucs émissaires ils se sont donc éliminés.


Cela amène logiquement une Quatrième question :

Le Mimétisme a-t-il pu se développer dans certaines communautés préhistoriques sans développer conjointement sont remède, le Mécanisme de Bouc émissaire ? Ou en ne le développant pas suffisamment afin qu’il soit efficace.
On peut encore aller plus loin : des sociétés ont-elles pu développer le Mécanisme mimétique et celui de Bouc émissaire sans être capables de développer ensuite des rites ? Mais si l’on produit du Sacrifice, donc du Sacré, ne produit-on pas automatiquement des rites ne serait-ce que par la simple réplication du Sacrifice ?

Il existe apparemment des Sociétés qui ont sacrifié de manières quasi hystériques, en masse, sans pour autant obtenir les effets escomptés. Donc qui auraient eu une sorte de faiblesse dans l’efficacité du rituel.
Cela ferait penser que l’on peut posséder une partie du processus sans pour autant posséder l’autre ou les autres de manière probante.
Là aussi comme ailleurs, certaines sociétés pour des raisons insondables ont dû posséder à un moment ou un autre « plus de talent que d’autres » dans certains domaines et à propos de certaines étapes.

…Et une Cinquième question :

En quoi tous les stades de l’évolution humaine et la disparition de certaines espèces, Homo erectus, Neandertal… pourrait être liés au manque ou à la faiblesse d’un des maillons de cette chaîne ?




Donc, dans ces époques reculées, les hommes sont totalement inconscients de ce qu’ils font et sont manipulés par le Mécanisme mimétique à tous les stades de leurs comportements.
Et on ne leur jettera pas la pierre puisqu’il a fallu attendre René Girard pour le mettre parfaitement en lumière, 2000 ans après la Révélation évangélique qui est pourtant la « Révélation des mécanismes de persécution » !

Tout fonctionne de manière inconsciente dès le départ et c’est assez logique puisque la faculté de réfléchir et de développer une forme de « Raison » ne pouvait exister avant que les paramètres nécessaires à son existence ne sortent petit à petit des Ténèbres de la Préhistoire et de l’animalité.




Maintenant que l’homme a trouvé la parade à sa violence, il va pouvoir la stabiliser en recourant au Sacrifice et ainsi développer un « Etat de culture ». Ce qui fait dire à René Girard que l’Origine de toute culture dépend du Mécanisme de Bouc émissaire et est une conséquence direct du Sacrifice, puisque sinon les communautés soumises au Mécanisme mimétique se seraient exterminées dès le départ. Ce qui est donc peut-être arrivé à certaines.

Donc tout ce que nous sommes aujourd’hui de plus noble et de plus grandiose, la science, l’art, la philosophie, l’humanisme etc… prend directement sa source dans un « Bain de sang » sans lequel rien ne pourrait exister !

Dans une société occidentale aujourd’hui si sensible à la violence, c’est tout de même un paradoxe d’une incroyable ironie !

Cette sensibilité explique peut-être en partie, inconsciemment, ce dénie perpétuel de la réalité violente des mécanismes du monde et pourquoi René Girard est si insupportable à certains puisqu’il leur remet devant les yeux en pleine figure « l’horrible miroir » dans lequel certains n’ont absolument pas envie de se voir afin de continuer à « regarder le monde tel qu’ils voudraient qu’il soit et non tel qu’il est », donc à préserver un Rêve plus facile à vivre en mettant un Masque dessus.
Un masque également fruit d’une trop grande Peur existentielle, conséquence d’une Connaissance toujours plus lucide et importante de l’Homme sur lui-même, comme je disais plus haut ?

Ce qui ressemble à un rejet de la Révélation de la Vérité sur la Violence et le Religieux …cachée depuis la fondation du monde.
Le « révisionnisme politiquement correct de l’histoire » allié à la « repentance » dans la perspective de réhabiliter les peuples dominés et exterminés par l’Occident, en minimisant leur violence ou en les montrant sous un jour idyllique, revient aussi à « refuser de voir » les origines sanglantes du monde et par effet pervers à faire idéologiquement cause commune avec certains bourreaux d’aujourd’hui, à les excuser au nom des « bons sentiments », à comprendre leur violence à eux en vertu de ce « refus de la violence » et d'un passé colonisateur dont il faut absolument se punir. Sans même s'apercevoir que les Autres n'attendent que cela pour devenir les colonisateurs qu'ils n'ont pas été ou le redevenir, simplement en vertu des rapports de forces, des rivalités mimétiques dont nous ne faisons que parler....
Une autre forme du « pacifisme » et de la "Bonne conscience" conduisant au contraire de ce qu’ils prétendent faire….
Si on dénonce la persécution, on le fait pour tout le monde ou on ne le fait pour personne... sinon on donne des verges pour se faire battre car les autres n'avoueront jamais leur propre violence puisque ça leur sert politiquement et psychologiquement. Un débat on ne peut plus actuel...

En ce qui concerne l'inconscience des mécanismes que nous exposons ici, nous réfléchirons bientôt sur ce que j’appelle la Théorie des masques, ces masques que l’homme s’évertue de soulever pour comprendre l’univers et son existence, mais dont il a peut-être aussi besoin pour sa propre survie, pour continuer à vivre sans regarder l'horreur paralysante en face. Notamment pour se cacher perpétuellement à lui-même ses mécanismes de persécution et l’horreur insupportable de cette violence qu’il faut absolument s’empresser d’oublier
Encore un Mécanisme « ambivalent ».
On se rappellera dans mon premier post sur Apocalypse Now les derniers mots du Colonel Kurtz au fond de sa jungle : "Horror, Horror". Ne supportant plus l'Horreur de la violence regardée dans les yeux, elle avait fini par le rendre fou et il l'avait reproduite de manière archaïque, retournant encore une fois paradoxalement aux origines sanglantes d'où il voulait s'échapper !



Donc la Capacité mimétique se développe et la Nature trouve le Mécanisme de Bouc émissaire pour éviter la destruction des communautés et permettre leur survie.
Mais il ne garantit pas de pouvoir passer à un Etat de culture qui aille au-delà d’une forme « culturelle primitive » se bornant à établir des règles simples de vie et d’Ordre social.
Durant des millénaires des sociétés ne sont pas sorties de ce schéma alors que l’Occident était déjà industrialisé.

D’autres, on réussit à construire des Civilisations impressionnantes, particulièrement fécondes et développées à une époque ou à une autre.
En plus d’une question de talent propre à chaque communauté il faut probablement y voir des conditions particulières où la chance et le hasard géographique tiennent une place importante, sinon primordiale.

La Théorie de Jared Diamond, De l’inégalité parmi les sociétés, est à cet égard extrêmement intéressante.




Il constate que certaines communautés (d'abord dans le Croissant fertile) ont par exemple eu la chance de côtoyer des animaux domesticables qui vont pouvoir les aider à développer l’agriculture car elles ont aussi sous la main des graines comme le blé ou l’orge dont on va pouvoir engranger la production, ce qui permet de libérer une grande part de la communauté pour d’autres activités que celles de la survie quotidienne.
Ailleurs, comme à Bornéo, les indigènes n’avaient ni de tel animaux ni de telles céréales et la nourriture végétale dont ils disposaient ne pouvait se conserver ; leurs journées n’étaient consacrée qu’à la quête de nourriture, ce qui évidemment empêche de pouvoir développer d’autres tâches pouvant permettre de construire une société plus avancée.

Si on combine la Théorie de René Girard et celle de Jared Diamond, on obtient un résultat extrêmement complémentaire sur l’évolution de l’Humanité.

Mais jamais, aucune de ces civilisations, quelque soit leur avancement, n’ont pu accéder au stade que l’Occident à atteint du point de vue de la Pensée, de l’Art et de la Science. Toutes ont continué à pratiquer le Sacrifice même à un niveau de développement conséquent et à fabriquer des Dieux à profusion. Aucune n’a été capable de décrypter ses propres mécanismes de persécution.

Conséquament, en plus de tout les mécanismes additionnés que nous venons de voir, il en faut encore un autre, celui qui va libérer l’homme de ses archaïsmes et ce nouveau Mécanisme est celui de la Révélation judéo-chrétienne, de la Révélation des mécanismes de persécution jusque-là inconscients, Prise de conscience déterminante qui progressivement va donner les moyens à l’homme de réfléchir sur ses propres agissements, de se libérer de la Pensée magique et d’accéder à l’Esprit scientifique, ce que même la philosophie grecque n’a pas réussi à faire.

La Théorie de Diamond méconnait cet aspect de l’évolution humaine et, chez lui, l'accession à la Pensée scientifique se fait logiquement sans le passage obligé de la Révélation des fonctionnements archaïques de persécution et du recul de la Pensée magique.




***************



Nous continuerons bientôt, dans la série René Girard Questions et Réflexions avec un résumé de la Révélation évangélique et les questions phénoménales qu’elle soulève, du point de vue théologique, scientifique et rationnel.

S’il vous vient d’autres questions à l’esprit, ou si les spécialistes de Girard connaissent certaines réponses à mes questions, qu’ils n’hésitent pas à m’en faire part.

La prochaine fois je vous présenterai Décomposition.





A très vite mes nobles amis, le Ménestrel vous salue !

















***************

08/03/09

René Girard Remerciements



Chers amis, je reviens parmi vous après ces quelques jours où j’ai laissé la Théorie girardienne en première page.
Par rapport à la confidentialité de mon blog, elle a eu beaucoup de succès grâce aux quelques commentaires que j’avais laissés ici et là sur les blogs que je lis régulièrement et qui m’ont amené un grand nombre de lecteurs.






Je dois remercier Stéphane Taillat de En Vérité pour son article consacré à mon blog et à la Théorie, son enthousiasme : dès que je lui ai fait part de la publication sur Girard qu’il connait bien, il l’a lue d’une traite ! Chapeau et merci. Olivier Kempf de EGA, qui l’a citée également élogieusement ; les commentaires de Gabriel Bendayan de Jeune Droite et SD de Pour convaincre ; merci à Theatrum Belli pour être devenu un fidèle lecteur (avec François Duran) et m’avoir rejoint sur Face Book et tous les autres, Théâtre des Opérations (donc), Athéna et moi (merci Joseph c’est un honneur), Soliloques, Mars Attaque m’ayant ajouté aussi à leurs liens et Défense et Démocratie avec qui j’ai eu un échange très cordial… aussi le Blog d'Ivan Rioufol ; j’espère que je n’en oublie pas (qu’ils me pardonnent).






En effet, c’est d’autant plus flatteur, que je ne suis pas parmi vous un spécialiste de Géopolitique ni de Défense, bien que le sujet me passionne.
Il est difficile pour quelqu’un comme moi qui suis un « artiste » (que je déteste ce mot mais c’est le plus pratique) de se faire comprendre et accepter dans son ambivalence – remarquez que pour un girardien convaincu, être ambivalent n’est pas très étonnant, vu le nombre d’ambivalences révélées par sa Théorie !

En effet, je parle ici à la fois de mon parcours, de mon travail – ce que je ferai de plus en plus – et en même temps j’aborde différents sujets de société et de Défense. Un cocktail peu fréquent qui peu prêter à confusion parce qu’on a l’habitude de mettre les gens et les choses dans des cases bien identifiables et séparées.

C’est, si je peux dire, « l’Histoire de ma vie » de n’être jamais définissable suivant les critères en vigueur, ce qui m’a valu et me vaut, je l’avoue, de nombreux déboires : je suis toujours « en dehors » de quelque chose ! Ça m’a fermé de nombreuses portes. Je suis une sorte d’« électron libre » de « franc-tireur », de « sniper » ; si c’est valorisant par certains côtés, c’est une liberté qui a son prix.
Ainsi va mon karma de Ménestrel et de Gladiateur !






Ce qui est intéressant, (encore une fois un paradoxe !) c’est que ce ne sont pas les artistes qui ont l’esprit le plus ouvert.
Récemment j’étais en contact avec Solidarité Défense – auxquels certains d’entre vous sont certainement inscrits ; je leur avais fait de la publicité en même temps que pour Soldats de France.
Ils ont parcouru mon blog et voici ce qu’ils m’ont répondu :



Monsieur,

Nous avons lu, regardé avec beaucoup d'attention et d'intérêt votre blog. Nous l'avons beaucoup apprécié.

Vous avez effectué un travail laborieux, sur un fond culturel, historique... Nous avons le plaisir de vous découvrir : érudit, sensible, artiste sur toutes les formes d'expression.... et homme engagé défendant les valeurs républicaines. Tout cela vous honore et nous vous en félicitons.

Par ailleurs, nous vous remercions du lien internet "Solidarité Défense" que vous avez bien voulu y faire paraître.
Pour mieux faire connaître notre association, nous vous proposons si vous en êtes d'accord, de vous faire parvenir des plaquettes de présentation et des lettres d'information semestrielles à remettre à des personnes de votre connaissance ou autres qui pourraient comme vous adhérer à Solidarité Défense. Dans l'affirmative, merci de nous dire combien vous voulez en disposer ?

Avec nos sentiments les meilleurs.
Secrétariat Solidarité Défense





Vous n’aurez jamais une personnalité du monde artistique qui vous dira qu’il vous félicite de défendre les valeurs républicaines en tant qu’artiste. Et pour cause que le Politiquement correct interdit d’être républicain, d’aimer son pays, son armée, ses valeurs, son histoire… sous peine d’être taxé de « fasciste ».
C’est tout de même un comble que ce soit des militaires ou des intellectuels de la Défense, d’ailleurs souvent de droite et censés être des esprits « obtus » et « réactionnaires », qui se montrent les plus ouverts – alors que ce devrait être l’apanage des Bobos de gôôôôche qui incarnent la « Tolérance absolue » en ce bas-monde, surtout lorsque l’on pense comme eux !




Entendez-vous beaucoup d’acteurs, de chanteurs, de sportifs, de réalisateurs ou écrivains affirmer haut et fort aimer la République sur les plateaux des émissions « people » ? Jamais ou exceptionnellement quand ils n’ont rien à craindre ! Ils auraient trop peur de devenir des « boucs émissaires » de la Bien-pensance à laquelle ils appartiennent tous par « mimétisme » et d’être mis au ban de leur petit monde bien confortable : cette nouvelle aristocratie autoproclamée donneuse de leçon et indirectement ou directement complice de tous les fascismes à venir.

Alors ne parlons même pas de l’Armée puisque les militaires ne servent à rien et qu’ils sont des égorgeurs assoiffés de sang : les « Autres » ne le sont jamais, ils peuvent massacrer suivant leur bon plaisir puisque nous, occidentaux, sommes responsables de tous les maux de la Terre… ils n’y a qu’à relire René Girard pour comprendre l’effet pervers, aujourd’hui, de la culpabilisation judéo-chrétienne -- qui nous a pourtant sortis de la violence archaïque -- , et du culte des victimes retourné parfois en nouveau culte des bourreaux – au nom de la défense des victimes… évidemment.






Tout ça pour dire que votre Ménestrel et votre Gladiateur regrette parfois ne pas être devenu militaire pour au moins avoir affaire à des gens clairs, lucides, cohérents et respectueux qui, de plus, engagent souvent leur vie pour défendre notre sécurité -- alors que tout le monde s’en fout et ne s’intéresse qu’à « l’idolâtrie de ses petits désirs et de son ego » !
Des militaires qui ont en plus le sens de l’honneur et des valeurs !
Mais là, je suis en train de me suicider chez les « AAArtistes » !!! Arghhhh !

J’aurais l’occasion de reparler de tout cela en détails, ça méritait d’être souligné.






Sinon, pour revenir à la Théorie de René Girard, je suppose que nombre de questions sont venues à l’esprit des lecteurs qui la découvraient ou la revisitaient. Nous les aborderons petit à petit et elles figureront dans la catégorie René Girard – Questions et Réflexions.

Bientôt, je mettrai aussi en ligne la lettre que j’écrivis à René Girard il y a quelques années (60 pages Word !). Vous comprendrez pourquoi j’ai passé deux mois et demi à peaufiner ma Théorie girardienne pour les Nuls….

Je prépare donc quelques questions relatives à la Théorie et je vous présenterai Décomposition, mon second roman, qui n’a pas rien à voir avec elle… bien au contraire… (il y en a au moins un ici parmi vous qui comprend ce que je veux dire, mais chut ! je ne dirai pas qui !)

A très vite mes nobles amis, le Ménestrel et le Gladiateur vous salue !








***************